Culture

À l'Université pour tous de Bourgogne, le grand portail roman de Cluny a fasciné le public

Par Karim BOUAKLINE-VENEGAS AL GHARNATI

Publié le 18 Octobre 2025 à 13h00

À l'Université pour tous de Bourgogne, le grand portail roman de Cluny a fasciné le public

Le grand portail roman de Cluny a ressurgi le temps d'une conférence captivante de l'Université pour tous de Bourgogne. Plus de détails avec Info Chalon.

Mercredi 15 octobre 2025, la salle des congrès de la Maison des Syndicats de Chalon-sur-Saône était particulièrement animée. En effet, 86 personnes ont répondu à l'invitation de l'Université pour tous de Bourgogne (UTB) pour assister à une conférence passionnante consacrée au grand portail roman de Cluny, chef-d'œuvre hélas disparu mais toujours au cœur de la recherche archéologique et historique.

Présenté par Yves Fournier, le président de l'UTB, qui connaît le conférencier de longue date, Jean-Denis Salvèque, président du Centre d'études clunisiennes, revenait pour la troisième fois à Chalon-sur-Saône. Ce dernier n'est pas seulement un spécialiste reconnu du monachisme clunisien : il vit dans l'une des plus anciennes maisons encore habitées de France, bâtie en 1091 et transmises à travers plus de cinquante générations.

Un portail monumental au cœur de Cluny III
Dans une présentation richement illustrée, Jean-Denis Salvèque a retracé la genèse et le destin du grand portail de l'abbatiale Cluny III, érigé entre 1110 et 1120. Sculpté dans un bloc monolithe de 23 tonnes, il s'imposait comme une prouesse technique et artistique inédite pour son temps. La polychromie de son décor en faisait un jalon majeur de l'art roman.

Le conférencier a rappelé les proportions vertigineuses du monument disparu, à savoir 187 mètres de long, 35 mètres sous la coupole du grand transept, 1200 chapiteaux et six clochers. «Aucun autre édifice contemporain ne pouvait rivaliser avec Cluny, la plus grande église de la Chrétienté jusqu'à la reconstruction de Saint-Pierre de Rome, quatre siècles plus tard», a-t-il souligné.

Un chef-d'œuvre disparu, redécouvert fragment par fragment
Détruit en mai 1810 après neuf jours d’un dynamitage méthodique par des ingénieurs italiens, le grand portail n'est plus connu que par quelques documents graphiques, des descriptions et des fragments minuscules et fragiles retrouvés lors de fouilles.

À partir des années 1920, les chercheurs américains Kenneth John Conant et Helen Kleinschmidt ont tenté d'en restituer l'aspect, en s'appuyant notamment sur les observations du médecin bénédictin Benoît Dumolin en poste depuis 1739. En 1988, de nouveaux fragments ont été mis au jour lors de travaux dans l'avant-nef – découverte à laquelle participa Jean-Denis Salveque lui-même, aux côtés de l'archéologue Gilles Rollier.

Ces études ont permis de mieux comprendre la sculpture du tympan, représentant une Maiestas Domini – le Christ en gloire entouré des symboles des évangélistes et d'anges –, une composition originale pour l'époque. Ce thème, déjà présent dans les absides ou les manuscrits, prenait ici toute sa dimension monumentale à l'entrée de l'église.

Entre érudition et émotion
Tout au long de la soirée, Jean-Denis Salvèque a su mêler rigueur scientifique et évocation sensible du destin tragique de Cluny. Son érudition et sa passion communicative ont captivé le public, manifestement conquis.

Avant de clore la conférence, Yves Fournier a remercié chaleureusement le conférencier pour ce nouveau partage de savoir, saluant «une fidélité et une générosité toujours renouvelées envers l’Université pour tous de Bourgogne».

Prochain rendez-vous de l'UTB, le mercredi 3 novembre 2025, de 14 heures 30 à 16 heures, à la Maison des Syndicats, pour son assemblée générale.

 

Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati