Chalon sur Saône
Le mentaliste Charlie Haid prendra parti pour une bonne partie de plaisir à Chalon
Par Michel POIRIAULT
Publié le 05 Mars 2026 à 14h00
Popularisé grâce aux réseaux sociaux, Charlie Haid prouvera par A + B sur le terrain de la salle Marcel-Sembat de Chalon-sur-Saône avec son spectacle « Intensément mentaliste » , qu’il a de nombreux arguments à faire valoir. La jeunesse triomphante, ce sera le samedi 14 mars à partir de 20h. Interview d’un passionné de son art.
Comment analysez-vous votre parcours, et quelle est votre singularité ?
«C’est une bonne question ! Je me considère vraiment comme un mec normal qui fait des trucs anormaux ! C’est ça qui est assez paradoxal, parce que je suis mentaliste, mais je ne pense pas être un génie, et donc ça fait juste dix ans que je m’entraîne, que j’apprends des choses et que je mets des actions en place. Ça marche pareillement pour la création de contenu, les vidéos que je peux faire sur Internet, les livres que j’écris, ou même mon spectacle. En fait je considère toujours que le talent et la chance on n’y peut rien, et donc ce qui est intéressant c’est le facteur travail. Alors j’essaye de travailler beaucoup sur des sujets qui me passionnent, de voir ce que ça donne en les proposant aux gens, et je constate s’ils aiment. Donc le résumé de mon parcours, c’est que je travaille beaucoup en faisant du mieux que je peux, et j’espère que ça plaît aux gens. En tout cas ça me plaît, c’est par conséquent un bon point de départ je pense ! »
Si l’on vous avait annoncé que vous en seriez là à l’âge de 24 ans, l’auriez-vous cru ?
«Je pense que le petit Charlie ne l’aurait pas du tout cru, sachant que le petit Charlie était très timide. Donc il n’aurait pas admis qu’il était capable de monter sur scène aujourd’hui devant des centaines, voire parfois des milliers de personnes, et donc l’histoire est assez jolie. »
« Intensément mentaliste », qu’est-ce à dire ?
«Le titre est un peu un aspect philosophique de ma vie, qui est que j’aime bien vivre avec intensité, parce c’est ça qui fait qu’on a l’impression d’avoir une longue vie. Je m’explique. Pour moi le nombre d’années que l’on vit ce n’est pas vraiment important, ce qui est intéressant c’est la vie de nos années. C’est ça qui donne la sensation d’avoir vécu, et donc les gens qui viennent voir un spectacle de mentaliste, c’est souvent la première fois. Quand je fais un sondage dans la salle à main levée, il y a 90% des gens qui viennent voir, pour la première fois, un mentaliste. Et on se souvient toujours plus des premières fois, c’est quelque chose qui nous marque, et donc c’est un souvenir qui nous marque plus dans le temps que si c’était la quinzième fois. Vu que c’est mon premier spectacle, en tout cas la première nouvelle version de ce premier spectacle, moi aussi je crée un nouveau souvenir, je me challenge, je vais plus loin. Et donc tous ensemble avec un moment un peu plus intense que si nous étions restés seuls chez nous sur notre canapé, on crée un souvenir un peu plus marquant, aussi bien pour moi sur scène, que pour les gens qui sont dans la salle, du moins je l’espère. Le titre part un petit peu de cette réflexion-là.»
A l’âge de 12 ans le mentalisme s’est imposé à vous, et depuis vous cohabitez avec lui. Quel a été l’élément déclencheur ?
« Le tout premier élément, ça a été ma sœur, qui est venue faire une expérience de mentalisme un peu par hasard, sans savoir que ça en était une. Elle m’a dit de penser à un outil, une couleur, très rapidement. Je lui ai dit : c’est bon. Elle m’a répondu : « Tu penses au marteau rouge », et je me suis demandé comment elle pouvait savoir que je pensais à un marteau rouge à ce moment-là. Je suis devenu fou, et je me suis mis à apprendre plein de, ça s’appelle des forçages psychologiques, donc des réponses automatiques à une question qu’on peut nous poser comme ça. Quand on demande de penser à un légume, c’est la carotte qui vient, quand c’est entre 1 et 10 ça va être le chiffre 7, et donc moi ça me fascine, parce que j’ai un peu l’impression de lire dans la tête des gens. De là je me suis vraiment passionné pour le mentalisme, et je n’ai jamais arrêté de me renseigner à ce sujet-là. Et puis c’est un moyen de me socialiser, comme j’étais très timide. C’était un peu le moyen de me connecter avec mes potes. »
De quelle manière le définissez-vous ?
« Pour moi, un mentaliste c’est quelqu’un qui sait deviner ce à quoi pensent les gens. Et après on dit un peu ce qu’on veut derrière, moi c’est très rationnel, c’est la psychologie, de la mnémotechnie. C’est aussi de la magie, de l’illusion, je mélange tout ça afin de bluffer les gens, les faire rire, et les faire réfléchir. »
Le public est-il plus éduqué en sortant, et à partir de quel âge est-il destiné ?
« Je ne sais pas s’il est plus éduqué, en tout cas il repart avec des réflexions, que ce soit sur comment c’est possible de se faire mentaliser, comment ça a pu arriver, ou même sur la morale du spectacle, qui est liée à l’intensité dont on vient de parler. C’est tous publics, c’est vraiment à partir de 6-7 ans. Quand on peut comprendre ce que je raconte en fait, on peut assister au spectacle. »
La pression de ne jamais décevoir et de devoir se maintenir à un niveau optimal vous pousse-t-elle de l’avant ?
« Il y a quand même quelque chose d’assez paradoxal dans le mentalisme, c’est que tous les soirs on remet un peu notre titre en jeu. Tous les soirs on revient, et on sait qu’on est capables de le faire parce qu’on l’a fait la semaine dernière, mais on doit remontrer aux gens du jour qu’on est toujours capables de le faire, car ils ne nous ont pas vus la semaine dernière. Et donc c’est un peu stressant. Mais plus j’avance, et plus je me rends compte que les gens veulent passer une bonne soirée, rire, être bluffés, se connecter avec moi sur scène, mais ils s’en fichent que je sois le meilleur mentaliste de la décennie. Au final je suis de plus en plus à l’aise avec le fait de faire des erreurs, d’avoir des ratés, parce que ça fait aussi partie du processus. Et moi aujourd’hui, 80% du spectacle fonctionnera et sera toujours millimétré, mais il y a toujours des petites parties imprévues, et c’est ce qui rend le spectacle d’autant plus humain, je pense. »
Le milieu du mentalisme est-il ouvert ? Ce qui semble sûr, c’est qu’avec Fabien Olicard c’est l’entente cordiale…
« Avec Fabien c’est même l’entente plus que cordiale, parce qu’aujourd’hui on est amis, et quand il m’a contacté il y a quatre ans il m’a envoyé un message sur Tik Tok. Il me disait : «J’aime bien ce que tu fais, mais soit tu voles tout mon travail, soit nous sommes faits pour nous entendre". C’était en réalité un mix des deux parce que j’étais très fan de lui à l’époque. On a bien matché très vite, et aujourd’hui il coécrit le spectacle. »
Déjà trois livres à votre actif (« Arrête de scroller pour de bon », »Deviens un aimant social », Hack ton cerveau…Et celui des autres ! »). Sont-ils très différents de votre spectacle ?
« C’est une autre dimension, car les livres me permettent d’un peu plus approfondir les sujets. Sur scène je suis quand même là pour divertir les gens, il y a quelques réflexions, quelques apprentissages, mais c’est principalement du divertissement. Les livres, ça permet de creuser les sujets, d’avoir beaucoup plus de pédagogie, beaucoup plus de sources d’études scientifiques, de valeurs en fait vraiment éducatives, et je rajoute toujours de l’humour. J’ai trois curseurs dans ma vie : le bluff, l’apprentissage et l’humour. En fonction de ce que je fais, dans les vidéos ça va être plus apprentissage et humour, sur scène c’est beaucoup plus bluff et humour, et dans les livres c’est beaucoup plus l’apprentissage et un petit peu d’humour. »
Vous avez œuvré le 22 février dernier à la Cigale à Paris. Un grand moment ?
« Ce n’est pas un rêve d’enfant, j’ai découvert cette salle assez tardivement, parce que je suis du sud, Paris je ne connaissais pas trop. Par contre, ça a été un moment très marquant, j’en ai fait deux le jour même. C’est un moment que les gens attendaient et que j’attendais, c’est quelque chose d’assez fou en général ce qui se passe dans les one-shots des salles parisiennes. Et maintenant la prochaine étape ce sera l’Olympia, le 8 janvier 2027. Pour le coup c’est un peu un rêve d’enfant, et j’adore passer à Paris, parce que c’est un public très critique, mais quand il aime il le montre, et ça c’est génial. »
Crédit photo : Stéphane Kerrad Propos recueillis par Michel Poiriault
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