Chalon sur Saône

TRIBUNAL DE CHALON - il s’endort au volant… « Je ne lui en veux pas » dit la victime

Par Florence SAINT-ARROMAN

Publié le 05 Février 2026 à 18h43

TRIBUNAL DE CHALON -  il s’endort au volant… « Je ne lui en veux pas » dit la victime

« Je ne lui en veux pas », dit la victime, une femme aux cheveux grisonnants. Elle ne lui en veut pas, à ce jeune homme âgé de 25 ans, d’avoir percuté son véhicule, en choc frontal, alors qu’il s’était assoupi au volant. Qu’elle ne lui en veuille pas, l’honore, parce que le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle en bave.

 Les faits ont eu lieu il y a un peu plus de deux ans, le 25 novembre 2023, sur la commune de Saint-Marcel. Le garçon avait ramené un copain chez lui, puis il a glissé dans le sommeil sans en prendre conscience. 
Sa voiture est partie à la dérive, elle est rentrée dans celle d’une dame (difficile d’éviter une voiture qui vous vient dessus).

Pas d’alcool, pas de drogue, pas de vitesse excessive : gagné par le sommeil, c’est tout. « Je ne lui en veux pas, dit la femme, ça peut arriver. » Nous sommes à l’audience d’homologation des CPRC ce jeudi 5 février. Le jeune homme n’a pas de casier, il travaille, il vient de rencontrer le procureur de la République qui lui a proposé une peine. La juge qui succède au procureur, dans une autre salle, laisse le temps à la victime de s’exprimer :

« Depuis l’accident, je travaille très peu, j’ai de gros problèmes à un pied. J’ai été opérée du pied deux fois, mais je porte encore un chausson pour me déplacer. A l’hôpital ils n’ont rien vu… J’ai pourtant dit que j’avais aussi quelque chose au pied. Alors j’ai fini par taper du poing sur la table mais les os s’étaient consolidés, entretemps. Il a fallu recasser le pied. Je ne peux pas conduire, je n’ai plus de force au bout de ce pied. »

Et c’est après avoir expliqué cela qu’elle dit en parlant du jeune homme qui se tient à un mètre d’elle : « Je ne lui en veux pas de s’être endormi, ça peut arriver. » 
« Ça peut arriver »… On en reste scotché. Le jeune homme semble touché et réitère excuses et regrets, forcément.

Puis on en vient à un problème majeur

Maître Lucie Bourg, qui assiste la victime, intervient :
« Madame a soufert de fractures du fémur, du sternum et d’autres blessures. Un choc frontal, c’est violent. Les fractures du pied ont été diagnostiquées plusieurs mois après. Madame a subi en tout quatre interventions chirurgicales. Elle a eu un très long arrêt de travail. Elle a repris avec un mi-temps thérapeutique : elle ne peut pas rester trop longtemps debout, à piétiner. Elle est de nouveau en arrêt depuis octobre et jusqu’à fin mars. Les conséquences financières sont très importantes. Elle a perdu 800 euros de salaire, chaque mois. Or, deux ans après l’accident, nous n’avons reçu aucune proposition qui ait du sens. »

Ce qu’on comprend, c’est qu’aucun des assureurs, d’un côté et de l’autre de la barre, ne se comporte correctement. Une autre avocate est présente, qui s’associe à la demande de renvoi sur intérêts civils : « … qui nous permettra de mettre en cause l’assureur de monsieur. »

La juge homologue la peine de 3 mois de prison avec sursis proposée par la procureur et acceptée par le prévenu. Elle dit le garçon « entièrement responsable du préjudice causé » et lui explique que « suivant la prise en charge des assureurs, vous aurez peut-être quelque chose à verser ». Il fait « oui » de la tête.

Une pensée pour cette femme si digne alors qu’elle traverse une véritable épreuve, « aux conséquences physiques, psychiques et financières, lourdes » comme le disait son avocate.