Chalon sur Saône

TRIBUNAL DE CHALON - Le jour des bonnes affaires lui coûte très cher

Par Florence SAINT-ARROMAN

Publié le 25 Février 2026 à 09h40

TRIBUNAL DE CHALON - Le jour des bonnes affaires lui coûte très cher

« Donc, ce jour-là, c’était la journée des bonnes affaires » résume la présidente. Jugez un peu : plein de cannabis pour pas cher-pas cher et puis une trottinette électrique pour 60 euros !

 Enfin, « journée des bonnes affaires », c’est vite dit. Le soir même, garde à vue, puis placement en détention provisoire. X est jugé ce lundi 23 février selon la procédure de comparution immédiate. 

Ça fait cher payé les bonnes affaires, mais vu sous un autre angle : la loi interdit les produits stupéfiants et puis la trottinette, bah finalement, elle avait été volée. Le prévenu, un homme né à Le Creusot en 1982, a un mode de vie délinquant de la tête aux pieds, ce qui fait qu’il est archi connu de tout le commissariat, mais d’un autre côté c’est un pauvre mode de vie, dans son cas. Chez lui, plaidera le bâtonnier Diry, « sept enfants vivent dans une certaine misère ». Misère constatée par les policiers lors de la perquisition.

Les faits

Le 18 février dernier, un équipage de police aperçoit X, bien connu, vers l’arrêt de bus devant le Mcdo du centre-ville à Chalon. X est avec un autre homme (qui n’est pas inconnu non plus). Un bras tendu, quelques billets dans la main, les policiers s’approchent, X range les billets dans sa poche en les voyant. « Je suis en train d’acheter une trottinette. « X devient nerveux. » Vu son casier, ça se comprend, en dehors de tout autre considération.
La palpation de sécurité accouche cependant d’une autre considération. Dans les poches de l’homme (d’un abord agréable à l’audience), quelques masses : 155 grammes de résine de cannabis en trois morceaux dont l’un porte « une inscription et un mexicain » précise la présidente. Le détail prend son sens lorsque, dans une sacoche qui traîne sur place et qui appartient à X, la police trouve une balance électronique, un reste de cannabis et un emballage avec « une inscription et un mexicain ».

Pendant ce temps-là, au Mexique…

Pas n’importe quel mexicain, un de ceux qui se livrent à des activités criminelles et qui précisément, la veille de cette audience, ont exprimé à ciel ouvert et à main armée toute leur considération pour le genre humain et l’organisation en société référée à des lois qui garantissent un minimum de liberté à chacun en posant des limites.  
C’est ce que tout toxicomane oublie : les produits qui rongent ses jours et ses nuits, jusqu’à l’abîmer puis le détruire, sont issus de crimes, au sens propre. Lire les articles sur l’actualité au Mexique, sur les « ranchs de recrutement » des cartels : ceux qui refusent de travailler pour eux y sont torturés puis assassinés.

La cession n’est pas franchement établie, il en sera relaxé

Le prévenu conteste avoir vendu de la drogue. Il dit avoir acheté le cannabis aux Aubépins, parce que c’était une aubaine d’en avoir autant « pour 320 euros ». « J’ai pris directement ! » La balance dans son sac ? « C’est pour vérifier qu’on me carotte pas. » Les 610 euros trouvés sur lui ? La présidente dit que « son épouse a indiqué que l’argent venait d’un retrait de 1400 euros deux jours avant, retrait qu’elle a justifié. »

Une conduite sous stups et des délits routiers viennent charger la balance

A cette procédure est jointe une autre, pour laquelle le prévenu était convoqué librement au tribunal. C’était en juillet dernier. Il roulait sur l’A6, sur une moto à trois roues, un Trike. Sa passagère ne portait pas de gants de protection, c’est ce qui a entraîné le contrôle du conducteur et de son véhicule. Le conducteur sous cocaïne (état de récidive légale), véhicule sans contrôle technique, aux pneus lisses, permis et certificat d’immatriculation pas présentables de suite, mise en circulation malgré immobilisation. 
La défense s’empresse de souligner qu’un trafiquant qui tire profit de son trafic ne roule pas avec des pneus lisses.

Une existence menée dans un brouillard épais, opacité complète

La procureur : « On va me dire du côté de la défense, que la prison ne sert à rien ». De fait, le prévenu ne sait pas dire combien de temps il a passé en détention au cours de sa vie. Marqueur du brouillard dans lequel il vit. « Mais si sa détention ne sert à rien, croyez-moi sa liberté ne sert à rien non plus » poursuit la procureur qui désigne par là une existence parasitée par la toxicomanie et la délinquance, sans autre investissement social - qui permettrait à sept enfants de vivre un peu mieux (c’est nous qui l’ajoutons, ndla). 
La magistrate requiert une peine de 20 mois de prison.

Il y eut transaction, mais pas de drogue

A cela le bâtonnier Diry répond que le tribunal peut encore permettre à cet homme-là de pouvoir enfin recouvrer une véritable liberté d’homme, d’homme libre de toute infraction pénale. 
L’avocat, sur le point de la poursuite pour cession de drogue, estime que sans autre élément à charge, le tribunal ne peut condamner : « On se trouve au carrefour de toutes les vies chalonnaises, au Mac Donald du boulevard de la République, à la convergence de toutes les vidéosurveillances possibles et à quelques mètres des autorités judiciaires. Ce n’est pas le lieu rêvé pour faire un deal de cette sorte. »

Renoncement pour renoncement

Reste l’acquisition, la détention, le transport de 155 grammes de résine et des délits routiers, et à chaque fois, il est drogué.  Et puis… 44 ans, un casier désespérant, tous les aménagements de peine furent révoqués, un malade total du stupéfiant (sous cocaïne bien souvent)… et même si, son avocat le plaide aussi, ce parcours pénal n’a pas eu de cadre posé en direction du soin (et qui donc pourrait être tenté), le tribunal va acter une forme de renoncement au rétablissement social, renoncement en forme de « trop, c’est trop ».

15 mois, maintien en détention

Le prévenu est en partie relaxé des contraventions de 4e classe et de 1ère classe pour les délits routiers, relaxé du chef de cession de stupéfiants. Le tribunal le dit coupable de tout le reste et le condamne à la peine de 15 mois de prison, avec maintien en détention. Le tribunal ordonne la confiscation des 610 euros (la loi, en matière de stupéfiants, le permet, sans avoir à établir un lien avec l’infraction). 

FSA