Chalon /autour de Chalon
Lola Sémonin n’est officiellement plus la Madeleine Proust. Elle l’est cependant encore…
Par Michel POIRIAULT
Publié le 31 Octobre 2025 à 18h36
La figure historique de La Madeleine Proust, c’est elle : Lola Sémonin. Si elle a remis le flambeau à Corinne Lordier, laquelle évoluera à Chalon-sur-Saône, salle Marcel-Sembat, le dimanche 9 novembre à 17h, dans La Madeleine passe le relai, Lola sera toutefois bel et bien là pour dédicacer ses différents ouvrages. Interview.
Que devient La Madeleine d’antan ?
« Je pense que je reste la vraie Madeleine dans le cœur des gens, parce que déjà, ma voix est tellement connue…Les gens l’ont dans l’oreille, et moi, en tant que Lola, je me consacre entièrement à mon métier d’écrivain. Et puis je prends du bon temps. Je prends le temps. »
Désormais soulagée, ou un poil chagrinée, de l’avoir laissée entre d’autres mains ?
«Je suis vraiment très heureuse, à la fois de ne plus être dans ce tourbillon de tournées, parce que vous savez, être sur scène, ce n’est pas seulement être sur scène. C’est aussi partir, prendre des trains, avoir froid, c’est rester des mois à Paris…tout ça, je n’ai plus du tout envie de le vivre. Déjà, j’ai quitté Paris, il fallait sans arrêt que je passe par Paris pour aller en tournée. Ma première passion depuis toute petite, c’est l’écriture, donc je suis très contente d’avoir arrêté, et je suis très contente d’avoir transmis. Je pense que quand on sait faire quelque chose de bon pour l’humanité, il faut le transmettre. Que ce soit un travail d’artisan, quelque chose que l’on sait faire avec ses mains, ou qu’on a compris dans ce monde. »
La Madeleine a pris le large entre 2018 et 2023, qu’est-ce que ça a donné ?
«En 2018, lorsque j’ai arrêté, j’ai écrit, j’ai fait des albums photos, j’ai voyagé…Et puis il y a eu le confinement, n’oubliez pas. Donc pendant le confinement mon personnage de La Madeleine a été très présent sur les réseaux sociaux, puisque j’ai fait plein de vidéos en Madeleine à propos du confinement. Ensuite il y a eu les manifs anti-pass, j’étais vraiment arc-boutée contre le pass obligatoire, vu qu’on pouvait se faire tester. Dans les manifs, j’ai retrouvé Corinne (Lordier, la comédienne qui personnifie La Madeleine à présent NDLR). Cette Corinne avait joué dans La Madeleine Proust fait le tour du monde, elle avait fait une Madeleine en play-back. Parfois on était les deux sur scène, chacune notre tour. Je la revoyais dans les manifs, et c’est dans ces circonstances qu’elle me disait : »Qu’est-ce que j’ai aimé faire cette Madeleine, qu’est-ce j’aimerais reprendre La Madeleine… » Ça a fait la conjonction de se revoir, avec toutes les vidéos faites pendant le confinement et son désir de l’interpréter. J’ai donc écrit le texte qui se passe au temps du confinement, pour qu’elle joue La Madeleine confinée.«
Cette appellation vous colle-t-elle toujours à la peau ?
« Oui, les gens, par affection, quand je dédicace, peuvent encore m’appeler Madeleine bien sûr. Mais ils m’appellent quand même de plus en plus Lola, et ils disent : »Vous resterez notre vraie Madeleine, même si on aime beaucoup l’autre comédienne dans son interprétation. »
Corinne Lordier est-elle la femme de la situation ?
«Le public est ravi, il dit que la relève est assurée. Ça je l’entends, parce que je viens dédicacer dans les grandes villes, j’adore vraiment le public. Les gens viennent me parler, ou m’acheter un livre. On me remercie d’avoir transmis, les gens sont super heureux. Avec Corinne on a énormément travaillé pendant plus d’un an. Ce n’est pas une passation simple.»
La Madeleine défiera-t-elle les affres du temps de par son immortalité ?
« De toute façon, de mon vivant il faudra toujours que je donne mon accord et que j’écrive le texte. Personne ne pourra interpréter ce personnage de La Madeleine Proust sans que ce soit mon écriture. Donc je pense qu’après ma mort il restera tous les DVD de mon interprétation de ce personnage. Et puis maintenant mes livres, parce qu’il y a quand même une saga de quatre tomes de 450 pages où La Madeleine raconte sa vie. Ça s’appelle La Madeleine Proust, une vie. C’est à la demande de Flammarion, qui m’a dit : »Mais pourquoi vous n’en faites pas un personnage de roman ? » Je ne savais pas que ça allait me prendre dix ans. Quand vous me demandez ce que j’ai fait pendant toute cette période, eh bien je terminais cette saga. Ça a été de 2011 à 2022. »
Serez-vous présente à Chalon le 9 novembre ?
« Oui, je serai là pour dédicacer, avant, et après le spectacle. Ma tétralogie a obtenu le prix Jules Renard. Il y a certainement des lecteurs qui vont s’y retrouver, parce qu’à chaque dédicace que j’ai faite dans toute la France, après mes spectacles ou dans les salons du livre, je note ce que les gens me racontent. Des fois c’est drôle, il y a de l’humour, je raconte les confidences. Ça a donné un ouvrage qui vient de sortir, il s’appelle Brèves de dédicaces aux éditions du Sekoya, et je l’aurai bien sûr à Chalon. »
Y a-t-il encore des Madeleine de-ci, de-là ?
« J’en connais de moins en moins, pour ainsi dire plus, parce que malheureusement, elles sont presque toutes mortes aujourd’hui. Quand j’ai fait le travail d’ethnologie pour comprendre ce monde paysan, j’ai rencontré des personnages incroyables. Je rencontre parfois de ces vieilles paysannes qui ont travaillé, encore à la fin de mes spectacles, mais je ne les connais pas vraiment. »
Est-ce que vous caressez des projets ?
«Je viens de terminer mon septième roman, que je viens d’envoyer aux Maisons d’éditions, et je vais bientôt en commencer un autre. En plus, ce sont des romans que j’avais commencés entre mes tournées, avant que Flammarion me demande de faire de La Madeleine un personnage de roman. Car comme ça m’a pris dix ans, je n’ai pas pu terminer les autres. Maintenant je vais les prendre un par un, j’en ai une dizaine de commencés. J’ai publié mon premier roman en l’an 2000, Le cri du milan, qui se vend toujours très bien d’ailleurs, et après je n’ai jamais cessé d’écrire entre les tournées. Tant que je serai vivante, j’écrirai ! »
Crédit photo : DR Propos recueillis par Michel Poiriault
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