Philippe Candeloro brûlera les planches le 31 octobre à Chalon, pour ne pas vous laisser de glace…
Par Michel POIRIAULT
Publié le 16 Octobre 2025 à 17h05
Philippe Candeloro a plus d’un tour dans son sac. L’une de ses variantes a pour nom théâtre, et c’est à ce titre que le fantasque artiste appuiera sur la détente en compagnie de son acolyte Nelson Monfort le vendredi 31 octobre à Chalon-sur-Saône, salle Marcel-Sembat. En battant pavillon Ça patine à Tokyo, le rire devrait s’inviter à tous les étages de la comédie…
Un certain nombre de places sont à ce jour disponibles :
Prix de l’emplacement : 39,00 euros. Points de location habituels.
Quelle est la trame de Ça patine à Tokyo ?
«C’est assez simple en fait. Avec Nelson Monfort, vu que notre métier depuis 19 ans ça a été d’aller commenter le patinage, on se trouve à Tokyo pour commenter un championnat du monde qui va opposer beaucoup la France au Japon. Nelson arrive à 7 heures du matin dans ma chambre tout frais comme un gardon comme il le ferait naturellement, mais moi je suis sorti un peu tard la nuit, donc je suis un peu éméché. Quand il me réveille on découvre une personne inanimée dans ma salle de bain, qui se trouve être le champion français qui doit faire la compétition le soir même. De là s’enchaînent pas mal de quiproquos, sachant que le personnage s’appelle Adam Delo. Donc : »Qu’est-ce que fout Delo dans ta baignoire… ? » Evidemment, je ne vais pas spolier l’ensemble de la pièce, mais on joue beaucoup sur ce nom de famille. Nous sommes victimes d’un chantage des yakuzas (des membres de la mafia nippone NDLR), qui nous demandent de favoriser le patineur japonais, sinon la personne qui est dans la salle de bain ne pourra pas faire la compète. Nous on dit qu’il est mort, mais on apprend par la suite dans la pièce qu’on lui a injecté un poison mortel dont les yakuzas détiennent l’antidote. Si on ne s’exécute pas en disant que le Japonais est meilleur, et patati et patata, le patineur français ne pourra pas concourir, et Il sera mort. Je refuse le chantage, étant un sportif de haut niveau et tout ça, alors que Nelson fait le faux-cul en disant : « Ouais, mais attends, il faut l’accepter». Il y a des moments où on n’est pas d’accord. A un moment donné je drague Nelson, je lui fais une déclaration d’amour dans une posture un petit peu délicate qui vient le décontenancer. A la fin, bien sûr, il y a un dénouement inattendu pour les spectateurs, et le plus dur pour nous c’est de jouer la scène où on commente du patinage qui n’existe pas. »
Vous qui théâtralisiez beaucoup sur la glace, devez à présent boire du petit-lait sur scène ?
«Nelson, comme moi, étions habitués à jouer la scène, alors moi un peu plus, car j’ai patiné devant des salles de 20.000 personnes, mais je ne m’exprimais pas verbalement. Ces derniers temps je faisais de l’animation, donc ça me rejoint bien, et le live nous permet de retrouver une liberté d’expression qu’on avait. On s’était un petit peu autocensurés à l’antenne ces dernières années à cause du wokisme et du bienveillant on va dire. «
Le rôle qui vous échoit est-il taillé sur mesure ?
« Il faut savoir que Julien Grange (auteur/assistant du metteur en scène NDLR) et Hugo Cremaschi (auteur/metteur en scène NDLR), ce dernier étant son gendre, connaissaient bien Nelson. Par conséquent l’écriture autour de Nelson est très respectée, nos deux caricatures sont assez bien ficelées finalement. Ça nous rejoint bien, ça rejoint bien nos carrières, ce qu’on faisait, donc finalement on ne rentre pas dans un rôle de composition. Je dis plutôt que c’est une comédie « autodérisoire ».
Pouviez-vous rêver d’un partenaire plus complice que Nelson ?
«Non, ça serait difficile, parce que de toute façon je pense que le public vient voir d’abord les deux compères de la télévision, sans savoir vraiment ce qu’on va leur proposer, car nous ne sommes pas des comédiens reconnus dans ce métier-là. A la sortie ils sont très surpris de la pièce créée et écrite pour nous, et de la manière dont on l’a jouée. Je crois que les gens passent quand même un très, très bon moment, par rapport à ce qu’on a vécu lors des 25 représentations effectuées (l’interview a été réalisée le lundi 13 octobre NDLR). »
Regrettez-vous de ne pas avoir amorcé une carrière de comédien plus tôt, et comptez-vous la poursuivre ?
« Vous savez, je ne suis pas un homme de regrets. J’ai eu, et j’espère que ça va continuer, une belle vie artistique dans mon métier. Jai choisi, d’ailleurs j’aurais pu devenir entraîneur, faire de la politique sportive…J’arrive à un âge où je vais être un peu obligé de lâcher le patinage, parce que ça devient un peu dangereux et difficile, par rapport à l’état physique. Le théâtre me permet effectivement de continuer à côtoyer le public, comme pour Nelson d’ailleurs. Nous sommes des personnalités qui vivons pour, et grâce au public. Donc si on demande d’arrêter tout ça, je pense qu’on partirait certainement un peu en déprime. Alors on ne le fait pas par obligation, ou pour un côté médical. C’est ce qui nous donne notre énergie, notre envie de bouger. C’est ce qui fait encore parler de nous aussi. Maintenant, on arrive à un stade aussi où les réseaux sociaux sont très, très importants pour étendre notre longévité de carrière. On a une forte popularité chez les personnes qui ont de 45 à 75 ans, mais si on veut poursuivre encore une dizaine d’années dans ce qui est artistique, il faut œuvrer, sortir de nouvelles choses, continuer à être présents. Avec Nelson on essaie, en même temps on joue la carte du live. Le live avec le public, il n’y a rien de mieux pour vous révéler, car ni Nelson ni moi ne pensions faire du théâtre, à travers quelque chose qui serait susceptible de devenir un peu plus professionnel demain pour nous deux. »
Qu’est-ce qui est le plus dur à réaliser pour que la pièce suscite un élan de sympathie ?
« Là où on s’éclate le plus, c’est évidemment quand on sort du texte, parce que ça décontenance un petit peu l’un et l’autre. Et quand il y a des fous rires sur scène qui n’étaient pas prévus, c’est à la fois très amusant, et très angoissant, car on ne sait pas comment, même si on se connaît très bien, comment l’un et l’autre vont réagir. Mais c’est ça qui est plaisant dans le théâtre, quand un truc comme ça se passe, on ne vient pas juste là pour faire un spectacle qui commence à 19h, et qui finit tout le temps à 19h27. On n’aura jamais le même spectacle dans les villes où on va. C’est sûr et certain. La plus grosse difficulté qu’on a en ce moment, c’est que notre production ne fait que de la vente pour notre spectacle, donc on est contraints et un peu forcés de jouer avec la programmation culturelle des villes. En ce moment, avec la campagne électorale, ce que je trouve un peu bête et stupide, c’est qu’on empêche les villes de continuer de faire vivre leurs actions culturelles ou sportives entre les mois de septembre et de mars, en attendant que les élections municipales soient passées. Plus aucune mairie ne veut mettre de budgets complémentaires pour nous faire venir, par exemple. Ce n’est pas une priorité, mais c’est un peu dommage, parce que les maires qui nous rencontrent disent : »Ben ouais, attends, Nelson et Philippe dans notre théâtre… »
En général on remplit. Lorsqu’il y a une pièce, ou quelque chose comme ça qui se déroule, le plus dur c’est qu’il faut qu’on trouve des gens qui achètent la pièce, qu’ils prennent le risque. Sachant que l’on ne peut pas jouer dans une salle de moins de 400 places si la commune, qui elle va produire, n’aura pas la charge de la location de son théâtre. Elle aura moins de charges si c’est elle qui produit, que si c’est un producteur qui veut venir et produire notre salle où il faudra un minimum de 20.000 euros de chiffre d’affaires pour amortir l’ensemble. L’obstacle il est plus là, Nelson et moi avons de la disponibilité, puisque lui est complètement dégagé de ses responsabilités vis-à-vis de France Télévisions. En ce qui me concerne j’ai une carrière artistique encore à côté avec le patinage et la production de spectacles sur glace. On a une vingtaine de représentations programmées jusqu’à juin 2026, donc il faut maintenant s’attaquer au second semestre 2026, et puis déborder sur 2027, car il y a plein de villes qu’on n’a pas pu faire, ou des gens qui nous ont mis en stand-by jusqu’à la fin des municipales. Et après on va passer à la présidentielle…Et là c’est le public qui va s’inquiéter sur les finances ! »
Comment analysez-vous votre parcours de patineur ?
«Je n’ai pas grand-chose à regretter. C’est vrai que des gens m’ont souvent reproché de ne pas avoir gagné l’or aux Jeux Olympiques, mais j’ai plus gagné dans leur cœur et dans leur tête. Finalement on s’en fout un peu de la couleur d’une médaille, mais pas de la longueur de ma carrière. Une médaille olympique il faut l’apprécier quelle que soit sa couleur, moi c’est surtout la partie empathique avec le public, et qui perdure, puisque cela fait plus de trente ans : Lillehammer, et 26 ans pour Nagano. Je suis assez surpris d’entendre toujours les gens me dire : »Ah, ce que vous nous avez fait rêver ! » Ça veut dire que j’ai créé, sans le faire exprès, une image, un moment, dans leur tête, dans leur mémoire. Ils témoignent de plus en plus maintenant, alors qu’à l’époque où ça se faisait je n’imaginais pas l’ampleur de l’instant T que j’étais en train de créer dans leur tête. C’est toujours plaisant à entendre.»
Quel est votre meilleur souvenir ?
«C’est un peu un ensemble. Alors je me suis éclaté dans la compétition, j’ai une carrière qui commence à 8 ans, et puis qui n’est même pas encore terminée à 53 ans. C’est quand même plus de 47 ans de pratique de patinage, et c’est difficile de dire que je n’ai pas aimé le patin, car sinon je serais un peu maso ! J’ai cette récompense du public, je crois qu’elle est indéniable sur l’ensemble de ma carrière. Aux Etats-Unis j’ai patiné devant 25.000 personnes en les faisant se lever parce que j’avais un drapeau américain sur le dos pour faire Rocky Balboa. Quand vous avez 20 piges, que vous faites kiffer une salle de 25.000 personnes, j’ose imaginer qu’une Mylène Farmer ou un Michael Jackson, ressentaient un petit peu les mêmes émotions d’excitation. Mon plaisir a été la relation avec le public français, en étant resté droit dans mes baskets et en étant resté moi-même, c’est ça mon meilleur souvenir. Je ne me suis pas dénaturé, je ne me suis pas perdu, et peu importe ce qu’il se passera demain, je pourrai dire que j’ai laissé une petite trace sur cette planète en faisant plaisir aux spectateurs et aux téléspectateurs. Le plus dur c’est de faire durer à 53 ans avec deux prothèses de hanche, c’est pour ça que je dis que ça devient un petit peu dur (rires) ! Le public est toujours autant excitant, ce qui me pousse à ne pas arrêter maintenant. Il me donne cette pêche, cette énergie, qui m’évitent peut-être de vieillir trop vite. J’ai envie de la conserver, parce que je ressens que c’est une des clés de mon énergie.»
La singularité que vous affichiez en patinage artistique est-elle reproductible au théâtre ou ailleurs ?
« Effectivement, je n’ai pas œuvré pour être un acteur de cinéma, je n’ai pas assez poussé cette carte-là, car j’avais toujours considéré que j’étais un sportif avant tout, et j’ai privilégié ma carrière sportive. Après je suis devenu un artiste en faisant des spectacles, des galas. J’ai donné en fait une priorité à mon savoir-faire et à mon métier, c’est-à-dire être patineur. Maintenant, le patinage artistique on peut faire les deux.
Du coup je suis parti dans cette direction, j’ai fait quelques tentatives, ça ne venait pas de moi, mais des propositions qui m’étaient faites. J’ai accepté, comme faire La deuxième étoile avec Lucien Jean-Baptiste, faire un peu du Mongeville, Joséphine, ange gardien, mais je n’avais pas un rôle prédominant dans ces téléfilms. J’aurais adoré, je pense, faire un film en costume avec un rôle principal, puisque d’Artagnan a priori m’allait bien. Je pourrais faire un Cyrano de Bergerac, même si je ne suis pas avec mon style. Des trucs où je serais grimé, un peu déguisé, avec du combat, avec ce côté un peu physique, parce que j’ai encore un physique qui peut s’exprimer. Je ne veux pas dire que je ne serais peut-être pas capable de faire pleurer les gens à l’écran, mais plus dans un rôle fanfaron, et c’est un peu l’image que je donne aujourd’hui, qui empêche peut-être des réalisateurs de venir me voir et de me faire tourner dans leur film. Surtout si c’est un film comique, il y a aujourd’hui assez de comédiens comiques qui sont connus, et ce n’est pas pour autant qu’ils vont venir me chercher.
D’ailleurs, les gens me le disent beaucoup qu’ils sont assez surpris de la manière dont je joue sur scène. Nelson joue plus son rôle, tandis que moi je sors un peu de ce que les gens pouvaient imaginer de moi. Les gens disent : « Il a la pêche, le type ! ». On m’a toujours dit que j’avais un côté Bebel, ça peut paraître un peu égocentrique de dire ça, mais je me dis que si demain j’ai un bon coach et un bon réal qui ont envie de me faire passer pour un Bebel, il n’y a pas de raison que je ne puisse pas y arriver. »
Quels mots adressez-vous au public chalonnais pour le 31 octobre ?
« Comme je vous disais tout à l’heure, les programmateurs ou les productions qui nous achètent le spectacle, à un moment donné s’ils voient que leur salle n’est pas assez remplie, même trois semaines avant, eh bien ils ont la possibilité d’annuler la représentation. Ce qui est indépendant de nous, mais soit c’est la com qui n’est pas assez bien passée, soit les gens ont d’autres préoccupations, et du coup on est tributaires de ce que le producteur local a souhaité faire avec nous. Chalon, c’est une des séances les moins remplies à l’heure où je vous parle, parce que l’histoire de la promo, et on vous remercie d’ailleurs de nous aider à faire en sorte que les gens soient avertis, il faut qu’ils puissent réserver leur billet plus rapidement. On compte sur vous pour booster cette communication locale. Ce serait dommage que les 200 personnes qui ont déjà réservé se retrouvent devant une date reportée. Même pour nous, on est toujours emmerdés, ce n’est jamais très bon de reporter, sous prétexte que ce n’est pas assez bien rempli. Donc il faut motiver les Chalonnais pour qu’ils viennent en masse, et que cette salle soit mieux remplie. Déjà parce qu’on s’amusera mieux tous ensemble. Je suis conscient des contraintes financières de tout le monde, ce n’est pas un souci, mais c’est vrai qu’aujourd’hui les producteurs locaux ont la possibilité d’annuler un petit peu facilement parfois. On va partir à Tahiti jouer la pièce, on reviendra le 21 octobre, du coup on sera bien frais au retour de Tahiti pour aller à Chalon.»
Crédit photo : Stephane Kerrad Propos recueillis par Michel Poiriault
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