Culture
Chalon-sur-Saône – « Pages en Partage » offre une belle rencontre aux lecteurs de Gérard Mordillat.
Publié le 05 Mai 2016 à 14h50
« Je parle de ce que je suis, de ce qui m’a constitué. » Gérard Mordillat
Par pure curiosité intellectuelle, Gérard Mordillat s’intéresse à tous les sujets. De Vive la sociale ! (1981), Rue des Rigoles (2002), Les Vivants et les Morts, en passant par les séries documentaires télévisées telles Corpus Christi (avec J. Prieur), poète, cinéaste, journaliste, essayiste, militant, il est l’un des « papous » de l’émission de France-Culture Les Papous dans la tête. Deuxième auteur invité de Pages en Partage, manifestation littéraire organisée par la Bibliothèque Municipale de Chalon-sur-Saône et la Librairie La Mandragore, il a été reçu à l’Espace des Arts, vendredi 29 avril. Devant plus de 80 personnes venues partager avec lui ce temps privilégié et généreux, l’auteur, qui a publié dernièrement La Brigade du rire, un roman réjouissant et jubilatoire, Prix du livre d’humour de résistance 2016 et Hamlet, le vrai paru en mars 2016, s’est longuement entretenu avec le public sur son œuvre, ses influences, ses engagements…
Homme de documents, « dans la lignée de Rabelais » comme lui fait remarquer un lecteur, Gérard Mordillat, a confié : « Ce qui m’intéresse, c’est la langue. Elle est au centre de mes préoccupations. La perte du langage porte, en elle, les germes du fascisme ». Etonnant touche-à-tout, la question sociale traverse toute son œuvre. Aussi, comme Mallarmé le disait de la musique et de la poésie, pour Gérard Mordillat, « la littérature et le cinéma s’allument de feux réciproques ». Ce rapport entre le mot et l’image est donc très important et naturel chez lui. Une lectrice lui adresse cette très belle phrase : « Vous avez une écriture très charnelle car elle porte le corps des gens dont vous parlez. » En ce qui concerne, la thématique de l’engagement, l’auteur précise que le terme « œuvre engagée » n’est pas approprié et « tend à discréditer l’œuvre » avant de poursuivre : « ‘Le réel, c’est ce qui ne va pas’, comme le disait Lacan. Je m’intéresse au réel. Le travail de l’écrivain, du cinéaste, est d’effacer le tain de tous les miroirs. Ce que je regarde ce sont ceux qui sont proches de moi. Il n’y a pas de compassion, il y a une vraie solidarité – fraternité ». Ce qui semble important pour Gérard Mordillat, c’est donc, bel et bien, de ne pas être un spectateur distrait.
Interrogé sur sa relation aux arts, Gérard Mordillat avoue, face au théâtre, éprouver un sentiment de « fascination et de détestation » pourtant il dit avoir bien essayé de l’apprivoiser par le cinéma, finissant par lancer à l’assistance attentive : « J’aurais peur de m’ennuyer à mon propre spectacle », s’ensuit une salve de rire dans la salle. Interpellé sur le Prix du livre d’humour de résistance, il précise : « écrire un livre suppose que l’on ait pas d’objectifs. Le rire de résistance est l’arme ultime devant le sort que l’on vous fait. C’est ça, le rire de résistance ; c’est être capable de rire face à la mort ». Plusieurs personnes lui font remarquer que s’il n’y a pas de héros, il y a toujours des héroïnes, il répond : « Une société se juge au sort qu’elle réserve à ses femmes. Les personnages féminins sont ceux auxquels je m’identifie le plus ».
Pour terminer, L’auteur a été interrogé sur ses projets, à savoir entre autres, une adaptation de Mélancolie ouvrière de Michelle Perrot pour Arte, une adaptation au cinéma de La Brigade du Rire et un roman à paraître d’ici 2 ou 3 ans. Les lecteurs l’ont également invité à s’exprimer sur « Nuit Debout ». Cette rencontre, dense et intense, a été ponctuée par la lecture d’extraits de livres de Gérard Mordillat et d’un de ses poèmes, lu à deux voix ; un très beau moment d’émotion.
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