Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - En litige avec son père, elle usurpe l'identité d'un avocat

« Lorsqu’on est avocat, on doit obéir à certaines règles de déontologie, et respecter les principes qui encadrent la relation de confiance avec nos clients, mais rien ne vient encadrer la relation en sens inverse, du client vis-à-vis de l’avocat, si ce n’est le cadre pénal », plaide Maître Mathilde Leray Saint-Arroman pour son confrère. Une certaine madame J. X a enfreint ce cadre en juin 2014 : son père lui demandait des comptes, inquiété en tant que caution (pour elle), par des créanciers. Et que fait-elle ? Elle crée une boîte mail au nom de son avocat, maître Diry, et sous cette identité écrit à son père. 

Elle est poursuivie pour « altération frauduleuse de la vérité dans un écrit » et « usage de faux en écriture ». La présidente lit les deux mails et ne retient qu’avec peine son hilarité. Il faut dire que la vérité a subi les outrages de l’altération tant sur le fond que sur la forme.
Sur le fond, évidemment, puisque la jeune femme prend position dans un conflit qui l’oppose à son père, annonçant des actes non conformes aux procédures, et puis sur la forme, faisant dire à Benoît Diry, avec plein de fautes d’orthographe, une ponctuation évanescente, et une syntaxe hyper décontractée : « il faut patienter, vous inquiétez pas », « il faut soutenir votre fille, elle prend sur elle, elle n’est pas superwoman », ou encore « j’ai l’impression qu’elle ne tiendra pas le coup », et, last but not least, « vous pouvez m’écrire, je réponds toujours ». Même du côté du ministère public on contient les flammèches de joie qui dansent dans les prunelles, pour être franc tout le monde a envie de rire tant le plagiat est raté mais du coup irrésistiblement drôle, sauf pour le père qui se pointe chez l’avocat et lui tend les mails en disant : « je ne crois pas que cela vienne de vous ». Maître Diry porte plainte, et demandait aujourd’hui 17 novembre, 1 euro symbolique de dommages et intérêts. 

La prévenue est absente. Elle l’est souvent, lorsqu’elle est convoquée, précise la procureur. Deux condamnations à son casier. En 2008 pour escroquerie (1 mois de prison avec sursis), et en 2016, faits d’escroquerie également (6 mois de prison). 4 enfants dont un seul à sa charge, pas de travail, des revenus misérables, un père qui se porte quand même garant pour elle, et qui cessera sans doute vu le bronx que sème la miss. 

L’Ordre des avocats intervient également. Madame le bâtonnier, maître Ravat-Sandre, ne peut pas assister à l’audience, c’est maître Seriot qui la représente : « Ce dossier a trait à la correspondance des avocats. La production écrite des auxiliaires de justice que nous sommes est très codifiée. L’avocat s’engage par serment à respecter ce cadre réglementaire. Cette personne met à bas tous ces principes, on ne peut pas instrumentaliser un confrère, il y va aussi de l’honneur et de la dignité de notre profession. »  Marie Gicquaud, pour le ministère public, porte l’estocade : « Ces mails aux contenus incohérents et truffés de fautes ont mis la puce à l’oreille de monsieur X qui s’en est ouvert à maître Diry, rapidement, heureusement. Il y a une atteinte à l’image professionnelle de l’avocat. Je requiers 3 mois de prison. »

En son absence, madame J. X est condamnée à 3 mois de prison. L’honneur du Barreau est sauf, et ce dernier dossier de la semaine a décontracté tout le monde, c’est assez rare pour être souligné. 

FSA

 

 

 

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