Saône et Loire économie

"L'industrie française est pleine de contrastes mais regardons le verre à moitié plein" assure Sébastien Martin

"L'industrie française est pleine de contrastes mais regardons le verre à moitié plein" assure Sébastien Martin

Nucléaire, aéronautique, pharmaceutique ont le vent en poupe et d'autres plus "confrontés frontalement à la concurrence". En marge de son déplacement chalonnais ce lundi matin, Sébastien Martin a livré son état d'esprit.

Sébastien Martin refuse de succomber au pessimisme ambiant et préfère réaffirmer cette boussole qui l'anime, "depuis 2018, le solde net d'emplois industriel est de + 180 000, voilà la réalité", celle des chiffres comptables sur lesquels le Ministre de l'Industrie s'appuie pour réaffirmer les ambitions industrielles de la France et de son ministère. Bien sûr, qu'il n'est pas question de faire l'Autruche et de mettre un voile sur les difficultés structurelles de l'économie française et de son industrie.

Si le Ministre de l'économie affiche ces "180 000 emplois nets" comme un Talisman, il convient toutefois de mettre en parallèle ce solde avec l'investissement consenti par l'Etat Français dans sa phase de réindustrialisation. Certes, on pourrait se contenter de faire les plus et les moins, et de conclure "tout ça pour ça", sauf que c'est oublier qu'on part de loin et même de très loin.

Pendant des années, combien de projets industriels lourds ou pas, ont été abandonnés, faute de soutiens politiques et de la population locale, plus motivés à accueillir des fonctions tertiaires. Aujourd'hui, on paye le prix fort parce que face à nous, l'Asie bien sûr mais aussi nos voisins européens, à l'image de l'Italie, ont bien compris que la richesse d'un pays se mesure à sa puissance industrielle, et chacun d'entre eux ont pris le train en marche, et n'entendent pas rester à quai, le temps que la France se décide de reprendre les choses en main. 

"Il y a un vrai changement de mentalité" confiait ce lundi matin Sébastien Martin, interrogé par info-chalon.com, "les élus locaux que je rencontre jour après jour mais aussi tous les acteurs ont bien compris que nous sommes allés trop loin dans la désindustrialisation. Il y a une vraie prise de conscience". 

Indéniablement, la situation post-covid avait ouvert les yeux sur l'incapacité française à produire sans passer par la case Chine (pour les masques) ou l'Inde (pour les dolipranes), et un pic de création industrielle avait été enregistré dans les années 2021 et 2022, pour ensuite reprendre son évolution. 

"On a des secteurs industriels qui ont une vraie dynamique, le nucléaire, l'aéronautique, la défense.. et puis on a des secteurs plus confrontés à la concurrence frontale et la surproduction asiatique dans les secteurs de la chimie, de l'acier ou de l'automobile. On est face à des outils industriels colossaux, ultra-modernes et ultra-subventionnés. Ca vient percuter nos outils industriels".

"On a obtenu des mesures de protection à l'échelle européenne"

Sébastien Martin s'est félicité de voir apparaître des mesures de protection de l'industrie à l'échelle européennes. Enfin pourrait-on se permettre de dire, surtout lorsqu'on observe le comportement du marché américain face à la déferlante chinoise et asiatique. "A partir du 1er juillet, des droits de douane viendront s'appliquer sur l'acier asiatique. Sur la chimie, on a obtenu un mécanisme de compensation. Sur l'automobile hybride, les Chinois ont pris des parts de marché, ce n'est pas le cas sur l'électrique".

"Dans ce pays, on a toutes les capacités de rebond industriel"

"On a des capacités d'ingénierie, de recherche et développement, une qualité de main d'oeuvre, une qualité d'infrastructures reconnues partout à travers le monde".

"Les territoires clés en main qui ont eu le succès qu'on connaît à Chalon est une manière d'accélérer le processus d'implantation industrielle. C'est permettre à des investisseurs d'avoir juste à gérer son permis de construire"

"Jai donné la main aux Préfets pour labelliser les sites clés en main"

Sébastien Martin l'assure, ce sont désormais tous les départements concernés par l'application des "sites clés en main" en vue de projets d'implantation industrielle. " Ce ne sont plus des appels à projets tous les deux ans, c'est au fil de l'eau maintenant dès que vous êtes prêts. Vous pouvez être directement labellisés en passant directement par les Préfectures. N'importe quelle collectivité peut présenter son projet au Préfet"

"Il y a un énorme potentiel foncier dans les friches industrielles"

Face aux inquiétudes soulevées par les intercommunalités de France il y a quelques semaines sur la problématique du foncier, Sébastien Martin s'est voulu plutôt rassurant, "20 % des friches industrielles à disposition permettent de répondre aux besoins du moment, c'est dire l'énorme potentiel. Ca oblige aussi les collectivités à faire des choix dans nos documents d'urbanisme. Est-ce que je garde du foncier pour l'industrie ou est-ce que je fais un centre commercial de plus ? Vous n'attirez pas des industriels si vous n'avez pas envie de le faire, si vous n'avez pas une culture industrielle locale, si vous n'avez pas une organisation territoriale qui prend les choses en main où on aligne tout le monde et lorsqu'un projet arrive, on a un seul interlocuteur qui facilite les choses. A Marseille, à Bordeaux, à Dunkerque, c'est comme ça que ça se passse, il faut une volonté et une organisation".

"Il y a 10 anS un tiers des Français considèrait que l'industrie c'est important, aujourd'hui c'est deux tiers. Ca veut bien dire que les mentalités évoluent autour des questions industrielles. Chacun a compris que cette dépendance industrielle ce n'est pas bon. Charge à nous de maintenir le cap de cette réindustrisalition". 

Laurent GUILLAUMÉ