Agglomération chalonnaise
Au-delà des préjugés, la rencontre avec Teddy, American staff
Par Nathalie DUNAND
Publié le 15 Février 2026 à 12h15
Une adoption réfléchie : Constance et Charly ont choisi Teddy, un american staff, parce que « c’est une rencontre, une histoire de regards ».
Leurs deux borders collies, frère et sœur, qui vivaient avec eux, ont été emportés par la maladie, un cancer intestinal, à la mi-décembre. Bien sûr, dans ce grand vide, on ne souhaite pas « remplacer » une relation qui fut belle et intense. Et dans le même temps, quand on a l’amour des chiens dans la peau, qu’on a vécu les moments joyeux avec ces compagnons hors pair, et qu’on se dit que beaucoup d’entre eux sont abandonnés, qu’ils attendent un vrai foyer… Le tiraillement entre ces émotions contradictoires est tenace…
Surtout pas d’élevage de chiens !
« On savait dès le début qu’on ne passerait pas par un éleveur, explique Constance. On souhaitait adopter. »
Constance et Charly ont réfléchi à leur projet, pesé le pour et le contre. Leur connaissance du monde animal – Constance a notamment travaillé auprès des chevaux – les éclaire sans conteste : « il y a une surproduction de chiens, chats, animaux de compagnie en général ; et la sélection humaine sur les races ne fait pas de bien. J’ai croisé beaucoup d’éleveurs dans mon travail et je voyais bien que l’intérêt pour les chiens n’était pas ce qui primait chez eux, ils parlent plus volontiers de “produits”. Et parallèlement, on sait que les refuges débordent en raison des abandons, de maltraitances… Nous, on voulait sauver un malheureux. On savait que c’était un challenge. »
Une autre anecdote conforte la méfiance de Constance envers les éleveurs : une fois Teddy (anciennement nommé Tex) adopté, elle retrouve son éleveuse sur Facebook pour lui demander quelques informations et l’informer de la nouvelle situation de Teddy. « Elle n’en a eu rien à faire, j’étais sidérée. Elle ne m’a posé aucune question. À sa place, j’aurais apprécié avoir sa photo et savoir ce qu’il devenait. »
« Une adoption, c’est une rencontre, un coup de cœur »
Une connaissance de Constance avait adopté un chien venu de Roumanie auprès d’une association qui les faisait venir en France. « Charly n’était pas trop partant : pour lui, voir le chien était important. Je contacte l’asso pour en savoir plus. Quand je leur ai proposé d’aller voir un de leur chien en famille d’accueil, ils ont coupé court. Je n’ai pas du tout apprécié leur façon de faire, ils n’avaient aucune écoute, semblaient pressés de me voir réserver un chien sans le rencontrer.
Je suis en désaccord avec cette façon d’agir. Adopter un chien, ce n’est pas un caprice, ça se réfléchit. C’est une rencontre, un coup de cœur. »
Il a eu lieu, ce coup de cœur, rue des Rotondes, à Châtenoy-le-Royal. Plus précisément au refuge Ernest L’Henry, la SPA du Chalonnais.
Le refuge : un accueil au top
« Avant d’aller à la SPA, j’avais peur. De craquer, de pleurer en pensant à mes chiens, d’être confrontée à cette misère… Charly m’a un peu poussée : allez, passe un soir après ton boulot (je travaillais à Chalon). Je me suis lancée.
Je me suis présentée à l’accueil, j’ai parlé avec Sandra et des bénévoles, leur ai expliqué un peu tout, ce qu’on voulait comme chien : posé, pas trop gros, pas de chiot, un adulte qui s’entendrait avec les enfants… Et j’ai vraiment apprécié leur retour. Sandra m’a dit qu’il y en avait 3 ou 4 qui pourraient correspondre à ma recherche et puis : Je vous laisse faire le tour des box, vous faites un premier repérage et on en reparle après. Et ça, c’est super.
Au bout d’une demi-heure, j’avais repéré 4 chiens, que j’ai pris en photo pour les montrer à Charly : ça allait du croisé berger, un croisé malinois, un teckel et Tex, un american staff ! C’est dire que ce n’est pas une histoire de race ni d’esthétique, mais de regard.
Une histoire de regard
D’après les photos envoyées, Charly m’a répondu : le staff a l’air marrant, j’aime bien sa bouille, il a un beau regard.
Maintenant que j’ai vécu ces visites à la SPA, je peux répondre à la question que se posent beaucoup de gens : Mais tu n’as pas envie de tous les prendre ? Eh bien non. J’ai constaté que, quand on a un projet d’adoption réfléchi, qu’on sait qu’on va sortir un seul chien, le tri se fait tout seul. Il y a des chiens avec lesquels, on le sent, ça ne va pas coller.
Lorsque nous sommes retournés tous les deux à la SPA, le samedi, à son tour, Charly a fait le tour des box. Il est revenu en confirmant : c’est lui, c’est bien Tex.

Les membres de la SPA ont convenu que ce choix pourrait coller, et nous ont accompagnés d’une manière géniale dans les démarches. Ça a été simple et fluide grâce à eux.
Tex a été stérilisé – moi, je sortais d’une petite opération : on a fait notre convalescence ensemble ! Ça fait 15 jours qu’il partage notre vie de famille.
On apprend à se connaître
Constance et Charly ont une bonne connaissance des chiens ; ils respectent leurs besoins, les observent pour comprendre leur fonctionnement.
Les premiers jours dans sa nouvelle maison, Teddy a beaucoup dormi : « Il a purgé sa dette de sommeil en adoptant le canapé. Nous avons remarqué qu’il a peur des bruits forts, les bruits urbains notamment. Il n’a passé que 3 mois au refuge, on ne connaît pas grand-chose de son passé. Le plus important, c’est de lui donner le temps de s’adapter à son nouvel environnement. Il commence à identifier sa maison et c’est récent. Côté propreté, c’est impeccable. La nuit, il dort au salon, nous à l’étage. »


« Il joue volontiers avec nous ; des jeux « de bourrin » avec Charly ; moi, je suis plus dans les jeux masticatoires, les massages, le tapis de fouille… On joue avec un ballon, il est trop content !
Il n’a pas du tout le même caractère que mes borders. Ils étaient mes ombres, lui est indépendant, et il a une audition sélective ! Il est très cool, assez marrant en fait. Il bâille en faisant du bruit, devient bavard. Il sort de sa coquille.
Ça me ravit, c’est ce que je voulais : ne pas chercher mes chiens dans le nouveau venu. C’est une découverte entre nous deux.
Je ne sais pas si on peut déjà parler de confiance. Une relation, ça se construit. On apprend à se connaître. C’est une étape super importante et tellement riche.
Nous avons testé sa relation avec un congénère, un berger allemand Schäferhunde de 6 ans, imposant. Ça s’est passé super bien, ils ont joué tout le week-end. Teddy (nous lui avons donné ce nom) a un comportement de chiot, il a été recadré doucement par le berger, qui posait une patte sur son dos.
Un chien catégorisé ?
« Vous m’auriez dit, il y a quelques mois, tu vas avoir un chien de catégorie, j’aurais ri ! Surtout, je ne l’aurais pas cru : il faut passer une attestation, avoir un permis, etc. »
Finalement, Constance n’a connu aucun des écueils qu’elle imaginait : la SPA l’a accompagnée dans les démarches : Olivier, (président du refuge et comportementaliste canin, ndla) a fait passer l’attestation d’aptitude gratuitement et Sandra a contacté la mairie pour la préparation du permis de détention. Tout a été fluide et rapide.
Un chien catégorie 2 doit porter une muselière dans les lieux publics, ce que respecte scrupuleusement les maîtres de Teddy. Pour autant, Constance s’étonne : « Les chiens à problème, ce n’est pas une race !»
En effet, on peut se poser la question du choix, en France, de catégoriser les chiens selon leur morphologie. En Italie, par exemple, il n’existe pas de classification nationale, les chiens sont évalués selon leur comportement, selon les faits connus d’agressivité.
Les préjugés de chien « dangereux » – induits en France par la catégorisation – ont la peau dure, comme en témoigne ces anecdotes.
« Ma grand-mère nous a accompagnés à la SPA. Devant Teddy – dont elle ignorait la race –, elle s’exclame : ah ! Il est mignon celui-là, c’est pas comme ces pit-bulls dangereux ! Nous avons échangé un regard amusé avec les bénévoles.
Mes parents, eux, s’étonnaient que nous ayons adopté un chien catégorisé. Mais depuis qu’ils connaissent Teddy, ils nous demandent : alors, quand est-ce qu’on le garde ?
Enfin, à la mairie, quand nous sommes allés chercher le fameux permis de détention obligatoire pour les chiens de catégorie 2, la secrétaire nous remet le papier en demandant : il n’est pas dangereux, ce chien ? Je n’ai pas pu m’empêcher de répondre du tac au tac : si, bien sûr, on a adopté un chien qui mange les gens ! »
Infochalon souhaite bonne route à Teddy, Charly et Constance – dont on a apprécié l’humour et la justesse des propos sur l’adoption. Bravo au refuge Ernest L’Henry qui fait son maximum pour que ses pensionnaires trouvent une vie meilleure.
Et quand vous croiserez un chien en muselière, ne pensez-pas automatiquement “chien dangereux”, mais plutôt : chien catégorisé en France !

Plus de photos ci-dessous, transmises par Constance et la SPA du chalonnais.
Par Nathalie DUNAND
[email protected]
SPA Région chalonnaise – Refuge Ernest L’Henry
Rue des Rotondes, 71880 Châtenoy-le-Royal
Du lundi au samedi de 14 h à 17 h 30
Tél. : 03 85 87 90 01
Site : spa-chalon71.fr
Mail : [email protected]
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