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La cigogne blanche prend de plus en plus ses marques dans le 71
Publié le 14 Avril 2015 à 15h23
L’emblématique et distinguée cigogne blanche se plaît dans le département, où elle trouve le gîte et le couvert à sa convenance. Pistée, elle fait l’objet d’un décryptage de son mode de vie, de ses allées et venues. Le tout pour des clartés accrues à même de vulgariser par le menu sans autre forme de procès. Pénétrons l’univers de ce gracieux échassier totalement protégé sur le territoire français depuis le mois d’avril 1981.
Cent nids en 2014 en Saône-et-Loire
Administratrice au sein de l’A.O.M.S.L. (Association Ornithologique et Mammalogique de Saône-et-Loire), Brigitte Grand oeuvre par ailleurs à l’E.P.O.B. (Etude et Protection des Oiseaux en Bourgogne), et ses deux casquettes l’autorisent à parler en connaissance de cause. « Il y a un suivi de la cigogne depuis qu’elle est revenue en Saône-et-Loire, à la fin des années 1990. Elle est sur la Loire depuis 2003. J’essaie de suivre un maximum de nids, et je recueille les observations. Je travaille en lien avec l’O.N.C.F.S. (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) pour les cigognes du Val de Loire, et avec les adhérents de l’A.O.M.S.L. en ce qui concerne le Val de Saône », dégrossit-elle. L’année 2014 a permis de mettre en évidence cent nids. « Il y avait au moins deux cents poussins, mais on n’a pas pu tout compter. Les trois-quarts sont dans le Val de Loire, un peu sur l’Arroux, et le quart restant est réparti entre le Val de Saône, la Seille, la Dheune, la Grosne. Pendant un temps nous avons bagué quelques nids dans le Val de Loire, et on a quasiment arrêté. En 2013, une jeune cigogne a été baguée à Varennes-le-Grand, nichée sur une cabane de chasse ! » Elle qui avait failli disparaître de France (elle ne se mouvait qu’en Alsace) a été bien aidée dans l’élargissement de son aire géographique, ce qui fait qu’il n’y a désormais plus péril en la demeure. « La population française et d’Europe de l’Ouest est en pleine expansion. Les jeunes cherchent pour se reproduire. On a affaire à un système semi-colonial. Si un site est favorable, un couple s’installe, ça attire les autres. Dans le Val de Saône existe un site de migration des cigognes. Suite à un gros stationnement, il y a de nouveaux nids, ça crée une dynamique. En moyenne il y a trois-quatre cigogneaux par an (la parade nuptiale débute fin février-début mars), mais ça peut aller jusqu’à cinq individus », indique Brigitte, avant de détailler le régime alimentaire de celle qui n’a pour ainsi dire aucun prédateur à redouter : campagnols, vers de terre, insectes, grenouilles, amphibiens…et pas de poissons, contrairement à sa cousine la cigogne noire. En revanche, la principale cause de mortalité réside dans les collisions avec les câbles des pylônes à moyenne tension, d’où des électrocutions. Ca s’est produit à plusieurs reprises dans le département, et il y a une entente avec ERDF (gestionnaire public du réseau électrique français) à propos des pylônes fautifs. Le chargé de mission a déplacé plusieurs plates-formes positionnées dans le Val de Loire, destinées à accueillir les nids.
Elle a tendance à se sédentariser du fait d’un climat plus abordable
L’oiseau migrateur vaque à ses occupations là où bon lui semble. « La cigogne recherche un milieu de qualité, des prairies humides près des rivières, endroits lui assurant de quoi se nourrir. Elle est acceptée par les gens, les seuls problèmes ont lieu quand elles s’installent sur des cheminées, comme à Cormatin. Hormis dans un les arbre, elle niche aussi sur des bâtiments (le toit de l’église de Digoin, pour ne citer que ce seul choix) » Sa longévité est de plus de vingt ans. « Sur la Loire, deux couples sont bagués de 17 et 18 ans. C’est un cas assez rare depuis qu’elles nichent en Saône-et-Loire. Dans le Val de Saône il y a eu quelques cas de nidification dans les années 60, mais il n’y a vraiment eu implantation qu’en 2005, avec en 2006 un premier juvénile à l’intérieur du premier nid. En 2014, vingt-sept nids ont été recensés dans le Val de Saône », affine Brigitte Grand. Un nouveau phénomène a été constaté, consécutivement aux conditions atmosphériques n’incitant pas à prendre le large à la morte-saison. « De plus en plus de cigognes restent tout l’hiver. Il y a eu plusieurs hivers doux qui se sont succédé, donc tant que le sol n’est pas gelé, elles peuvent continuer de se nourrir de ce qu’elles consomment pas mal, c’est-à-dire des campagnols et des vers de terre. » A l’échelle bourguignonne par exemple, dans l’Yonne l’oiseau n’est pas représenté, en Côte d’Or seuls deux-trois couples évoluent, et dans la Nièvre il y a des secteurs favorables comme chez nous. « En Saône-et-Loire nous sommes un département où il reste de beaux milieux bocagers humides, même s’ils sont en régression. » Une véritable aubaine pour nous autres Saône-et-Loiriens que d’admirer cette espèce de dandy de la nature…
Photos : Alexis Révillon Michel Poiriault

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