Faits divers
TRIBUNAL DE CHALON - La police intervient peu avant 1 heure du matin le 14 février, rue de la Libération à Chatenoy le Royal
Publié le 16 Février 2021 à 16h55
Sa dernière peine était assortie d’une période de probation avec un suivi renforcé. Le suivi était opérant au point que le prévenu était sur le point d’enfin travailler, mais il a été rattrapé (par son mode de vie et par la police) et il est à nouveau jugé, en comparution immédiate cette fois ce lundi 15 février. Une audience entre enclume et marteau.
La police intervient peu avant 1 heure du matin le 14 février, rue de la Libération à Chatenoy le Royal. Quelqu’un dit que des gens forcent les box dans le parking souterrain. Les policiers surveillent, voient deux hommes, en reconnaissent un aisément. Il est né en 1988 à Chalon et compte 31 condamnations, autant dire qu’en effet chaque policier le connaît. L’homme non identifié prend la poudre d’escampette, l’autre est avec son chien, il ouvre aux policiers.
Son avocat plaide une relaxe pour les vols qu’on lui reproche
A partir de là, si les policiers estiment qu’il était un train de commettre des vols, le prévenu lui, s’en défend et l’on entre avec lui dans les quotidiens de certains habitants. Il était avec un certain Jérôme que sa compagne avait viré du logement qui dormait dans le garage, où il avait froid. Adoncques il voulait s’aménager un petit squat et demande à son pote, descendu, lui, vers minuit, bricoler sur son scooter, de l’aider à transporter un canapé, une table, un vélo (?), dans un nouveau coin. La propriétaire des objets c’est l’ex de ce monsieur, le prévenu soutient qu’il a été abusé par ce Jérôme, et que la femme, « elle se drogue », ne l’aime pas parce qu’il est pote avec son ex, ou supposé ex, on ne sait pas. Maître Vaucher plaide une relaxe : l’infraction n’est constituée ni matériellement ni intentionnellement.
Il reconnaît ses insultes, ses menaces, ses invectives et son comportement imprévisible
Le seconde partie de la scène concerne l’interpellation du prévenu qui devient extrêmement difficile dès l’instant où il réalise qu’avec tout ça il risque de retourner en prison. Entre son chien (un molosse) et sa façon de péter un câble et de partir direct en orbite, ça a tourné physique. Il reconnaît ses insultes, ses menaces, ses invectives et son comportement imprévisible (il cogne sa tête contre la vitre du véhicule, il en mime la répétition), mais il se lève pour montrer son blouson taché de sang, désigne les points de suture à sa lèvre et à sa langue, ses poches de pantalon déchirées. Il a trois côtes fêlées dit le certificat médical, et 10 jours d’ITT.
« Et après, je me suis emporté »
Il dit qu’il n’a pas craché sur le policier mais que le sang a giclé quand un coup lui a ouvert la lèvre. Son avocat le plaide également. « Ils m’ont écrasé la tête, ils m’ont tout fait, j’ai cru que j’allais mourir. » Et il se met à pleurer. Personne ne s’en étonne, il est entré dans le box très secoué déjà. « Et après je me suis emporté », il en pleure davantage. La présidente Caporali l’interroge sur chaque détail. « Vous auriez pu les suivre et vous expliquer ensuite. » Ça n’est pas possible pour lui, dirait-on. « Je leur ai dit que c’était pas moi, et ils veulent que je vienne avec eux.
- Vu les circonstances, ça se comprend, vous auriez dû les suivre. »
L’enfance, l’alcool, il pleure ce désastre
« C’est de ma faute si je me suis emporté. J’ai des traitements et je pète des câbles. Je suis devenu fou. J’ai cru que j’allais clamser, madame. » Il continue à être opposant, il refuse une deuxième audition, refuse d’aller à l’hôpital, refuse de passer un test de dépistage de l’alcool. Pourtant il avait bu, et l’alcool... « Depuis que je suis petit je bois de l’alcool. J’ai eu une enfance difficile, j’ai fait les foyers, et ensuite prison-prison-prison-prison. Et malheureusement l’alcool change mon comportement, je fais n’importe quoi. » Il avait bu du rhum, « et quand vous n’avez pas mangé depuis le matin, ça vous couche. » Dans le cadre de son sursis, il voit un addictologue et dit qu’il boit un peu moins. Il revient sans cesse à son contrat de travail, un contrat d’insertion, et il pleure de voir lui déjà lui échapper ce qu’il n’a encore jamais tenu dans ses mains, parce que prison-prison-prison-prison, parce que délits-infractions-délits-infractions.
« Il vous le dit, il est devenu fou »
« Les policiers ont agi avec discernement et dans les limites imposées par les textes, plaide maître Bibard. Ils ont peut-être fait preuve d’une virilité bien légitime, car celui-ci vous le dit, il est devenu fou. » Gaëtan Vaucher, en défense, lit une phrase de la procédure : « Il a ouvert la porte du garage, tout simplement. » Il demande à son client de se lever, « il s’est senti mourir, il est handicapé (il perçoit l’AAH, ndla), ils étaient à plusieurs contre un seul. Ont-ils utilisé la force strictement nécessaire ? J’en doute. On reconnaît les outrages mais il faut réduire les indemnités. »
L’Etat de droit au centre des réquisitions
Les propos les plus violents ? « J’ai dit, vous seriez tombé sur un djihadiste il vous aurait mis une balle. » ... Alors, finalement, il s’excuse « pour les policiers », « mais j’ai rien volé. » Angelique Depetris, substitut du procureur, requiert une peine de 2 ans de prison et un mandat de dépôt. « Un État de droit, c’est un État dans lequel il y a des règles de droit pour nous permettre de vivre ensemble, et auxquelles nous devons tous nous soumettre. Monsieur fait partie de ce « tous », mais il a du mal à l’assimiler, il a été condamné 31 fois. Dans un État de droit il y a la police et la gendarmerie, pour faire appliquer ces règles. Ce soir là, monsieur et son comparse avaient une attitude inquiétante au niveau des garages. (...) Monsieur, personne ne l’aime (se réfère aux propos du prévenu, la femme qui se dit victime ne l’aime pas, un policier non plus, ndla) c’est pas de chance. En audition il dit avoir ‘pété un câble’, puis il se contredit. Ce qui se cache derrière, c’est un mensonge. »
Il va être incarcéré, il pète un câble
Le tribunal relaxe le prévenu du chef de vol aggravé, le déclare coupable du surplus (violence, rébellion, outrage à l’encontre de personnes dépositaires de l’autorité publique) et le condamne à une peine de 8 mois de prison, prononce un mandat de dépôt. Il va être incarcéré, il se lève, et donne un peu à voir ce qui se passe quand les éléments de réalité lui résistent. Les trois policiers de l’escorte sont debout eux aussi et lui barrent l’accès vers l’escalier, ils vont le menotter. « Je vais tout niquer en détention, vous allez voir ! Vous inquiétez pas, les gens comme moi, ils vont vous traumatiser, un jour, dit-il au tribunal. Le sang, il va couler. »
FSA
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