Faits divers
Violences et dégradations à Chalon-sur-Saône : Que s'est-il passé samedi soir sur l'Avenue Boucicaut ?
Par Karim BOUAKLINE-VENEGAS AL GHARNATI
Publié le 12 Août 2025 à 05h00
Un couple de jeunes a été agressé par une bande, samedi soir, à Chalon-sur-Saône. Les jeunes impliqués dans cette rixe contestent la version du couple. Plus de détails avec Info Chalon.
L'agression a eu lieu le samedi 9 août 2025 vers 20 heures 20, au début de l'Avenue Boucicaut. Le couple a été pris à partie par une bande d'une dizaine de jeunes visiblement bien décidés à en découdre. Deux versions divergent concernant cette affaire.
Un peu plus tôt, aux alentours de 19 heures 30 d'après Nathan*, tout débute au niveau de la Colombière alors que ce dernier se promenait avec sa petite amie qui préfère elle aussi garder l'anonymat.
Cette balade romantique va bientôt se transformer en une grotesque algarade entre jeunes au vu et au su de tous...
«Il y avait une bande, des gars qui parlaient dans leur langue (maternelle). J'ai cru comprendre qu'ils disaient : "Elle, on la séquestre" et ça rigolait. Au début, j'ai rien dit. Ça a continué et ça a dit : "Viens, on les suit". J'ai alors dit : "Qu'est-ce qu'il y a ? Vous avez pas honte ou quoi ?"; ils m'ont répondu : "Vas-y, y'a rien !". Je suis parti sans partir car j'ai perdu un billet de 50 euros. Je me suis dirigé vers celui qui s'est mis à l'écart car je le soupçonnait fortement de m'avoir voler et comme je l'ai vu mettre la main dans sa sacoche, je l'ai frappé directement», nous explique Nathan.
Une version que réfute un des jeunes de la bande : «Notre ami a été agressé gratuitement car il s'est exprimé en arabe au moment où un jeune et sa copine passait. Il a cru à qu'il parlait de sa copine donc il l'a tabassé».
«Il était en train d'appeler des potes à lui au téléphone. Un de ses potes m'a regardé et m'a dit : "Je vais te planter !". Dans la panique, je lui ai jeté une pierre et je l'ai tapé lui aussi», reconnaît Nathan.
«C'est un mensonge !», réagit un autre jeune de la bande, «on a juste voulu lui faire peur pour défendre notre ami».
«Il est parti pour revenir à dix et ils ont dit : " On va la toucher et on va la violer ta copine !". Elle était sous le choc, [vous voyez]. J'ai dit : "Laissez la partir, on va régler ça entre mecs !". Ils ont répondu : "Non, nous, on veut la fille! "», poursuit Nathan.
D'après ce dernier, la bande se serait montrée très menaçante envers la jeune femme. Le jeune homme se serait interposé, ce qui lui a valu une agression brutale.
«J'ai commencé à m'énerver, le calme est d'abord revenu avant qu'ils se mettent à nouveau sur moi. Deux adultes nous ont séparé mais tout le monde était encore en colère. Un des adultes m'a conseillé de partir, je l'ai écouté. J'ai tracé mon chemin», continue Nathan.
Les choses auraient pu en rester là mais les esprits étant toujours échauffés...
«Je me suis à nouveau fait poursuivre par la bande. Ils étaient 12 ou 13, je sais plus vraiment, mais un d'entre eux avait un couteau qu'il agitait devant moi. J'ai dit alors à ma copine de prendre la fuite mais comme elle avait peur pour moi, elle est restée à mes côtés», poursuit Nathan.
Romain Chavanis, un des riverains du quartier, assiste alors à la scène.
«J'ai entendu crié comme souvent. J'ai regardé par ma fenêtre et vu deux groupes se heurter violement. D'abord de façon verbale mais ça en est vite venu aux mains. J'ai aussi vu la Police nationale passer, ralentir et partir comme si de rien était...», nous explique ce dernier.
«Comme j'étais sous pression, je suis aller sur un arbre pour prendre un bout de bois pour les tenir à l'écart car ils étaient beaucoup trop. Ils se sont arrêtés avant de se jeter eux aussi sur des arbres pour prendre une branche et me frapper alors qu'ils était une dizaine. J'ai essayé de me défendre du mieux possible et de défendre ma copine mais je ne pouvais pas faire grand chose. J'avais peur de me faire planter», nous confie Nathan.
«J'ai vu plusieurs personnes sauter dans les arbres pour arracher des branches et s'en servir comme arme. J'ai sorti mon téléphone et j'ai filmé. J'ai posté la vidéo sur les réseaux sociaux pour montrer ce que l'on peut voir en plein centre-ville dans un quartier familial», nous explique l'auteur de la vidéo.
«Pendant ce temps-là, certains ont dit à ma copine : "Viens avec nous, on va te donner notre s***. Nous, on est des N***s, lui c'est un B***c. Nous, on est plus forts, on est des N***s". Ma copine était sous le choc, elle marchait la tête en bas en essayant de rester à mes côtés pour essayer de les semer. Mais impossible, ils voulaient pas me laisser tranquille jusqu'à ce que deux adultes sont arrivés pour calmer le jeu», poursuit Nathan, «ils m'ont fait des menaces, promis de me retrouver et de me faire la peau. Quand je pense que la Police est passée mais ne s'est pas arrêtée. Je pense qu'ils ont peur eux aussi. Sans oublier que l'un d'entre eux m'a jeté une pierre sur la tête».
«Je regrette que personne ne réanime ce quartier, de plus en d'incivilités y sont relevés, cris, bien souvent sans trop de dégâts mais c'est récurrent, sans parler des personnes ivres... Il y a un centre commercial totalement à l'abandon au milieu de cette cité... La Ville devrait prendre ses responsabilités et chercher à développer un lieu de partages et d'échanges. Pourquoi pas un "point municipal" où l'on pourrait trouver certains services, permettre de réouvrir le dialogue, ouvrir les locaux aux associations.... Concernant cette histoire, je ne sais pas ce qu'il s'est passé lors de cette rixe, je ne cherche à stigmatiser personne, c'est juste un moment en live filmé de chez moi», conclut Romain, «Y'a pas d'agresseurs, y'a pas d'agressés ça, c'est leur problème; pour moi, c'est juste des dangereux sur la voie publique».
Les autres jeunes concernés par cette affaire n'ont pas souhaité s'exprimer. Tous veulent laisser cette histoire derrière eux.
Toutefois, un autre jeune ainsi que le jeune qui a été frappé en premier ont déposé plainte pour «menaces» contre Nathan qui, certificat médical à l'appui, va également porté plainte.
«Depuis mon agression et celle de ma copine, on ose plus sortir même pour aller au travail. Depuis qu'une vidéo a été postée avec plus de 40 000 vues (Ndlr : Plus de 52 000 vues depuis), dès qu'on sort, on se fait montrés du doigt. On a plus notre intimité…», déplore Nathan.
(Photo issue d'une capture d'écran de la vidéo de Romain Chavanis)
* Prénom d'emprunt.
Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati
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