Chalon sur Saône
Dans cette supérette chalonnaise, la soirée fut chaude, entre agression, coups et blessure
Par Florence SAINT-ARROMAN
Publié le 03 Octobre 2025 à 16h05
Dans une supérette du centre de Chalon sur Saône où le prévenu avait pour habitude d’aller chaparder des bières, la soirée du 13 juin fut chaude. Le responsable du magasin lui avait interdit de revenir mais voilà il se pointe, peu avant la fermeture.
Un homme né en 1971 au mode relationnel facilement violent a été condamné ce 2 octobre à plus d’un an de prison avec maintien en détention. Il est sur une pente glissante dont il a déjà visiblement dévalé une partie. Le tribunal en a tenu compte pour le cadre du sursis probatoire qui suivra son incarcération.
Première affaire
Dans une supérette du centre de Chalon sur Saône où le prévenu avait pour habitude d’aller chaparder des bières, la soirée du 13 juin fut chaude. Le responsable du magasin lui avait interdit de revenir mais voilà il se pointe, peu avant la fermeture. D’après le responsable, après être entré alors qu’on lui demandait de partir, l’homme a sorti un couteau, menaçant de le « planter ».
A l’audience de ce jeudi 2 octobre, le prévenu croit bon de préciser : « J’ai toujours un couteau sur moi, mais c’est pas pour planter des gens ! Je l’utilise pour m’alimenter, tout ça. – Et pour menacer, aussi » précise à son tour la présidente.
Les policiers reconnaissent l’homme sur les images de la vidéo surveillance. Une première procédure judiciaire est ouverte.
Deuxième affaire
Un appel à la police municipale va précipiter les choses. Le 21 juin, deux femmes alertent des policiers : leur amie, madame X, est victime de violences de la part de son conjoint. Elles montrent des photos aux policiers qui se rendent alors au domicile de madame X (une femme qui semble plutôt jeune).
La femme leur ouvre et accepte de sortir pour leur parler. Les policiers la constatent marquée de traces de coups et aperçoivent, du seuil de la porte, des taches de sang au sol.
L’affaire est alors remise à la police nationale qui intervient illico. La femme dit que son conjoint l’a frappée. Un conjoint de 3 semaines, hein, un bébé conjoint qui est « contrarié » pour un oui ou pour un non et démarre au quart de tour. Elle montre ses plaies au visage, l’hématome sur le ventre (il faut cogner pour arriver à ça). Un chien est là, celui de monsieur, également blessé à la tête, il saigne.
Le monsieur en question s’est calté à l’arrivée de la police. Les policiers municipaux mettent la main sur lui alors qu’il s’est caché dans les communs de l’immeuble. A 22h10, ce soir-là, il est arrêté et placé en garde à vue.
L’état de vulnérabilité peut exciter la violence de l’autre
En garde à vue, il conteste les faits. La jeune femme qu’il fréquente depuis 3 semaines et chez qui il vit aussi depuis 3 semaines, est « alcoolique », « ne prend pas son traitement », « tombe fréquemment ». Ce qui, au passage, est parfaitement possible. Les gens qui sont soumis à la boisson H24, finissent par tomber, se blesser, etc. Mais un train peut en cacher un autre, et l’état de vulnérabilité peut exciter la violence de l’autre, aussi.
« C’est tout » - Mais encore ?
A l’audience, sous les bons soins de la présidente, est-ce qu’il reconnaît ? « Ouais », du bout des lèvres, sans se rappeler de tout, mais bon. Pour la femme, il ne reconnaît « que deux coups sur les lèvres, c’est tout. On avait bu tous les deux, on s’est embrouillé tous les deux, je lui ai mis une gifle pour l’arrêter, point. »
Dans un article ultérieur on aura à reparler de ces violences commises pour « arrêter » celle qui, alcoolisée, déjante. Dans le dossier qu’on évoquera, l’homme a saisi son ex par les épaules, l’a tirée en arrière, elle a chuté de sa hauteur, s’est cassé le fémur. 60 jours d’ITT, intervention chirurgicale le lendemain, rééducation, etc. Le profil de l’homme n’a rien à voir avec celui du prévenu qui passe en comparution à délai différé, mais bonjour les conséquences d’un geste commis avec force et violence pour contraindre l’autre.
Il a la jalousie aussi vive que le poing, ce monsieur
Revenons à celui qui frappe sa copine de trois semaines à la bouche, « le jour où son ex, là, était là ». Il a la jalousie aussi vive que le poing, ce monsieur. La présidente lui parle des photos de la femme qui montrent bien toutes ses blessures. « C’est pas moi qui l’ai marquée comme ça ! Je l’ai ramassée je sais pas combien de fois dans sa pisse. » On l’a dit : c’est possible mais ça ne dit pas tout.
On s’arrête sur l’expression : « je l’ai pas marquée ». Quelqu’un d’autre pourrait dire : « C’est pas moi qui ai fait ça. » Il y a une volonté de domination sous-jacente à parler de « marquer quelqu’un ou ne pas le marquer ». Il y a quelque chose d’épouvantable à s’exprimer ainsi.
« Il s’énervait super vite » dit la victime, à la barre. « J’avais vécu ça avant, j’avais trop peur, j’ai toujours peur. » Elle demande « une mesure d’éloignement ».
Le prévenu : « Elle a pas besoin d’avoir peur de moi, ça m’a servi de leçon d’en arriver jusque-là. »
Il a été condamné, en son absence, en janvier dernier pour des violences et dégradations, à 4 mois de prison.
Une short liste de « pas », « plus », « perdu »
Il n’a plus de lien avec sa famille, il est père de trois enfants majeurs avec lesquels il n’entretient pas de relations. Il ne travaille plus depuis « deux ou trois ans ». Il perçoit le RSA. Il a perdu son logement parce qu’il est incarcéré depuis le 23 juin dernier. Il boit pas mal et fume du cannabis « quand je peux ».
Il s’en prend aux autres - « Oui mais pas sans raison, hein. »
L’expert psychiatre qui l’a rencontré conclut à l’altération de son discernement. Le médecin parle d’une « psychose infantile » qui a évolué en psychose. D’après le psychiatre ça peut éclairer des « passages à l’acte hétéro-agressifs. Attention, nous ne disons pas qu’une structure psychotique entraîne nécessairement de la violence ! Ça serait faux et archi faux. Dans le cas de ce monsieur, le psychiatre met en lien, il en rend peut-être compte dans son rapport d’expertise.
La présidente explique au prévenu ce que ça signifie, à savoir, qu’il s’en prend aux autres. Et lui de grommeler : « Oui mais pas sans raison, hein. »
Un an de prison en tout puis 2 ans de probation
Le tribunal dira l’homme coupable et le condamne à la peine de 20 mois de prison dont 12 mois avec sursis probatoire pendant 2 ans. Obligations de soins, de travailler, d’indemniser la partie civile, ainsi que d’intégrer le dispositif AIR (volet social mais sous main de justice). Interdictions de tout contact avec les victimes, de paraître au domicile de la femme, de paraître à la supérette.
Maintien en détention pour les 8 mois ferme et révocation des 4 mois de sursis, ça fait 1 an ferme.
FSA
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