Chalon sur Saône
Dans « Le placard », que ne faut-il pas faire pour conserver son job, jusqu’à être à contre-emploi !
Publié le 16 Février 2015 à 13h18
Au début des années 2000, « Le placard » était un film. Quelque temps après son géniteur Francis Veber lui a accordé une seconde vie en l’adaptant au théâtre. Dimanche soir à l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône, complet, « Les théâtrales » l’ont fait débouler sur les planches. Ce fut sur ces entrefaites un défilé de séquences toutes plus drolatiques les unes que les autres sur un thème frisant pourtant la correctionnelle…
Pour ne pas être inactif professionnellement parlant, l’employé va virer de bord à son corps défendant
Viré pour compression de personnel, François Pignon (Elie Semoun) accuse bigrement le coup. Après vingt ans de bons et loyaux services à son poste de comptable dans une entreprise confectionnant des produits dérivés du caoutchouc dont l’emblème est le préservatif, il se retrouve sur le flanc. Lui, effacé, n’ayant pas une haute estime de sa personne, se considérant comme un être insignifiant, traverse une mauvaise passe : sa femme, qui l’a épousé sans passion l’a quitté également sans passion il y a deux ans, son fils l’a laissé tomber…Sa perte de vitesse semble irréversible, de sombres idées l’accaparant. « Je vais me foutre par la fenêtre… » lâche-t-il, aux confins du désespoir. C’est alors que le destin va se pencher sur son cas, un voisin deviendra son conseiller, son mentor. Et que lui préconise-t-il ? De faire croire qu’il est foncièrement homosexuel, notamment dans un premier temps à l’aide d’un photo- montage compromettant le mettant en scène sans ambiguïté…Son voisin parle en toute connaissance de cause, licencié à l’époque car justement taxé de pédérastie… »Ne changez rien, restez l’homme timide et discret », lui suggère-t-il.
Virage à 180% pour ses responsables
Lorsqu’ils l’apprennent, les dirigeants de sa boîte ne sont plus trop en position de force. L’homophobie, de nos jours, n’a pas bonne presse, ne versant pas dans le politiquement correct. Tant et si bien que de dominants ils deviennent dominés. La crainte s’installe, l’épée de Damoclès tournoie au-dessus : « On va avoir un mouvement gay et lesbien sur le dos », redoute-t-on. Dans l’entourage du président on prône le lâcher-prise. « Montrez-lui que vous êtes un patron moderne, cool », lui signale-t-on. Tant et si bien que la réintégration devient effective. « Votre licenciement était une erreur, vous faites toujours partie de la maison. Ce que vous allez nous révéler va peut-être servir l’entreprise, votre jardin secret… » Coincé par ce rôle de composition, François Pignon la joue sobre, sans comportement ostentatoire censé révéler sa nature profonde. Coincé entre le marteau et l’enclume il laisse planer le doute, sans plus…
Une capote sur la tête, au cours d’une parade sur un char !
Comble d’infortune, Pignon, plutôt fluet, a le malheur d’avoir pour chef du personnel (Laurent Gamelon, alias Santini) « un gros lourd du rugby » qui lui avait fracturé la clavicule lors d’un match, lequel « passe pour un gros macho qui casse du pédé. On n’a rien en commun, il ne parle que de rugby. » Obligé de réévaluer sa vision ultra-masculine des choses, Santini n’aura de cesse de baisser de plusieurs tons, quitte à être contre-nature. On l’incite à mettre de côté ces âpres combats rugbystiques sans merci pour la possession du ballon, et d’évoquer la chaude complicité des vestiaires après le match où il arrive qu’on se savonne le dos mutuellement, ces corps nus dans la vapeur d’eau…Cette « descente aux enfers » va s’avérer d’une hilarité irréfrénable, tant c’est le jour et la nuit entre la masse physique, la voix en rapport ainsi que sa philosophie de la vie. Le tour de force est réussi. Santini convie Pignon au restaurant, à l’intérieur duquel même si rien de marquant n’en est sorti, la tentative de rapprochement est, elle, bien réelle. En réalité le différend demeure. « Il pense maintenant qu’on est du même bord », s’inquiète Pignon. Quant à Santini, chassez le naturel… »Je me suis comporté comme une tante avec cette fiotte », confie-t-il dans un accès de colère. Mais son incroyable mission de soumission se doit de reprendre le dessus. Pour sa fête lui offre-t-il un pull…rose. Et lorsque Pignon se fait sauvagement agresser par des anti-homos, se précipite-t-il pour lui donner des chocolats…après avoir corrigé ses agresseurs. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, sauf pour Pignon, obligé de prendre part à la Gay Pride sur le char de son entreprise avec un préservatif sur l’occiput !
Un épilogue qui satisfait toutes les parties
La roue tourne. Arlette, l’épouse de Santini, ne croit pas un traître mot de son mari au sujet du pull rose et des chocolats…Elle le largue comme une vulgaire chaussette. Le chef du personnel craque : « François, j’habite tout seul depuis deux jours, on pourrait peut-être vivre ensemble ? » La suite, c’est la dépression nerveuse, l’hôpital pour le costaud en panne de repères. Parallèlement François Pignon tombe amoureux de la chef comptable. Ils font l’amour dans les locaux de la société. Une dizaine de Japonais, en visite, n’en reviennent pas ! Le président leur explique que ce sont des « essayeurs ». Emoustillés, les Asiatiques ne seraient pas contre une autre visite guidée…La morale de cette morale, c’est que le comptable (« Chieur, je considère ça comme une promotion ») va épouser sa supérieure hiérarchique…avec le chef du personnel comme témoin ! Ouf, tout est bien qui finit bien…une leçon de vie parmi d’autres, qui, si elle a énormément permis de se fendre la poire au vu des contrastes saisissants, a pu faire rire jaune aussi…
Michel Poiriault
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