Chalon sur Saône

Claude Girod, la militante bressane arrêtée en mer par Israël, «Non, ce n'était pas la Croisière s’amuse !»

Par Karim BOUAKLINE-VENEGAS AL GHARNATI

Publié le 20 Octobre 2025 à 14h00

Claude Girod, la militante bressane arrêtée en mer par Israël, «Non, ce n'était pas la Croisière s’amuse !»

Accueillie vendredi par des membres de l'AFPS 71, elle témoigne des conditons éprouvantes vécues lors de sa détention en Israël. Plus de détails avec Info Chalon.

Vendredi 17 octobre 2025, Claude Girod, responsable nationale de la Confédération paysanne et habitante de Frangy-en-Bresse, est rentrée lundi dernier après plusieurs jours passés dans une prison israélienne. Elle avait été arrêtée le 8 octobre à bord de la flottille humanitaire Thousand Madleens*, interceptée par l'armée israélienne.

Cette flottille internationale, composée de huit bateaux, tentait de rallier Gaza avec de l'aide humanitaire estimée à plus de 110 000 dollars, destinée aux hôpitaux de la Bande de Gaza, frappée par la famine. Parmi les passagers figuraient des médecins, des journalistes, des élus et des militants pacifistes — dont les députées françaises Farida Amrani et Alma Dufour (LFI) et l'eurodéputée écologiste Melissa Camara.

«Nous avons été kidnappés en eaux internationales»
Selon les organisateurs de la Freedom Flotilla Coalition, l'interception s'est produite à 120 milles nautiques (environ 220 km) des côtes gazaouies, dans les eaux internationales.

Claude Girod parle, elle, de «kidnapping». «Nous n'étions pas armés. C'était une mission de solidarité», raconte-t-elle. «Ils nous ont interceptés en pleine nuit, à 4 heures 34 du matin».

Placée en détention avant d'être expulsée vers la Jordanie, la militante bressane garde un souvenir douloureux de son incarcération. «Humiliations, insultes, privations… Ce fut très dur. Mais ce n'est rien comparé à ce que vivent les prisonniers palestiniens entassés dans des cellules surpeuplées», confie-t-elle, encore marquée.

Elle évoque une prison «inhumaine», probablement celle de Ketziot, dans le sud d'Israël. «En face de nos cellules, une grande photo de Gaza détruite portait l'inscription en arabe qui voulait dire "La nouvelle Gaza". Les gardiens nous forçaient à regarder des vidéos du 7 octobre», précise la militante.

Une solidarité internationale qui donne espoir
Malgré la peur et la fatigue, Claude Girod garde une lueur d'espoir. «J'ai découvert des gens solidaires venus de partout. Cette humanité partagée m'a redonné foi en notre combat. Je suis convaincue que les Palestiniens finiront par gagner et obtenir justice», poursuit-elle.

L'agricultrice regrette en revanche le manque de soutien des autorités françaises. «Le consul (Ndlr : celu-ci n'a pas clairement été identifié, peut-être Matthieu Clouvel-Gervaiseau, le consul général de France à Tel Aviv ?) est venu avec des bonbons et des barres chocolatées, mais a refusé de payer pour notre libération. Même après notre expulsion, on a dû se débrouiller seuls pour rentrer de Jordanie».

D'après cette dernière, Alexis Le Cour Grandmaison, l'ambassadeur de France dans le royaume de Jordanie, aurait refuser de payer leurs billets d'avions. 

Accueil à Chalon et prochaines mobilisations
Son retour a été salué vendredi 17 octobre par un rassemblement organisé par l'Association France Palestine Solidarité de Saône-et-Loire (AFPS 71), devant la Maison des Syndicats de Chalon-sur-Saône.

L'association a dénoncé «des détentions arbitraires et illégales», appelant à un cessez-le-feu immédiat dans la Bande de Gaza.

Un nouveau rendez-vous AFPS 71 est prévu le mercredi 26 novembre, avec au programme, l'après-midi une lecture de contes palestiniens, Le Bûcheron et la Petite Fève, et Graine de grenade, un magnifique conte autour de la broderie palestinienne rouge et noire, au Studio 70, et le soir, une rencontre avec Gilbert Achcar, écrivain, chercheur franco-libanais et professeur à la School of Oriental and African Studies (SOAS) de l'Université de Londres, venu présenter son dernier ouvrage Gaza, génocide annoncé : un tournant dans l’histoire mondiale (Éditions La Dispute).

Éprouvée mais déterminée, Claude Girod entend poursuivre son combat pour la justice et la solidarité avec le peuple palestinien, convaincue que «la paix passera par la dignité et le droit pour tous».

* 120 personnes de 30 nationalités étaient à bord.

 

Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati