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Angélique Devogelaère, l’art de la pêche à la mouche : « Je me fiche de la taille du poisson. Ce qui compte, c’est le bonheur qu’il procure. »

Angélique Devogelaère, l’art de la pêche à la mouche : « Je me fiche de la taille du poisson. Ce qui compte, c’est le bonheur qu’il procure. »

Vice-championne du monde, monteuse professionnelle et passionnée depuis l’enfance, Angélique incarne une vision exigeante et éthique de la pêche à la mouche. Pour Info-chalon.com, elle ouvre les portes d’un univers où se croisent observation, technique, et engagement écologique.

« Je suis née dedans », résume-t-elle simplement. Dans la famille Devogelaère, la pêche est une histoire de transmission. De son arrière-grand-père – déjà réputé pêcheur dans les Ardennes pendant la Seconde Guerre mondiale – jusqu’à son père et son frère, la passion est solidement ancrée dans l’histoire familiale.

Angélique se souvient encore avec précision de sa première canne à pêche, offerte à l’âge de cinq ans. « Je n’ai pas souvenir de l’avoir demandée, mais je me souviens parfaitement de ma première sortie. » Un souvenir fondateur, qui ne l’a jamais quittée.

Du loisir à l’excellence

Aujourd’hui, Angélique affiche un palmarès impressionnant : championne de France de montage de mouches en 2016, vice-championne du monde en équipe en 2024, et membre de l’équipe de France.

Mais au-delà des titres, c’est une discipline exigeante qu’elle défend. « La pêche à la mouche, c’est d’abord de l’observation. Observer la rivière, repérer les “gobages” – ces ronds à la surface laissés par les poissons – et comprendre quels insectes sont consommés à un instant précis. Si vous proposez au poisson quelque chose qui n’est pas “au menu”, il ne viendra pas. » Une approche qui exige une observation attentive, où chaque détail compte.

L’art minutieux du montage

Angélique est aussi monteuse professionnelle de mouches artificielles. Un savoir-faire qu’elle exerce avec autant de plaisir que d’exigence.

Elle privilégie exclusivement des matériaux naturels : poils de chevreuil, plumes de coq, poils de lièvre, récupérés auprès de chasseurs. « J’accorde énormément d’importance à la qualité et à la solidité. Je veux que mes mouches puissent servir plusieurs fois. Et les retours me le confirment. »

Son engagement va plus loin : hameçons sans ardillon pour préserver les poissons, emballages recyclés pour limiter l’impact environnemental. « Quand on aime la nature, la respecter, c’est la base. » (voir son site).

Une pêche active, presque méditative

Contrairement aux idées reçues, la pêche à la mouche n’est pas une pratique passive : « On est toujours en mouvement, toujours en train de lire la rivière et bouger avec elle. »

Mais cette activité demande aussi calme et précision. Un geste mal maîtrisé, un fil qui claque trop sur l’eau, et le poisson disparaît. « C’est une pêche très active, mais aussi très apaisante. Presque méditative. »

Entre émerveillement et inquiétude écologique

Cette pratique professionnelle la mène aux quatre coins du globe, et prochainement en Norvège. Mais à la question : où aimez-vous particulièrement pêcher ? Angélique répond aussitôt : « dans les Ardennes, ma région natale. Les parties de pêche avec mon frère sont ma madeleine de Proust ! »

Pour autant, elle porte un regard inquiet sur l’état des rivières françaises – en ce qui concerne notre région, dans le Jura.

Pollution agricole, algues, manque d’oxygène, disparition des insectes… « On est en train de perdre les plus belles rivières de France. » À cela s’ajoutent d’autres déséquilibres, comme la prolifération de certains oiseaux piscivores, tels le cormoran et le harle bièvre* (plus d'infos en annexes).

Un constat alarmant qui renforce son engagement : « Il faut préserver nos milieux. Sans eux, il n’y a plus de pêche. »

Une femme dans un univers encore masculin

Dans un milieu largement dominé par les hommes, Angélique a dû faire ses preuves. « Oui, c’est un défi. Quand on est parties aux championnats du monde, personne ne croyait vraiment en nous. »

Depuis, les résultats ont changé le regard. « On commence à forcer le respect. »

Une philosophie plus qu’un sport

Pour Angélique, la pêche dépasse largement la performance sportive. « C’est moins un sport qu’un art. En quinze ans de pratique intensive, je n’ai conservé que deux poissons. On peut en garder un de temps en temps, mais il faut préserver nos “copines de jeu”. C’est ce qui est beau dans cette pratique. » Une approche assumée, revendiquée même, tournée vers le respect du vivant.

Que conseiller aux débutants ?

Aux novices, elle conseille avant tout de se rapprocher de clubs : « C’est le meilleur moyen d’apprendre les bases. » Puis, éventuellement, de faire appel à un guide pour progresser.

Car la pêche à la mouche est exigeante, mais accessible à ceux qui prennent le temps d’apprendre.

Le plaisir avant tout

Au fond, ce qui anime Angélique reste simple : l’émotion. « Je me fiche de la taille du poisson. Ce qui compte, c’est le bonheur qu’il procure. »

Une philosophie qui résume tout : dans le silence d’une rivière, entre précision du geste et respect du vivant, la pêche à la mouche devient un art de vivre.

Chapeau bas, Angélique !

Par Nathalie DUNAND
[email protected]

Angélique Devogelaère
Montage et vente de mouches (de série et sur mesure)
Site : https://www.oneflyonefish.com

* Harle bièvre : souvent confondu avec le colvert, le harle bièvre piscivore est tout sauf un gentil petit canard… Il s’agit d’une espèce allochtone (non autochtone), donc invasive. C’est le seul prédateur aquatique connu à consommer toutes les tailles de proies, des plus petites aux plus grosses, et n’a aucun prédateur en France. Leurs aptitudes physiques sont hors du commun : vitesse, puissance, endurance, stratégie de chasse, ils ne peuvent être comparés à aucun autre. Contrairement au cormoran, il a la capacité de chasse dans une couche très faible d’eau, sans même devoir plonger, pouvant donc fréquenter les plus petits ruisseaux.

Photo harle bièvre ( nicolas39-peche-mouche)

La pêche dans le Jura :

https://www.jura-tourism.com/vivre-le-jura/pratiquer/loisirs-et-sports-de-nature/peche/

https://www.cdt-jura.fr/notre-gamme-de-services/conseiller-et-accompagner/labels-et-marques/hebergement-peche/