Société

Le paiement fractionné, un nouveau réflexe à encadrer

Le paiement fractionné, un nouveau réflexe à encadrer

Entré pleinement dans les habitudes des consommateurs ces dernières années, le paiement en 3 ou 4 fois séduit un large public. Mais gare à ce que cette souplesse de trésorerie ne vous mette pas dans le rouge ! Face aux risques, la législation va d'ailleurs serrer la vis.

 Acheter maintenant et payer plus tard – littéralement « buy now pay later » en anglais, plus connu sous l'acronyme BNPL – est une formule en vogue depuis quelques années. Après avoir pris son essor pendant la pandémie de Covid-19, le paiement fractionné s'est en effet largement démocratisé, au point de devenir un mode de consommation à part entière, avec ses avantages et ses inconvénients. Comment cela fonctionne ? À quoi faut-il faire attention ? Info-chalon.com fait le point.


UNE HABITUDE DE CONSOMMATION
« Le paiement fractionné est une solution de paiement qui permet d'acheter un produit ou un service tout de suite et d'échelonner le versement du prix sur 3 ou 4 mensualités », nous explique Gabrielle Canal, directrice commerciale de Scalapay, une société spécialisée forte de 11 millions d'utilisateurs en Europe, dont 4 millions en France fin 2025. Si cette facilité de caisse permet, en théorie, de s'offrir un article de plusieurs milliers d'euros, elle concerne donc en pratique des montants limités à quelques centaines d'euros, compte tenu du faible nombre d'échéances.


L'occasion de remplacer sa machine à laver usagée – 49 % des consommateurs utilisent le paiement fractionné pour l'achat d'électroménager, d'après une enquête paneuropéenne de 2024 de Cofidis Business Solutions –, d'investir dans un produit tech et high-tech (43 % selon ce sondage) ou encore dans l'aménagement de l'habitat (35 %). Le panier moyen en France atteindrait ainsi 516 € selon cette étude. Mais la somme varie en réalité grandement en fonction des secteurs couverts par l'acteur de paiement concerné. Chez Scalapay par exemple, la fourchette se situe plutôt autour de 100 à 150 € puisque l'entreprise cible les domaines de la mode, de la beauté, des loisirs et des enfants.


De façon globale, 1 Européen sur 3 a eu recours aux facilités de paiement d'après cette enquête paneuropéenne ; les Français plébiscitant en particulier sa praticité (73 %) mais aussi la possibilité de monter en gamme (67 %).


GARDER LES IDÉES CLAIRES
Si cette solution a tout pour plaire, elle n'est cependant pas sans risque. Dès 2022, un rapport de l'Autorité bancaire européenne a tiré la sonnette d'alarme : « En raison du faible montant de ces prêts et des multiples échéances, les consommateurs peuvent perdre le fil de leurs dépenses ou finir par dépenser plus que prévu, avec un risque de surendettement. » L'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) faisait déjà état d'un taux de sinistralité de 11 % des contrats de paiements fractionnés en 2020.


Il y a donc un vrai enjeu de modération des comportements des acheteurs pour éviter les dérives, comme le confirme Gabrielle Canal : « Il y a une responsabilité de l'acteur de paiement qui doit réguler le consommateur. Chez Scalapay, le plafond des sommes qu'on peut fractionner va par exemple augmenter avec le nombre d'utilisations de la solution. Et un utilisateur qui a déjà eu des difficultés ou des retards de paiement peut se voir refuser une nouvelle transaction. » Bémol : rien ne l'empêchera de recourir à du BNPL chez les nombreux autres acteurs du secteur, tels que Floa Bank, Clearpay, Klarna, Alma, Oney, etc. Dès lors, notre intervenante met en garde : « Comme tout outil, il faut le manier de façon raisonnée. Le BNPL peut être une vraie souplesse de trésorerie pour la rentrée des enfants, les fêtes de Noël, etc., mais il ne faut pas que ça devienne non plus un réflexe à chaque paiement. » 


Julie Polizzi


RÉGLEMENTATION À VENIR
À l'heure actuelle, le paiement fractionné est considéré comme une simple facilité de caisse, dès lors que les mensualités de remboursement restent sous le seuil des 90 jours ou 3 mois. Mais face aux risques de surendettement, une ordonnance du 3 septembre 2025 a prévu d'harmoniser la réglementation française sur celle de l'Union européenne, plus protectrice à l'égard des emprunteurs. À compter du 20 novembre 2026, les paiements fractionnés et différés auront ainsi le statut de crédits courts et seront soumis aux mêmes mesures de protection que les mini-crédits, prêts à la consommation et contrats de location avec option d'achat. Entre autres dispositions, la publicité pour ces solutions sera mieux encadrée, l'information pré-contractuelle renforcée et une analyse de solvabilité imposée.