Chalon sur Saône

Gus a fait de l’ordinaire son surnaturel à Chalon

Gus a fait de l’ordinaire son surnaturel à Chalon

Artiste multiforme, Gus balade son esprit inquisiteur jusqu’au diable vauvert. Dans son spectacle « Givré » ouvre-t-il une brèche dans l’ordonnancement des choses sans coup férir, et c’est ce qui plaît, les gens se léchant les babines à qui mieux mieux.

L’envahissement étape par étape de la fantasmagorie

A Chalon-sur-Saône, à l’intérieur d’une salle Marcel-Sembat joliment remplie ce jeudi 12 février, le public à ossature familiale flagrante n’a pas fait la fine bouche, pris par un enjeu qui le dépassait nettement. Fichtre, il s’agissait de se mettre en face de l’inexplicable puis de rester bouche bée, sans nécessairement chercher à se faire des nœuds au cerveau, ni à comprendre le pourquoi du comment en campant sur ses positions. Laisser le charme vaquer à ses occupations avant de prendre pour argent comptant les diverses transformations du plomb en or. Même si l’entrée en matière traînait quelque peu en longueur, ou affichait par ailleurs à un moment ou à un autre un air suranné. Qu’importe, après tout, en vertu du fait que seul le résultat compte, les yeux de Chimène faisant la différence. Louangeur opiniâtre focalisé sur la magie, et également la montagne, l’enjoué Gus a en conséquence articulé son panorama féerique sur ces deux aspects attrayants. Doté d’une dose massive d’humour, avec en sus une autodérision ravageuse, l’ancien pensionnaire de l’émission « La France a un incroyable talent » aura théâtralisé tant et plus.

Une combinaison hétéroclite

Que ce soit grâce à l’illusionnisme, ainsi qu’à ses chevaliers servants que sont la ventriloquie et le mentalisme, desquels sortait un cocktail gouleyant. Jeu de cartes, bonneteau, corde coupée en morceaux, maniement de CD, disparition-apparition, une marionnette en guise de yéti, mouvements empreint de lyrisme, interdépendance payante…on sautait du coq à l’âne dans un monde délirant. Un tour d’horizon nourri à l’opulence des conclusions et des rebondissements inattendus. Volontiers parleur, l’illusionniste aime s’entourer, descendant dans l’arène au plus près des siens, façon d’impliquer des exhausteurs de rythme aussi bien que de désopilance. Il y eut sur scène son stagiaire complètement barré intervenant pour un oui ou pour un non. Mais le gros de la troupe, ce fut toutes ces personnes qui ont habité la scène, choisies par le maître des lieux. Comme ça, voire consécutivement au lancer de main en main d’une marmotte (fausse, rassurez-vous) au profit d’une dynamique rigolote. Cette active participation du public, profane par définition, a équivalu au rôle de douzième homme  qui revient de droit aux supporters d’une équipe de foot, pour ne citer qu’elle. Coincé entre le rire désentravé, et le plaisir d’échapper hors de mesure aux contraintes bassement matérielles, aux confins d’une inépuisable admiration.

                                                                                                                      Michel Poiriault

                                                                                                                      [email protected]