Société

Patrick Chamboredon, Président de l'Ordre National des Infirmiers, répond à info-chalon.com

A l'heure où l'ensemble de la profession des infirmiers est mobilisé dans le cadre d'une grande consultation nationale, avec notamment une quinzaine de forums régionaux dont celui de Dijon, le Président de l'Ordre National des Infirmiers rappelle que sur 1,1 millions de professionnels de santé exerçant, seulement 220 000 sont médecins.

Quel regard les infirmiers jettent sur la problématique de la désertification médicale ?

Les infirmiers en tant que professionnels intervenant essentiellement sur prescription du médecin sont directement confrontés à la désertification médicale. Certains patients se rendent à l'hôpital, aux urgences, faute de médecins généralistes disponibles. Ils reviennent avec des prescriptions d’actes infirmiers mais sans la coordination naturelle entre infirmier et médecin traitant. Dans certaines régions, nous sommes parfois les derniers professionnels de santé à nous rendre chez les patients. Et les infirmiers sont de plus en plus compétents, avec l’intégration à l’université notamment, c'est pourquoi nous pensons qu'il est nécessaire d'élargir notre champ de compétences afin d’être plus autonomes, cela bien entendu en coordination avec les autres professionnels de santé.

 En Saône et Loire, le département pilote porte un dispositif qui salarie les médecins généralistes afin de compenser la désertification. Souhaiteriez-vous un dispositif identique sur la question des infirmiers ?

Les conditions ne sont pas les mêmes pour les infirmiers qui sont plus de 120000 exerçant en libéral et plutôt bien répartis. Et leur nombre augmente chaque année d’environ 5000. Par ailleurs l’exercice salarié existe chez les infirmiers que ce soit au sein des services de soins infirmiers à domicile ou dans les services d’hospitalisation à domicile.

On parle régulièrement des médecins généralistes. Vous sentez vous oubliés du Grand Débat national et du projet de loi santé ?

La réforme de la santé telle qu’annoncée par le Président de la République en septembre dernier était effectivement trop centrée sur celle de la médecine. Il a donc fallu rappeler qu’en France 1,1 millions de professionnels de santé exercent et que parmi eux seulement 220 000 sont des médecins. Mais le Gouvernement nous a entendu et l’on peut se féliciter de l’introduction de la recertification des infirmiers dans le projet de loi ou encore de l’élargissement de nos compétences en matière d’adaptation de traitements médicamenteux. Nous sommes en revanche beaucoup plus réservés sur la création des assistants médicaux qui nous semble très floue et propice à désorganiser le tissu des professionnels de santé intervenant autour des patients en nuisant à la lisibilité par les usagers du système de prise en charge. Ce type de solution miracle est une illusion qui ne résoudra en rien les déserts médicaux.

En quoi consiste la grande consultation que vous organisez ?

Explosion des maladies chroniques, vieillissement de la population, déserts médicaux, virage ambulatoire… Les nouveaux besoins de santé nécessitent à la fois un élargissement du champ de compétences des infirmiers, un assouplissement de leur cadre d’exercice, et plus de coordination avec les autres professionnels de santé. C’est pourquoi l’Ordre national des infirmiers a souhaité mobiliser l’ensemble de la profession autour de ces enjeux avec la Grande Consultation infirmière. Il s’agit à la fois d’une plateforme en ligne ( www.grandeconsultation-infirmiere.org )  et d’un dispositif événementiel avec 15 forums régionaux dans toute la France. Sur ces bases, un livre blanc sera rédigé et rendu public à la fin de l’année 2019, puis porté par l’Ordre national des infirmiers au plus haut niveau de l’État et des acteurs institutionnels.

Propos recueillis par Laurent Guillaumé - Info-chalon.com

Annonces

Météo locale

Météo
  • Min
  • Max

Recherche