Culture
A Chalon la Madeleine Proust refera le monde entre quatre murs…
Par Michel POIRIAULT
Publié le 27 Octobre 2025 à 19h06
Corinne Lordier a pris fait et cause en faveur de la Madeleine Proust depuis septembre 2023. De la Franche-Comté à la Bourgogne s’évertuera-t-elle, le dimanche 9 novembre à partir de 17h en la salle Marcel-Sembat de Chalon-sur-Saône, à passer le relai. Une ode à la quarantaine et à l’introspection d’il y a un lustre…
Il reste des places :
Tarif normal : 39,00 euros. Tarif réduit : 36,00 euros. Tarif enfants et étudIants : 25,00 euros. Points de location habituels.
Qui est la véritable Corinne Lordier ?
«Je suis comédienne, intermittente du spectacle comme on dit, depuis 1992.J’ai joué avec diverses compagnies, mais je suis surtout cofondatrice de la compagnie La salamandre. On travaille avec le feu depuis 1992, on existe toujours, et j’en fais toujours partie. C’est vraiment de la danse, la poésie avec le feu. J’ai aussi travaillé le clown, j’ai été pendant longtemps dans un spectacle où on était pendant 7 ans, de 1992 à 1999, cinq femmes clowns. On n’a pas fait le tour du monde, mais on a joué dans beaucoup, beaucoup de parties du monde, parce qu’il n’y avait pas le problème du texte. Nous avons été repérées en 1992 à Avignon, on a beaucoup fait les alliances françaises à l’étranger, en Inde, en Afrique, en Asie du Sud-Est, au Danemark…bref, on a beaucoup joué. Je pratique également un art martial depuis 1995 très assidûment, je suis dans le mouvement, beaucoup dans le corps. Le clown, c’est vraiment ce qui m’intéresse beaucoup. Le théâtre, c’est vrai que du coup d’avoir la chance d’incarner ce personnage dans La Madeleine Proust c’est pour moi l’occasion de pouvoir y mettre tout ce que j’ai cultivé pendant plein d’années finalement. Je suis concentrée dans un personnage où le texte est très riche, l’écriture est très fine. Ce sont presque des punchlines. Lola (Sémonin NDLR), c’est elle qui a écrit le texte, c’est sa patte. La Madeleine Proust est confinée chez elle dans sa cuisine, parce que ça se passe au temps du confinement. C’est plein de choses qu’on revit, que l’on redécouvre. On se dit : mais ce n’est pas vrai qu’on a vécu tout ça pendant cette période, car ça fait maintenant 5 ans. On rit finalement de tout ce qu’on a vécu. Ça fait du bien.»
Qu’avez-vous retenu des scènes jouées dans La Madeleine Proust fait le tour du monde ?
« J’avais seulement à cette époque-là seulement deux passages, uniquement aux niveaux physique et corporel. Je faisais le premier passage où le rideau s’ouvrait et je traversais la scène avec le pot de chambre, donc en chemise de nuit. C’était un effet magique, car je traversais de jardin (le côté gauche de la scène pour le public NDLR) à cour (le côté droit pour le public NDLR), et dès que j’étais sortie à cour, paf, Lola, l’autre Madeleine, apparaissait à jardin. C’est pour ça qu’on avait besoin de deux Madeleine, et je faisais un autre passage à un moment donné. Pareil, j’arrivais sur scène, je décrochais, je répondais au téléphone, et là je ne parlais pas, c’était une voix off. Je raccrochais, je disparaissais, et Lola apparaissait au centre de la scène, derrière un miroir. C’était pour des effets magiques en fait. Sinon j’incarnais d’autres personnages. C’est vrai que d’avoir goûté à ces deux passages, d’avoir pris la corporalité de ce personnage, c’était comme une petite graine qui avait été plantée. »
Comment la passation de pouvoir s’est-elle opérée ?
«J’ai lu le texte en premier, donc je l’ai appris, je l’ai travaillé. J’ai eu des cours avec un coach au niveau de l’accent, parce qu’il a fallu que je m’empare de cet accent du Haut-Doubs qui est quand même très, très particulier. C’est comme les montagnes, ça monte, ça descend, c’est plein de reliefs. Il a fallu vraiment que je chope cette musicalité, ce rythme. On a répété dans la cuisine de Lola, chez elle, pendant un bon bout de temps, voir des scènes, que je chope le rythme, pour le corps aussi. La première s’est faite à Morteau, donc a répété dans le théâtre de cette commune, avec le décor, avant la première. Donc la passation, c’était d’abord de s’approprier l’accent. Et puis se mettre dans la peau de cette Madeleine, avec ses tics, sa démarche, son parler, son phraser. Cette femme qui ne s’arrête pas, car depuis qu’elle est toute petite elle a toujours travaillé. C’est plein de choses à intérioriser. Il s’agit de faire corps avec le personnage. »
Espériez-vous qu’un jour La Madeleine ne feraient qu’une ?
« Non, non, je n’avais pas envisagé ça. C’est vrai que quand je faisais La Madeleine Proust, j’ai entendu Lola dire : »Ah, j’aimerais bien un jour être dans la scène pour rire avec les spectateurs et voir une Madeleine sur scène.» Et je me rappelle lui avoir dit : eh bien écoute, sache que ça peut m’intéresser. C’était en 2006. Mais voilà, c’est tout. Après, le temps a passé, et quand elle m’a fait cette proposition, j’étais enchantée. Ça s’est présenté comme ça. »
Qu’est-ce qui vous séduit dans le texte de Lola Sémonin ?
«Plein de pertinence dans ses écrits. Ça rebondit beaucoup, c’est plein de contrastes. Un jour un journaliste avait écrit : « La Madeleine c’est le choc des cultures, une survivance truculente du bon sens haut-doubien qui pique les fesses de la modernité. Un personnage hors du temps qui pose un regard vitriolé sur le présent. » Et je trouve que c’est vraiment ça, c’est-à-dire qu’elle y va. Elle est cash, c’est comme un cœur d’enfant, une pureté d’enfant. Elle dit tout ce qu’elle a entendu, tout ce qu’elle a vu, tout ce qu’elle a lu, tout ce que les voisins lui disent. C’est plein de choses, elle fait sa réalité. Finalement, tout le petit cosmos qui constitue son petit monde autour d’elle, constitue sa réalité, sa vérité. »
Le fait d’assurer la continuité d’une œuvre et d’un tel vécu vous a-t-il fait hésiter ?
«Je n’ai pas eu peur, je n’y ai pas pensé du tout. J’ai été séduite uniquement par le travail de comédien, c’est-à-dire de m’emparer de ce personnage, et de faire un seule-en-scène. Je n’en avais jamais fait, donc pour moi c’était une belle opportunité. Je n’ai pensé qu’à ça : au travail. J’ai été habitée par ça, et ça m’habite toujours, d’être vraiment dans cette sincérité. Comment, en tant que comédienne, saisir cette chance. Après, tout ce qui était autour, la renommée, je n’ai pas pensé du tout à ça, c’est venu après. Je ne défilais pas, je ne m’engouffrais pas là-dedans. L’important c’était d’être dans la vérité de ce personnage, parce que pour moi il n’était pas question d’être dans une caricature. Ce que je voulais, c’était toucher le cœur. Je pense que c’est pour ça que La Madeleine touche les gens, elle fait revivre chez eux des êtres chers disparus. Ça ravive leur mémoire. »
Vous démarquez-vous franchement de l’ex-Madeleine, et si oui, de quelle manière ?
« J’essaie de m’en approcher le plus possible, parce que Lola est toujours là de toute façon. On fait des retours sur les spectacles, je suis toujours en travail, mais c’est sûr que je n’ai pas le même corps, pas la même voix, et puis ma personnalité est différente. La Madeleine rit, elle a même un grand fou rire, ce que Lola ne faisait pas. Il y a des choses du corps qui sont un petit peu différentes, mais quand même, on retrouve ce personnage. »
Qu’en disent jusqu’à présent les spectateurs ?
« Ils sont contents, ils sont ravis, ils sont séduits. Les vrais fans de La Madeleine que je vois à la fin du spectacle disent qu’ils viennent avec une certaine appréhension, parce qu’ils sont habitués à Lola. Ils ont peur d’être déçus. Ils me racontent qu’il leur faut quelques minutes pour se familiariser avec moi, avec la nouvelle voix. Je suis aussi plus grande que Lola, mais au bout de quelques minutes, ça y est, ils sont embarqués, ils sont avec La Madeleine. Ils ne se posent plus la question, ils rigolent, ils ont passé un très bon moment. Ce sont vraiment les retours que j’ai eus. Ça marche ! »
Crédit photo : Stéphane Kerrad Propos recueillis par Michel Poiriault
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