Le froid s'installe à Chalon-sur-Saône et la famille Emin est toujours dans la rue

Rien n'avance pour les Emin, cette famille de Roms de Macédoine du Nord, expulsée du foyer Adoma de Chalon-sur-Saône, depuis le mois de juillet, sur injonction du préfet. Pire, avec les premiers frimas de l'automne, leurs conditions de vie se dégradent de plus en plus. Naser, le père, et Mahmud, le fils, lancent un cri de détresse sur Info Chalon.

Depuis le 8 juillet, c'est un spectacle pathétique qui n'échappe à la vue d'aucune personne passant près de cette portion de voie ferrée entre la Rue Gay-Lussac et la Rue André Gide : une famille de 6 personnes (sur)vit dans la rue.


Expulsée depuis le 8 juillet du foyer Adoma de Chalon-sur-Saône, sur injonction du préfet de Saône-et-Loire, à l'époque Jérôme Gutton, les Emin, une famille de Roms de Macédoine du Nord, ont suscité l'émotion de nombreux Chalonnais.


Alertés par des habitants du quartier des Aubépins, nous avions déjà consacré un article sur leur situation précaire dans nos colonnes (cf. l'article d'Info Chalon du 12 juillet 2020).


«On a plus le moral, on perd tout malgré notre force, notre détermination et les gens qui nous encouragent. Au début, ça allait un petit peu, il faisait chaud, ça pouvait aller mais là ça va plus! Il fait froid C'est devenu très compliqué! Il y a plus d'encouragement, il y a plus rien!», s'exclame Mahmud, l'aîné des quatre enfants, plein d'amertume.


Chez les Emin, l'enthousiasme des débuts et l'espoir suscité par l'aide promise a laissé place à une grande détresse.


Le jeune homme, âgé de 17 ans, nous confie qu'ils doivent leur survie à la générosité de riverains, inquiets et touchés par leur situation, de fidèles de trois mosquées de notre ville (la mosquée El Fath, la mosquée Es Salam et la mosquée du Stade), de l'Association de Solidarité avec Tous les Immigrés (ASTI), présidée par le Père Stéphane Boyer, et de l'Open'Café, association présidée par Abderrahim Tajeddine.


Ce sont avant tout des plats chauds, des couvertures, des vêtements et des fournitures scolaires pour les plus jeunes.


Mais les conditions pénibles dans laquelle vivent les enfants, perturbent leur scolarité.


«Parfois, on ne peut pas aller à l'école car des fois, la nuit, on arrive pas à dormir et là, en ce moment, il y a la pluie... Nos habits sont trempés. Moi, par exemple, mes affaires scolaires sont souvent mouillées et mon frère, Arif, qui est à l'ULIS(-école de Châtenoy-le-Royal), le vit encore plus mal. J'ai constaté un changement chez lui, il perd énormément son moral», témoigne Mahmud.


«Pour mes devoirs, pour suivre les cours, c'est très difficile pour moi. Lundi dernier, je suis sorti à 17 heures 30, il pleuvait beaucoup, le temps que je vienne ici, j'étais trempé, mon sac et mes affaires aussi étaient trempés et mes chaussures aussi. Du coup, le lendemain, je n'ai pas pu aller à l'école car même mes habits de rechange qui étaient dans une des tentes étaient mouillés», poursuit-il.


Chaque nouvelle pluie est synonyme d'angoisse pour la famille.


Quant à sa mère, ce dernier nous explique que c'est «très compliqué car elle est très malade. Elle arrive pas à marcher, elle a très mal au dos, avec sa sciatique».


Une habitante de Champforgeuil, venue leur rendre visite, nous confie les avoir retrouvés emmitouflés sous une couette, serrés les uns contre les autres, «pour avoir un peu de chaleur».


«J'ai voulu les ramener chez moi mais ils n'ont pas accepter», nous indique-t-elle.


«On a pas envie de faire des problèmes aux autres», explique Mahmud.


La loi condamne «l'aide au séjour et à la circulation d'étrangers en situation irrégulière» sauf si l'aide vient de personnes, d’associations, de services publics, à condition que cette aide ait été fournie sans contrepartie directe ou indirecte et qu'elle consistait à donner des conseils juridiques, des prestations de restauration, d'hébergement ou de soins médicaux destinées à assurer des conditions de vie dignes et décentes à l'étranger, ou bien à donner toute autre aide visant à préserver la dignité ou l'intégrité physique de celui-ci.


Les membres de la famille d'une personne en situation irrégulière ne peuvent pas non plus être condamnés pour avoir aidé cette personne. Il faut faire attention à la notion de contrepartie directe ou indirecte qui peut comprendre un gain d’argent mais aussi d’autres types de service (comme le ménage par exemple), mais dans l'absolu toutes les activités des bénévoles d'associations d'aide aux personnes migrantes sont autorisées par la loi.


«On veut pas être un poid pour les citoyens français. J'estime que c'est aux institutions et aux associations de nous venir en aide normalement mais je remercie du fond du cœur toutes les personnes qui nous viennent en aide», déclare Naser, le père.


Pour les Emin, un retour en Macédoine du Nord est inenvisageable.


«De toute façon, quoiqu'il arrive, on ne retournera pas là-bas! On va mourir ici en France! On est arrivés ici en 2013 et depuis, on s'est habitué à ce pays. On aime la France! On a tout ici. Même si on a un peu perdu espoir et que nous n'avons pas grand chose, on veut s'accrocher à ce mince espoir de demeurer ici en France. Laissez-nous vivre comme les autres. On a jamais fait d'histoires. On veut travailler, mener une vie normale», s'exclame son fils aîné.


Pour l'heure, la préfecture de Mâcon exige du père une promesse d'embauche. Chose impossible quand on a pas de papier.


«En gros, c'est un cercle vicieux», nous rétorque une riveraine, solidaire des Emin.


D'après Naser, la Police est venue plusieurs fois les voir.


«Ils sont très sympathiques. Contrairement à la Police macédonienne, ils ont un comportement correct avec nous. Ils sont aimables et serviables», précise le père.


«D'après ce que j'ai constaté, ils (les policiers) viennent et demandent si ils ont besoin de quelque chose. Ils demandent même s'ils ont trouvé une solution ou pas et ce à plusieurs reprises», nous indique une voisine.


Largement de quoi tordre quelques préjugés sur la Police.


En plus de la pluie, les Emin redoutent également les grands vents qui arrivent avec l'automne. La dernière fois, ils ont retrouvé la tente où ils dorment — les autres servent à abriter tant bien que mal leur linge — pliée. Ils ont mis du scotch mais combien de temps cela va durer?


«Moi, ça me fait du mal, ça me fait mal au cœur! Je suis pas du tout contente. Chaque fois que je viens les voir, j'ai une boule au ventre, j'ai peur de ce qui peut leur arriver, de ne pas les retrouver en arrivant ici», nous confie la petite amie de Mahmud.


«Certains pensent qu'on fait juste du camping sauvage ou qu'on est comme des arbres», rajoute le jeune homme.


«Et encore, un arbre, on l'arrose... et si c'est pas l'être humain qui l'arrose, avec tout le respect que je vous dois, c'est un chien qui pisse dessus, on est bien d'accord? Là, il est hors de questions que quelqu'un vienne pisser sur mes amis», s'insurge une amie de la famille, «écœurée par l'inertie des autorités».


«C'est pas une vie! On est pas des animaux, on est des être humains! On veut trouver une solution», conclut Mahmud.


Pour l'heure, rien ne bouge pour les Emin et le froid s'installe un peu plus chaque jour...

 

 

Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati

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