Culture
Guillaume de Tonquédec se livre à info-chalon.com: "Pour pouvoir jouer bien la légèreté, il faut être capable de profondeur". Il le démontrera à Chalon…
Par Michel POIRIAULT
Publié le 09 Avril 2026 à 15h47
Dans la comédie des Théâtrales « Mon jour de chance » qui dévoilera son stratagème le dimanche 26 avril à l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône (on y jouera à guichets fermés), Guillaume de Tonquédec, l’acteur de premier plan, nous dit, entre autres, de quoi il retourne.
Il serait plutôt malvenu de ne pas s’enquérir du sentiment qui vous anime consécutivement à la disparition de Bruno Salomone…
« C’est la perte d’un ami, et quelqu’un avec qui j’avais un plaisir fou à échanger pendant la série Fais pas ci, fais pas ça, bien sûr au niveau du travail. Lui venait du stand-up, et moi je venais du Conservatoire de Paris, donc c’était un peu le choc de deux écoles. Mais on s’est énormément amusés et apporté en toute complicité, et puis après il y a tout le dialogue, j’ai envie de dire, privé, où c’était un homme délicieux, très drôle et très tendre. C’est une figure d’ailleurs qui donne foi en l’humanité. Ça fait du bien de se dire qu’il y a des gens comme lui. C’est l’humanité de Bruno que je retiens, cette complicité incroyable, et toujours ce souci des autres, alors que lui-même n’était pas dans la plus grande forme. Il était extrêmement élégant. »
Comment décrivez-vous « Mon jour de chance » ?
« C’est une machine de comédie imparable, c’est écrit par Haudecoeur et Sibleyras. Je pourrais comparer ça au style de mécanique du Prénom par exemple. C’est-à-dire que même une salle plus réservée peut-être au départ, finit debout, finit par être emportée par la puissance de l’écriture. C’est très drôle, mais pas seulement, parce que ça permet de réfléchir aussi à son propre destin, et j’aime bien les comédies comme ça. On rit beaucoup, mais on réfléchit aussi à ce qu’on est en train de voir, à ce qu’on vit soi-même. J’aime bien cette écriture, quand il y a la possibilité des deux.»
Pourtant aléatoire par définition, le facteur chance éclipse-t-il tout le reste ?
« C’est plutôt comment auraient pu être nos vies si on avait fait un choix différent au tout départ. C’est plutôt la visite de différents destins possibles, ce n’est pas que la chance. »
Avez-vous senti d’emblée votre rôle ?
«Dès que j’ai lu j’ai dit oui, parce que la pièce est très puissante, et l’écriture est formidable. C’est aussi le fait que ce soit José Paul qui assure la mise en scène, on est de grands complices tous les deux, ce qui m’a poussé à dire oui immédiatement. Je savais que ce serait bien mis en scène, et en effet c’est très réussi, parce que la comédie demande une précision. L’équipe qu’il a réunie : Jean Franco, Caroline Maillard, Laurence Porteil, et Loïc Legendre, ce sont de très, très grands comédiens, ça joue tous les soirs, c’est vraiment très précis. Car pour créer de la fantaisie il faut beaucoup de précision. »
Pour jouer, doit-il y avoir forcément l’étincelle de la vie ?
«Il faut travailler, que ce soit précis, mais j’aime bien évidemment qu’il y ait l’étincelle de la vie, sinon je jouerais autre chose. C’est à réinventer tous les soirs justement, on a beaucoup joué cette pièce, on va la jouer plus de quatre cents fois au final, mais c’est vrai qu’il n’y a pas de lassitude, parce qu’il y a une matière extraordinaire. Il faut être en état de disponibilité totale tous les soirs, en tout cas pour le personnage que je joue, car il va subir une série d’événements plus fous les uns que les autres, et il faut les accueillir, ces événements, pour essayer de jouer juste. »
Les personnages interprétés au fil du temps vous marquent-ils longtemps, où passez-vous très rapidement de l’un à l’autre ?
« Non, ils sont en moi, je les promène toujours. Que deviennent les personnages une fois qu’on a fini de les jouer ? C’est une très belle question qu’avait posée Philippe Katerine aux Cesar quand il avait reçu son Cesar, c’est très juste. Il dit qu’il prend des nouvelles de ses personnages, j’aime beaucoup cette idée. On est multiple, créé, composé de plein de choses différentes, notamment de notre passé, et donc des personnages qu’on a joués. »
Quel est celui qui manque à votre palmarès ?
«Celui qui manque, c’est le prochain que je jouerai ! En tout cas je n’aime pas tellement, je n’aime même pas du tout, marcher dans les pas de la veille, alors quand on me propose un personnage identique à un que j’ai déjà joué, à moins qu’il y ait une idée supplémentaire pour une raison supplémentaire d’y aller, en général je refuse, parce que je n’ai pas envie de jouer tout le temps la même chose. Je trouve que c’est plus riche d’être surpris, et de surprendre. »
La pression est-elle supérieure quand vous devez incarner quelqu‘un qui a été construit par des auteurs très renommés ?
« Non, c’est au contraire une excitation redoublée, parce que je n’ai qu’une envie, c’est de jouer les grands auteurs. »
Le travail de la gravité est-il vraiment supérieur à celui de la légèreté ?
« Je pense que pour pouvoir jouer bien la légèreté il faut être capable de profondeur. Pour jouer la comédie, il faut être aussi un tragédien, et avoir en plus le sens du rythme qui crée ce tout petit décalage qui déclenche la comédie. Il me semble qu’on peut des fois très bien jouer la tragédie, mais ne pas être un bon comédien de comédie si on n’a pas la vis comica, peut-être. Que ce soit de la tragédie ou de la comédie, il faut que ça reste du jeu, c’est-à-dire qu’il y ait derrière le plaisir de l’acteur. »
Le théâtre a-t-il selon vous la reconnaissance qu’il mérite ?
« Dans l’opinion publique, oui, parce que je pense que le théâtre a survécu au cinéma, à la télévision, il survivra à l’IA, parce que c’est un lieu de rencontre d’abord et avant tout, où les gens se réunissent pour entendre une parole et pour rire. Ce qui est compliqué en ce moment, ce sont les coupes budgétaires infligées à la culture. Il est évidemment essentiel de pouvoir se défendre et de pouvoir construire des bombes, mais pour défendre quoi ? Ce n’est pas de moi, mais de Churchill. Alors évidemment, comme je travaille dans la culture, on va dire qu’il y a du parti pris, mais non. Qu’est-ce qu’il restera une fois qu’on aura lancé des bombes partout, si ce n’est la culture, en fait ? Je pense que c’est une erreur, ou une volonté stratégique, c’est comme on veut. »
Crédit photo : Guillaume Thomas Propos recueillis par Michel Poiriault
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