Politique
À Chalon-sur-Saône, le Festival des Solidarités dans le viseur du maire
Par Karim BOUAKLINE-VENEGAS AL GHARNATI
Publié le 13 Novembre 2025 à 18h30
Les organisateurs du Festival des Solidarités accusent le maire de Chalon-sur-Saône de mettre des obstacles politiques à leur événement. Plus de détails avec Info Chalon.
Alors que le Festival des Solidarités s'apprête à célébrer ses vingt ans, plusieurs associations chalonnaises tirent la sonnette d'alarme. Réunies au Novarra, quelques uns des représentantes et représentants de la LDH, du CCFD-Terre solidaire, de l'ASTI et de l'AFPS 71 dénoncent une série de décisions municipales qu'ils jugent abruptes, ciblées et injustifiées.
Selon eux, Gilles Platret, le maire de Chalon-sur-Saône, mènerait «une nouvelle croisade» contre l'événement, au cœur d'un communiqué commun publié pour alerter la population.
Jeudi 13 novembre 2025, nous avions rendez-vous au Novara, 5 rue du Palais de Justice, à Chalon-sur-Saône, avec Philippe Janet de la section chalonnaise de la Ligue des droits de l'Homme (LDH 71), Pascal Maurane, le président du CCFD-Terre solidaire, Françoise Guilloteau, bénévole à la permanence du service juridique et administratif de l'ASTI, Marie Termeulen, bénévole à la même permanence et membre de la commission Culture de l'ASTI, ainsi que Sylvie Hérody de la section chalonnaise de la Ligue des droits de l'Homme et de l'AFPS 71.
Cette rencontre avait pour objectif de s'entretenir avec des présidents et bénévoles du Festival des Solidarités, visiblement la nouvelle cible du maire de Chalon-sur-Saône, selon les associations précitées ci-dessus. Celles-ci ont publié un communiqué intitulé «Une nouvelle croisade pour le maire de Chalon».
Parlant «d'une même voix», comme le précise Sylvie Hérody, les bénévoles se disent vent debout contre le maire, qui leur aurait fait «un dernier coup de Jarnac». «On a demandé à réserver des salles depuis des mois», rappelle-t-elle, soulignant que le festival fête ses 20 ans cette année.
Un message venu bouleverser l'organisation du Festival des Solidarités
Philippe Janet retrace la genèse de ce nouvel accrochage avec le maire qui, selon les associations, agirait «de manière autoritaire».
«Entre le fromage et le dessert, nous avons reçu un message non signé, le 11 novembre 2025, de la part de la Ville de Chalon-sur-Saône, nous intimant l'ordre de retirer le logo de la Ville et de procéder à la réimpression du programme», nous explique ce dernier.
Ce courriel a été envoyé à Pascal Maurane.
Sylvie Hérody précise que le mail a en réalité été adressé le 10 novembre à 17 heures, depuis le service Vie associative de la mairie. Le motif invoqué : le festival serait politique.
«Pour les associations ayant déjà obtenu une salle, la réservation est maintenue, mais elle devient désormais payante», poursuit Philippe Janet.
Entre 120 et 140 euros par salle, selon Sylvie Hérody.
L'AFPS 71 particulièrement visée ?
La situation de l'AFPS 71 est encore plus problématique : toutes leurs salles sont annulées, aux dates pourtant indiquées dans le programme.
Sylvie Hérody explique avoir effectué une préréservation dès juin 2025 à la Maison des Syndicats de Chalon-sur-Saône, sans aucune difficulté à l'époque.
Elle ajoute que le 21 septembre 2025, elle a même reçu un courrier de la Ville lui demandant de justifier et détailler le déroulé de la manifestation organisée par l'AFPS 71, prévue le mercredi 26 novembre 2025, à savoir un après-midi consacré à des contes palestiniens, suivi d'une conférence le soir de Gilbert Achcar, brillant écrivain et chercheur franco-libanais, professeur à la School of Oriental and African Studies (SOAS) de l'Université de Londres, venu présenter son dernier ouvrage Gaza, génocide annoncé : un tournant dans l’histoire mondiale (Éditions La Dispute).
Une preuve, selon elle, que la manifestation avait bel et bien été validée par la Ville.
«Les allégations d'irrégularités du maire sont clairement un mensonge», s'insurge-t-elle.
«Nous sommes nombreux à interpréter cela comme une mesure de rétorsion contre l'AFPS 71», ajoute-t-elle, même si l'absolue certitude manque.
«Le Festival des Solidarités,c'est comprendre le monde»
Contacté par téléphone, Stéphane Boyer, le président de l’ASTI, rappelle «à juste titre» que «le Festival des Solidarités, c'est l'ouverture sur le monde, le droit des peuples, comprendre le monde».
Selon lui, «justement, il me semble que le maire aurait bien besoin de comprendre le monde».
«Comprendre le monde, c'est la mission d'un Festival des Solidarités», précise le président de l'ASTI.
Pascal Maurane souligne qu'il existe une trentaine de festivals des solidarités rien qu'en Saône-et-Loire, plus d'une cinquantaine ailleurs en France et dans de nombreux pays africains.
Une réaction collective immédiate
Philippe Janet raconte qu'en apprenant la nouvelle, «comme un coup de massue», la section locale de la LDH a profité d'une réunion mensuelle prévue de longue date pour alerter les autres associations et préparer un communiqué commun afin de dénoncer «ce fait du prince», selon les mots d'une participante.
«C'est une union de principes et d'éthique», complète Marie Termeulen.
Le festival défend «un monde plus juste, plus solidaire, plus durable et plus fraternel».
Au passage, le thème de cette année est «Environnement et droits des peuples».
Pour elle, le maire a agi «de manière mesquine».
«Il y en a ras-le-bol, le Festival des Solidarités se fera, que Gilles Platret le veuille ou non !», tempête encore Philippe Janet, visiblement très en colère.
Les bénévoles sont «collectivement engagés».
«On ne va pas se laisser faire !», poursuit-il.
«Nous allons réagir entre associations comme un seul corps», renchérit Marie Termeulen.
Pour Sylvie Hérody, «c'est un abus de pouvoir».
Elle rappelle que cette année, il était prévu de mettre en avant la Palestine dans la plupart des festivals des solidarités.
«On balaiera tous les obstacles», affirme encore Philippe Janet.
Une conférence déplacée mais maintenue
La conférence de Gilbert Achcar, initialement prévue le mercredi 26 novembre au soir à la Maison des Syndicats, se tiendra finalement à Lux, 6 rue Robert-Fèvre, le même jour à 19 heures.
«On n'a jamais eu de problèmes en 20 ans d'existence du Festival des Solidarités», rappelle Pascal Maurane. «L'an dernier, nous avons organisé une conférence sur l'Iran et une autre sur la Palestine sans que cela ne pose de problème».
Une «radicalisation» du maire ? Le comble !
Pour Sylvie Hérody de l'AFPS 71, il s'agit d'«une radicalisation des positions du maire», qui «ne veut pas entendre parler de la Palestine».
Dans leur communiqué, les associations écrivent :
«Les Chalonnaises et les Chalonnais doivent connaître le comportement de ce maire (Ndlr : Gilles Platret) qui, malgré les discours, piétine les associations engagées dans la solidarité et abuse de son pouvoir d'élu, abus que la justice a par ailleurs plusieurs fois pointés et condamnés».
Pour Sylvie, «c'est une attaque en règle contre l'idée même de solidarité».
Le Festival des Solidarités débutera bien le dimanche 16 novembre 2025 à 17 heures à la Salle des fêtes de Givry, avec un conte théâtral burkinabé intitulé «Des pintades et des manguiers».
Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati
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