Chalon sur Saône

Épatante et frappante Michèle Bernier, bien relayée par Francis Perrin, dans « Lily & Lily »

Épatante et frappante Michèle Bernier, bien relayée par Francis Perrin, dans « Lily & Lily »

Les Théâtrales de Chalon-sur-Saône, l’un des creusets du nec plus ultra du théâtre parisien, ont de nouveau tapé dans le mille avec la pièce Lily & Lily, interprétée à l’Espace des Arts ce vendredi 20 février. Avec en figure de proue Michèle Bernier et Francis Perrin pour asseoir un canevas qui a soulevé l’enthousiasme d’une foule tout ouïe.

Un vrai jeu de dupes

Pour l’ »affaire » en question menée tambour battant, la comédie a remis au goût du jour le travail de Barillet et Grédy, lequel devait précipiter l’intrigue dans les années 30, ce sur un mode hollywoodien. La résurrection d’une disgrâce qui va faire beaucoup parler. Et qui pour jouer la star Lily Da Costa ? Nous vous le donnons en mille : l’inénarrable et gouailleuse Michèle Bernier, capricieuse, radicale et brute de décoffrage pour amuser la galerie avec toutes ses excentricités et ses casseroles. Se pavanant dans le luxe, usant et abusant de la bouteille, implacable dévoreuse de gent masculine, la diva est une aubaine pour la presse, qui en fait ses choux gras avec une horrible pression de chaque instant. A plus forte raison quand ses excès de libation la conduisent à une arrestation nocturne…Or, il se trouve que l’artiste a une sœur jumelle prénommée Deborah, qui se situe aux antipodes d’elle, terrienne quelque peu empruntée, pieuse parmi les pieuses, va-t-en-guerre afin de soustraire l’âme de Lily aux attaques répétées d’un démon hors de contrôle. Complètement circonscrite auparavant à sa vie campagnarde sans relief, avec des réalités autres. Le jour et la nuit.

L’évidence initiale boursouflée de déchéance prise à contre-pied

Par un curieux concours de circonstances, voilà-t-il pas que le dédoublement de la personnalité va venir semer le trouble sans autre forme de procès ! Un méli-mélo incorporant le péché de chair, des propos subliminaux, l’hypocrisie, les calculs opportunistes et hautement condamnables, des situations abracadabrantesques propres à maintenir en vie le suspense, divers intervenants…Tour à tour l’une et son opposée, Michèle Bernier se sera montrée convaincante pour plusieurs raisons. Elle semble tellement naturelle dans sa folle décadence qu’elle ne pouvait qu’engranger le maximum de satisfecit. Pour soutenir la comparaison, le très classieux Sam (Francis Perrin), son impresario. Dans un registre différemment persuasif, sans se faire valoir comme un parangon de vertu, le planificateur aura été le digne pendant de la vedette en créant une certaine distorsion à son avantage. Et quelle partie de rigolade pour le public, jamais rassasié ! Jusqu’au bout l’intérêt, probant, aura imposé sa marque de fabrique. Provoquant une longue ovation debout, et c’est avec l’air et les paroles, reprises en chœur, de la chanson »C’est magnifique », que les spectateurs prirent congé. La conscience tranquille du plaisir accompli.

                                                                                                                             Michel Poiriault

                                                                                                                             [email protected]