Chalon sur Saône

Le fleurissement du massif de la Tour du Doyenné ravive le souvenir du centenaire de sa reconstruction sur l'île Saint-Laurent

Par Karim BOUAKLINE-VENEGAS AL GHARNATI

Publié le 24 Mai 2026 à 11h00

Le fleurissement du massif de la Tour du Doyenné ravive le souvenir du centenaire de sa reconstruction sur l'île Saint-Laurent

Le fleurissement du massif floral de la tour est l'occasion de se replonger dans l'histoire de sa reconstruction. Plus de détails avec Info Chalon.

À l'occasion de la présentation de la thématique du fleurissement du massif floral de la Tour du Doyenné, installé au bout de l’île Saint-Laurent, il paraissait important de revenir sur un évènement marquant pour le patrimoine chalonnais : le centenaire de la reconstruction de la Tour du Doyenné sur son emplacement actuel, célébré le lundi 16 février 2026.

Ce jour-là, cela faisait exactement 100 ans que la pose de la première pierre de la reconstruction de la Tour du Doyenné sur l'île Saint-Laurent avait été officiellement inaugurée, le 16 février 1926. Une date symbolique pour ce monument devenu l'un des emblèmes les plus connus de Chalon-sur-Saône.

Comme le rappelait alors Cédric Anglade, membre de la Confrérie Royale Gôniotique, cette cérémonie du centenaire avait permis de remettre en lumière l'histoire extraordinaire de cette tour médiévale, seule tour au monde à avoir pris deux fois le train : une première fois de Chalon-sur-Saône à Paris, puis une seconde fois de Paris à Chalon-sur-Saône.

À l'origine, la Tour du Doyenné desservait les étages de la maison du doyen des chanoines de la cathédrale Saint-Vincent, à l'angle du bâtiment devenu aujourd'hui le presbytère, rue Edgar Quinet. Après la Révolution, l'édifice fut saisi puis vendu. En 1907, alors quasiment en ruines, la tour fut démontée avant d'être vendue à un antiquaire allemand installé à Paris.

Craignant de voir disparaître ce joyau du patrimoine français, le Duc de Trévise, Édouard Mortier (1883-1946), le président de la Sauvegarde de l'Art Français, lança un appel dans Le Figaro artistique du 19 janvier 1924 afin que la tour puisse être reconstruite à Chalon-sur-Saône. Sous l'impulsion de l'architecte lyonnais Louis Cornillon, le mécène américain Franck Jay Gould racheta alors les pierres de la tour, les offrit à la Ville de Chalon-sur-Saône et prit entièrement en charge les frais de reconstruction.

Homme réputé pour sa grande discrétion et sa générosité, Franck Jay Gould ne sera pourtant présent ni lors de la pose de la première pierre, le 16 février 1926, ni lors de l'inauguration officielle de la tour, le 14 juillet 1928.

La reconstruction, conduite par Louis Cornillon, dura près de trois années avant que la tour ne trouve définitivement sa place au bout de l'île Saint-Laurent, autrefois appelée «l'Île d'Amour». Aujourd'hui encore, entourée du Square des Amis de la France en hommage à Franck Jay Gould, elle accueille les milliers de visiteurs arrivant à Chalon par la Saône et veille sur les quais des Messageries et Gambetta.

Le 16 février 1926, la cérémonie de pose de la première pierre avait attiré une foule immense. Jeanne Robert, Reine des Ateliers Chalonnais, modiste née à Bourgneuf-Val-d'Or le 19 septembre 1907, fut choisie pour poser symboliquement cette première pierre. Elle était accompagnée de ses deux vice-reines : Andrée Fèvre, ouvrière en robes née à Chalon-sur-Saône le 28 décembre 1905, et Julienne Flouret, manufacturière née à Villeneuve-lès-Avignon (Gard) le 14 mars 1907.

Toutes trois avaient été élues après une présentation sur grand écran où elles apparaissaient photographiées sur leur lieu de travail, illustrant déjà à l'époque la volonté de mettre à l'honneur le monde ouvrier et les figures populaires chalonnaises.

Le grand cérémonial en plein air trouva son épilogue lorsque l'architecte Louis Cornillon remit à Jeanne Robert une plaquette d'argent ornée d'une branche de lierre sur laquelle était gravée l'inscription : «La Tour du Doyenné à Jeanne Robert, Reine de Chalon».

La cérémonie s'acheva dans une ambiance festive ponctuée d'un grand coup de canon tandis que la foule envahissait tous les espaces accessibles en criant : «Vive la Reine ! Vive M. Gould ! Vive M. Cornillon !».

Cent ans plus tard, le lundi 16 février 2026, cette mémoire fut ravivée lors d'une cérémonie symbolique organisée au pied de la tour. Un cornouiller (Cornus mas) y fut planté en hommage à Louis Cornillon, sympathique clin d'œil à son nom et à celui qui avait permis la renaissance du monument grâce au retraçage des plans de la tour.

Les Majestés les Reines de Carnaval étaient présentes pour rappeler que leurs prédécesseures avaient joué un rôle central lors de la pose de la première pierre en 1926. La Confrérie Royale Gôniotique avait également tenu à participer à cet hommage patrimonial et carnavalesque.

À l'initiative de cette commémoration, Cédric Anglade se souvient encore avec émotion de cette journée particulière :
«Je me suis senti honoré de rappeler que notre patrimoine est important qu'il faut savoir le protéger, mais surtout le faire vivre pour nos générations futures. Et que le Carnaval permet de déroger à la routine, peu se permettre de mettre en avant beaucoup de choses, d'endroit, de personnalité, mais aussi d'évènements. Vive Carnaval, vive les Gôniots !»

Inscrite depuis 1948 au titre des monuments historiques, la Tour du Doyenné conserve encore aujourd'hui une part de mystère. Habituellement fermée au public pour des raisons de sécurité, elle n'ouvre qu’exceptionnellement, notamment lors des Journées européennes du patrimoine. Les plus curieux rêveraient pourtant de gravir les 123 marches menant à son sommet afin d'admirer l'une des plus belles vues sur Chalon-sur-Saône.

Monument chargé d'histoire, héritage de l'architecture gothique constitué de sept pans et de murs en briques rouges témoignant du savoir-faire des artisans de l'époque, la Tour du Doyenné demeure aujourd'hui un symbole fort de l'identité chalonnaise et un trait d'union entre patrimoine, mémoire populaire et traditions carnavalesques.

 

Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati