Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Trois hommes avaient agressé deux frères à leur domicile à Givry

Il était un peu plus de 22 heures ce vendredi-là quand on a toqué à la porte du domicile de deux frères à Givry. L’un des deux descend et ouvre : 3 hommes masqués s’engouffrent et immédiatement le frappent. Coups de poings, de pieds, de matraque puis de couteau. Peu avant minuit les pompiers l’embarqueront directement à l’hôpital, les gendarmes y conduiront son frère un peu après. C’était le 8 septembre 2017. Ce vendredi 26 avril 2019, de 14 heures à 20 heures, trois prévenus ont été jugés pour vols avec violence.

« Vous reconnaissez les faits ? », leur demande la présidente Therme. « Non », aucun ne reconnaît quoi que ce soit. Pourtant c’est un juge d’instruction qui les renvoie devant le tribunal correctionnel, estimant que les charges sont suffisantes. Deux des prévenus comparaissent libres, le troisième est détenu pour autre cause, mais fut de toute façon placé en détention provisoire au départ dans le cadre de cette procédure. Les victimes sont présentes. 3 jours d’ITT pour l’un des frères, 10 jours pour celui qui avait ouvert la porte : on a dû suturer des plaies au crâne, sur le visage, au genou, à la cuisse. Certaines cicatrices sont bien visibles à l’audience. Cette violence a imprégné leurs esprits, « les cauchemars sont venus plus tard ». Traumatismes.

Un masque de Scream, une écharpe, et un bandana qui tombe…

Les 3 individus sont entrés chez eux en gueulant « où est l’argent, où est le matos ? » (Quel matos ? « On ne sait pas, disent en substance les frères, on pense qu’ils parlaient de l’armoire à cannabis qu’on avait avant ») L’un avait le visage ceint par une écharpe, l’autre portait un masque de Scream, le troisième un bandana qui a glissé sous son menton. Le frère aîné, tout en prenant des coups, le scrutait, se disant « je l’ai déjà vu ». Son petit frère l’entend criant et descend fissa : on le traîne dans la cave. Un autre fouille la maison, retourne meubles et objets. Le grand va parvenir à se dégager, s’enfuit chez un voisin d’où il appelle la gendarmerie, les agresseurs prennent la fuite, riches de deux téléphones, d’un sac avec divers papiers, d’un poing américain, d’un couteau. Ils décampent dans une Mégane de couleur foncée.

Ahmed X, 6 condamnations à ce jour et un profil dur

Les enquêteurs ont commencé par identifier l’homme au bandana rouge : Ahmed X, né en 1994, déjà condamné 5 fois à l’époque dont 3 fois pour violences en réunion, et une fois pour trafic de stupéfiants. Un profil particulier. « Je suis tout seul depuis mes 14 ans, j’ai personne derrière moi. » Ahmed est arrivé d’Algérie en 2011 à Paris, « j’avais rencontré une femme ». Puis il vient à Chalon, « comme ça ». Il rencontre une autre femme et l’épouse en 2014, en Algérie. Ils ont deux enfants, dont l’un est né pendant son incarcération. Il n’a jamais travaillé : « J’ai pas le droit parce que j’ai pas de titre de séjour. » Première condamnation en 2012, la seconde, celle pour trafic de stups, en 2015. « Comment vous financez votre consommation ? -Des collègues me dépannent. – Les écoutes téléphoniques nous ont montré quelle énergie vous déployez pour organiser la venue de drogue en prison, jusqu’à impliquer votre mère, condamnée pour ça en novembre dernier. – Je fais rien rentrer. »

Une instruction à charge et à décharge, d’une précision d’orfèvre

Il ne fait rien « rentrer », il n’a rien fait le 8 septembre 2017 en soirée, du moins rien de crade. La présidente Therme mène une instruction précise et le garçon va se prendre les pieds dans le tapis à quelques reprises, finissant même par impliquer implicitement ses deux co-prévenus. On a l’impression qu’il a compris qu’il était cuit et l’aurait mauvaise que les deux autres s’en sortent. Les enquêteurs ont en effet exploité le téléphone d’Ahmed (nos téléphones sont désormais des mémoires assez complètes de tout ce que nous faisons, et où nous le faisons, ndla). De fil en aiguille ils arrivent à Mehdi X, 24 ans, et Sehmuz X, 25 ans. Ils sont de Montceau-les-Mines, comme Ahmed qu’on place alors sur écoute, y compris en prison. Mehdi aujourd’hui travaille, Sehmuz, lui, ne travaille plus pour l’instant mais en 2017 tenait un kebab et assure le tribunal que ses activités étaient limpides.

Le 8 septembre 2017, les trois ont passé la soirée ensemble

Ahmed était déjà allé à Givry chez les frères en question. Les deux autres disent ne pas les connaître du tout. Soit, mais le 8 septembre 2017 au soir, Ahmed, Mehdi et Sehmuz ont passé la soirée ensemble. Ils seraient allés voir à Ecuisses un certain monsieur B., alors sous bracelet électronique, ils lui avaient même acheté de la vodka et des clopes. Or les téléphones ont borné partout par où ils sont passés, les enquêteurs ont retracé les parcours : Ahmed est allé du côté de Givry, les horaires collent, quant aux deux autres c’est simple, leurs téléphones furent coupés (ou déchargés, dit-l’un) pile pendant le temps de l’agression. Ils se signalent à nouveau, plus tard, vers Montceau. « Monsieur B. n’a pas confirmé qu’ils avaient passé la soirée chez lui. Les trois prévenus étaient ensemble, dans la Mégane de Mehdi X. » Marie Gicquaud, substitut du procureur, récapitule les éléments à charge, « ça fait trop pour être des coïncidences ». Elle requiert 3 ans de prison et des mandats de dépôts contre Sehmuz X, et Mehdi X., 6 ans de prison contre Ahmed X. Interdiction du département de Saône-et-Loire pendant 5 ans.

« Y a pas de preuves contre moi, et on est en France : il faut des preuves »

Maître Varlet et maître Lépine plaident la relaxe pour Mehdi X. « 3 ans de prison et une interdiction du département ? C’est une peine d’exclusion sociale : impossible sans preuve formelle. » Maître Diry, pour Ahmed X, « le seul visage du dossier » : « Soit ils y étaient tous, soit il n’y étaient pas. Si rien ne tient pour les 2 autres, alors rien ne tient pour le 3e. » Sehmuz X, lui, a finalement décidé de se défendre lui-même, son propos ne manque pas de saveur : « Y a pas de preuves contre moi, et on est en France : il faut des preuves. J’ai arrêté toutes mes conneries pour m’en sortir. Si vous voulez croire à tout ce qu’on vous dit, alors mettez-moi en prison, madame. » Les téléphones volés aux frères étaient en la possession d’Ahmed, qui y avait même introduit une carte SIM rattachée à son épouse. Il les avait ensuite vendus à un type du côté de Blanzy.

Coupables, 6 ans ferme pour Ahmed

Les 3 ou rien ? Le tribunal, après avoir longuement délibéré, les déclare coupables. La présidente leur expose avec précision tous les éléments qui motivent cette décision. Sehmuz et Mehdi sont condamnés à 2 ans de prison chacun, dont 1 an assorti de sursis mis à l’épreuve de 2 ans. Obligations de travailler, d’indemniser les victimes, interdiction de contact avec elles et interdiction de paraître à Givry. Ahmed X est condamné à 6 ans de prison au regard de l’état de récidive légale, maintien en détention, puis interdiction du département pendant 5 ans. L’escorte pénitentiaire le menotte, les mains attachées à une sangle bouclée autour de sa taille : aucun mouvement des bras n’est possible. Il n’a que 25 ans, son profil se durcit encore.

Florence Saint-Arroman

Maître Couillerot intervenait pour les victimes, elle a fait une véritable plaidoirie à charge, demandant au tribunal de condamner et d’ordonner des expertises ainsi qu’un renvoi sur intérêt civil pour que les frères puissent chiffrer leurs dommages. Le tribunal ordonne expertises et renvoie en septembre prochain. Les trois agresseurs devront les indemniser solidairement.

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