Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Alcoolisée et en récidive, elle avait percuté le SAMU Avenue Kennedy

C’est une dame qui a besoin d’un coup de main depuis si longtemps… Vaillante, courageuse, elle a tenu une vie entière de travail dans le soin, et puis elle a rempilé à sa retraite, prise à la gorge par des crédits de type SOFINCO. Entre temps elle a élevé sa fille, 40 ans aujourd’hui, ça fait un bail qu’elle a quitté le foyer. Et la maman s’est retrouvée seule, obstinée comme la petite chèvre de monsieur Seguin : rivée à son piquet, mais qui fait front. Samedi dernier, elle a craqué, « parce que j’étais toute seule, j’avais pas le moral ». Elle a bu, à nouveau. Elle a pris le volant, puis l’avenue Kennedy de Chalon à contresens, et elle a percuté un véhicule du SAMU. Elle avait presque 2 grammes d’alcool par litre de sang, « j’ai pas vu ce que je faisais » dit-elle, mais la nuit tombée n’y était pas pour grand-chose.

M. C. a 65 ans, c’est une femme petite et menu - « elle pèse 42 kg », répètera Arnaud Bibard, son avocat – qui comparait ce lundi 8 janvier flanquée de 4 policiers : elle arrive du commissariat, elle sort de garde à vue, et elle a trouvé cela « affreux ». « J’ai pas dormi, c’était épouvantable, je n’avais pas envie de manger. » On l’a gardé en garde à vue parce que le parquet a décidé de la faire passer en comparution immédiate : M. C. est en état de récidive légale, récemment condamné (en octobre dernier) à un sursis mis à l’épreuve. Cette condamnation-là n’a pas suffi, d’autant moins qu’elle n’a pas encore été exécutée. Dans ces conditions, si « rentrer dans une voiture du SAMU avec 2 grammes d’alcool, ce n’est pas florissant », c’est à tout le moins efficace, car M. C., à compter de son interpellation, n’a pas d’autre choix que de regarder les juges et le problème en face.

En audition, elle dit aux policiers qu’elle avait arrêté de boire il y a deux ans, suite à un accrochage sur un parking, alcoolisée. Elle prenait un médicament, mais ça n’a pas réglé les problèmes, le surendettement, la saturation de l’isolement, le recours au Pastis pour se donner un peu d’allant. Samedi ce fut plus que de l’allant, « c’était du grand n’importe quoi », dit la prévenue. Elle parle fort et clair, et comme souvent, c’est pendant la plaidoirie de son avocat que l’émotion la saisira, quand on parlera d’elle, pour la défendre, pour défendre un passage à l’acte qui ne parle que d’elle lui aussi, de sa détresse, de son ras le bol, de l’amenuisement de ses forces, de ses capacités d’encaissement, au propre comme au figuré, et de son alcoolisme. 

Le parquet requiert 8 mois de prison, l’annulation de son permis de conduire avec l’interdiction de le repasser pendant 1 an, la confiscation de son véhicule, et une amende de 150 euros, mais rien ne convient à la défense : « Moi si aujourd’hui j’avais à prendre des réquisitions, attaque maître Bibard, je souhaiterais qu’elle ne puisse plus conduire du tout, jusqu’à ce qu’on soit certain qu’elle ne boit plus. Le tribunal doit prendre les mesures qui s’imposent, je trouve qu’un an c’est insuffisant. 8 mois de prison ferme, par contre, ça me semble totalement inadéquat. L’envoyer à la maison d’arrêt de Dijon, dans un rouleau compresseur, je ne vois pas l’intérêt. » L’avocat rappelle la garde à vue et le défèrement, qui sont autant d’épreuves pour cette « femme malheureuse », « et quand on est malheureux, on fait n’importe quoi. » Il rappelle qu’au lieu de prendre sa retraite, en 2011, elle a repris du travail, qu’elle aide des personnes très malades ce qui la maintient sur un versant âpre de l’existence, tout ça pour honorer un échéancier de remboursement, « elle ne s’en fiche pas ». 

M. C. est condamnée à 6 mois de prison (peine aménageable), son permis est annulé elle doit attendre 1 an avant de le repasser, elle paiera 100 euros d’amende, et sa voiture est confisquée. « On entend vos difficultés, madame, mais l’ordre public est important. Il vous appartient d’être vigilante et de mettre en place des soins plus poussés. » M. C. acquiesce : le sursis mis à l’épreuve d’octobre commencera bientôt, elle aura des soins à suivre, et un précieux interlocuteur : un conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation. Fini le désert relationnel. Le prix est élevé, certes, mais enfin il n’est pas donné à tout le monde de percuter le SAMU.

FSA

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