Chalon sur Saône
Quelques grammes de poésie, qui n’est pas celle que l’on croit, au lycée Niépce, dans un « monde de brut »
Publié le 15 Avril 2015 à 16h29
Avec un peu de retard sur le calendrier officiel, la 17ème édition du Printemps des Poètes (du 7 au 22 mars 2015), a quand même posé ses valises au lycée Niépce ce mardi, où des élèves de seconde et de première, tous volontaires, ont pu dépasser les préconceptions et démystifier la poésie, un brin clivante. Gageons qu’avec la conscience éveillée de la sorte, la vision qu’ils auront désormais tiendra davantage de l’objectivité…
Une façon expérimentale de dédramatiser
Prof de français au sein de l’établissement, Marie Perrier a découvert que les lycéens étaient un peu effrayés, ou rebutés par ce genre littéraire, trop inaccessible, et a souhaité montrer que, tout bien considéré, c’était simple, et même drôle parfois. Pour amadouer ce « petit monde », appel avait été fait à Claude Vercey, un orfèvre en la matière, auteur d’une douzaine d’ouvrages poétiques, par ailleurs dramaturge pendant un temps (il a rédigé une dizaine de pièces de théâtre, a tâté du roman, mais a très vite lâché prise). Claude a maintenant de la bouteille, mais il a dû antérieurement forcer le destin afin de rendre plus percutant son art. « Un poète, c’est quelqu’un qui écrit et publie des livres. Ca ne suffisait pas, je trouvais que la poésie, on n’en parlait pas assez. C’est quelque chose qui reste secret, clandestin. Il y a maintenant trente ans j’ai créé un emploi, et je suis allé jusqu’aux spectacles. J’engageais des comédiens, etc. pour faire connaître la poésie, affirmer que c’était vivant. » Aujourd’hui la passion est toujours chevillée au corps, mais il ne répond plus qu’aux invitations ponctuelles. Il s’occupe d’une revue (« Décharge ») dont le 165ème numéro est sorti, l’une des dix revues qui comptent dans ce domaine en France à ses dires, de même que d’une collection de poésie (« Polder », 4 numéros annuels). En plus, Claude Vercey alimente un blog (revuedécharge.com), histoire de, notamment, faire la critique d’ouvrages qui paraissent.
Fin observateur, Claude glane aussi l’inspiration tous azimuts
L’auteur a lu certaines de ses créations au C.D.I.. Il a emprunté à « Si ça se trouve », le poème « C’est pas rien », « parce qu’on ne peut continuellement reproduire ce qui a été écrit. Le défi, c’est partir de rien, d’arriver à écrire quelque chose, et se dire que je suis le seul à l’avoir fait comme ça. On peut faire de la poésie avec beaucoup de choses.» Puis le lettré a exhumé la prose d’un poème « un peu ancien » : « Episode de feuilles à l’arbre sec ». Citadin, il couche sur le papier ce qu’il a à portée de pupilles : les cafés, le foot, la progression de l’insécurité dans les villes…L’homme a bougrement traîné ses guêtres à droite à gauche, et à un moment donné, il s’est aperçu qu’il y avait également une forme poétique sur les panneaux autoroutiers, alors les triolets spécifiquesont vu le jour. Un condensé de régal. « A rouler à tombeau ouvert on y tombe » ; « A perdre la vie qu’est-ce que tu gagnes ? » ; « Petit clic vaut mieux que grand couic » ; « Sur autoroute c’est 130 et sans vin » ; « Tu veux jouir de la vie alors ceinture » ; « Les jeunes morts roulent trop vite », etc.
Son chaperon rouge a clôt l’apprivoisement
Cette façon de peindre moult situations ou sentiments, Claude Vercey la triture dans tous les sens. « Les poètes aiment jouer avec les mots. Ce n’est pas toujours triste, la poésie, c’est un préjugé. Ca vient peu du romantisme, il y aune tradition humoristique, comique. Les poètes témoignent de leur temps, la poésie peut être engagée. On écrit car avant d’autres ont écrit, et on essaie de prolonger cette admiration. » A l’image du premier spectacle qu’il a charpenté avec Beaudelaire en figure de proue. Le parachèvement de la séance, empreint de légèreté, a eu pour titre « Une affaire de chaperon rouge », avec un très court aperçu, puisque trente-quatre fragments composent le livre.
Le 24 avril à Jambles, lecture à quatre voix
Entre le mano a mano du lecteur avec l’inertie des textes, se faufile le déchiffrement oral. « Les poètes ont réinventé la lecture. Le livre de poésie était mal vendu et mal lu. L’oralité a été retrouvée par les poètes, c’est important », a affirmé l’adhérent de l’association chalonnaise «La Nouvelle Impulsion» (anciennement «Collectif Impulsions »). Pour information, Claude Vercey participera avec ladite association le vendredi 24 avril à 20h à Jambles à l’animation organisée à la Nouvelle Galerie par les rAts d’Arts. Il s’agira d’une lecture à quatre voix (celles de Michel Lecuyer, dont les tableaux ornent actuellement la Nouvelle Galerie, Colette Andriot, Luce Tavernier et la sienne), sur la thématique des couleurs. Réservations au 06.21.31.29.24
Michel Poiriault
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