Société

Loin de l’élevage intensif, ces paysans prennent soin de ce que vous mangez : “Droits dans leurs bottes”, un film essentiel

Par Nathalie DUNAND

Publié le 22 Octobre 2025 à 13h10 , mise à jour le 07 Novembre 2025 à 15h03

Loin de l’élevage intensif, ces paysans prennent soin de ce que vous mangez : “Droits dans leurs bottes”, un film essentiel

Nathalie Lay filme la possibilité d’élever des animaux autrement qu’en système industriel à travers cinq portraits émouvants d’éleveurs, principalement en Bourgogne-Franche-Comté. À découvrir en avant-première à Mâcon, en présence de l’équipe du film.

Pourquoi les marchés de producteurs sont-ils prisés ?

De plus en plus de consommateurs – jeunes y compris – veulent savoir ce qu’ils mangent. La qualité des aliments prime sur la quantité : moins, mais local et meilleur au goût, à la santé. Nos assiettes sont le reflet d’une consommation plus durable, plus éthique.

Infochalon vous a déjà présenté Nathalie Lay, son court métrage La ferme de Sophie multirécompensé, et son film Droits dans leurs bottes, alors en préparation. Coup de coeur immédiat pour la beauté de l'image et la force du propos !

Portraits édifiants de cinq jeunes paysans passionnés par leur métier

Ils sont éleveurs de vaches, moutons, chèvres, poules ou cochons. En plein air, toujours, soucieux du respect des bêtes, de leur bien-être, soucieux de préserver la terre qui les accueille, soucieux de la qualité des produits qu’ils offrent aux clients.

Le film leur donne une visibilité qui manque cruellement dans un pays dominé par l’élevage intensif. Et la parole : sur leurs pratiques, leurs difficultés, leur joie de travailler librement au contact des animaux, au plus près de leurs convictions. La présence constante d’une spécialiste, Jocelyne Porcher, ancienne éleveuse devenue directrice de recherche à INRAE, éclaire les perspectives.

Deux mondes qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre

Sans doute comprendrions-nous véritablement les enjeux de ces « paysans résistants » face à ce qu’on nomme abusivement « l’élevage » – en réalité élevage intensif (ou industriel).

« Souvent les médias ou le grand public parlent d’élevage lorsqu’il s’agit de parcs d’engraissement où 80 000 poules sont entassées dans un hangar. La chercheuse Jocelyne Porcher refuse d’appeler élevage ces productions animales industrielles, un environnement violent qu’elle a découvert lors d’un stage. » (N. Lay)

La réalité inquiétante de l’élevage industriel

Un article d’OABA le définit ainsi : « Apparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce mode d’élevage consiste à entasser un maximum d’animaux sur une surface minimale, et à leur fournir une alimentation très riche afin de favoriser une croissance extrêmement rapide, ou de garantir une production au rendement le plus élevé possible. […] Les animaux sont élevés avec des densités telles qu’il “faut” les mutiler pour qu’ils ne se blessent plus les uns les autres ».

De fait, les règles de bases du bien-être animal ne sont pas respectées, d’où l’apparition de pathologies liées à des conditions de vie extrêmes (boiteries, infections…). « En prévention, les antibiotiques sont utilisés à outrance sur ces animaux et occasionnent de graves problèmes de santé publique. »

Plus inquiétant, ce type d’élevage domine largement, selon les chiffres donnés par OABA :

  • 80 animaux sur 100 sont élevés de façon intensive en Europe.
  • 80 animaux sur 100 n’ont pas accès à l’extérieur en France.
  • 2/3 des animaux sont élevés en cages en France.

Les conséquences sont multiples : sur la biodiversité, la planète (émission des gaz à effet de serre, déforestation, pollution de l’eau) et, selon certains chercheurs, sur la santé humaine.

Droits dans leurs bottes : un film engagé pour l’agriculture paysanne

Le mot de la réalisatrice, Nathalie Lay :
« Droits dans leurs bottes s’immerge dans cinq fermes dont les systèmes sont très différents. La joie de vivre et de travailler avec les animaux est palpable. La beauté du monde que ces éleveuses et éleveurs créent ensemble avec leurs bêtes pose un acte de résistance pour faire face à la montée en puissance des productions animales industrielles qui les écrasent sous un rouleau compresseur de difficultés. Malgré cela, ils sont libres. Libres d’avoir choisi ce métier qu’ils aiment par-dessus tout, ses contraintes et d’en assumer les responsabilités. »

Tous concernés

La réalisatrice souhaite accompagner son film en salle de cinéma avec une centaine de projections et créer simultanément des espaces de rencontres et d’échanges entre consommateurs, éleveurs, élus et métiers de bouche dans des lieux comme des fermes, des associations, des festivals, des foyers ruraux et des lycées agricoles.

Pour Nathalie Lay, il est urgent de fédérer autour du sujet : « L’élevage c’est 10 000 ans d’histoire et j’ai la sensation de filmer “les derniers dinosaures” lorsque j’interviewe ces éleveurs. La France a perdu encore 100 000 agriculteurs en 10 ans ! À ce rythme, qui va nous nourrir demain ? »

Par Nathalie DUNAND
[email protected]

Ci-dessous, photos du film Droits dans leurs bottes transmises par la réalisatrice.

Vendredi 7 novembre 2025 à 19 h 30 – Mâcon

Droits dans leurs bottes, un film de Nathalie Lay
Avec la participation de la chercheuse Jocelyne Porcher
Date : Avant-première le 7 novembre à 19h30 en présence de l'équipe du film
Lieu : Cinéma Pathé à Mâcon
Préinscription conseillée : [email protected]
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