Chalon sur Saône

«Un État de droit fragilisé» : la LDH tire la sonnette d'alarme à Chalon-sur-Saône

Par Karim BOUAKLINE-VENEGAS AL GHARNATI

Publié le 21 Novembre 2025 à 14h00

«Un État de droit fragilisé» : la LDH tire la sonnette d'alarme à Chalon-sur-Saône

Une conférence suivie par un large public, signe d'une inquiétude grandissante face aux évolutions sécuritaires et aux restrictions budgétaires touchant les institutions indépendantes. Plus de détails avec Info Chalon.

Mercredi 19 novembre 2025, la section chalonnaise de la Ligue des Droits de l'Homme (LDH71) a réuni une bonne centaine de personnes au Clos Bourguignon pour une conférence consacrée aux menaces qui pèsent aujourd'hui sur l'État de droit. Invitée pour animer cette conférence, Nathalie Tehio, la présidente nationale de l'association, a alerté sur l'affaiblissement des contre-pouvoirs, les dérives sécuritaires et la tentation de réduire au silence les voix critiques.

Signe d'une inquiétude grandissante face aux tentatives de muselage des contre-pouvoirs et des associations, cette thématique a attiré une bonne centaine de personnes, 150 selon les organisateurs. Une mobilisation qui prouve l'intérêt local marqué pour la défense des libertés fondamentales.

Un engagement de longue date à Chalon-sur-Saône
En introduction, Aline Mathus-Janet, coprésidente de la section chalonnaise de la LDH, a rappelé la constance de l'association sur le territoire.

«La LDH participe depuis plus de dix ans au collectif pour la solidarité internationale. Chaque année, nous organisons une conférence autour d'un enjeu de société : la laïcité, les migrations environnementales, la lutte contre le racisme ou encore la montée de l'extrême droite en Europe», nous a-t-elle confié.

L'intervention de Nathalie Tehio s'inscrit ainsi dans la continuité de cet engagement local pour la pédagogie et la défense des droits humains.

Les contre-pouvoirs fragilisés
Pendant plus d'une heure, la présidente nationale de la LDH a dressé un panorama des atteintes actuelles aux contre-pouvoirs institutionnels et associatifs.

Elle a notamment évoqué plusieurs décisions budgétaires récentes jugées préoccupantes comme la baisse du budget alloué au Défenseur des droits, à l'initiative d'un amendement du Rassemblement national; la diminution des crédits de l'Arcom ou la réduction des moyens de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH).

Les inquiétudes concernent également d'autres organismes essentiels, tels que le Comité national d'éthique ou la Cada, chargée de l'accès aux documents administratifs. Pour Nathalie Tehio, ces évolutions traduisent «une volonté de réduire l'influence des institutions indépendantes qui garantissent l'équilibre démocratique».

La Convention européenne des droits de l'Homme en question
La conférencière a aussi alerté sur les débats autour de la Convention européenne des droits de l'Homme (CEDH).

«Cette convention protège des libertés essentielles. Si la France venait à la dénoncer, nous perdrions un cadre commun de garanties, et les citoyens ne pourraient plus saisir la Cour européenne en dernier recours», a-t-elle expliqué.

Elle a rappelé que certains responsables politiques contestent le caractère intangible de l'État de droit, ouvrant la porte à des restrictions différenciées selon les catégories de population, notamment en matière de migration, à l'image de Bruno Retailleau, le président des Républicains (LR).

Sécurité et surveillance : jusqu'où aller ?
La seconde partie de la soirée a porté sur les mesures sécuritaires adoptées ces dernières années.

«Toute mesure censée protéger est-elle légitime ?», a interrogé Nathalie Tehio, citant l'extension de la vidéosurveillance, l'usage de drones ou encore des dispositifs mis en place pour des événements exceptionnels, comme les Jeux olympiques, mais qui tendent à perdurer bien au-delà.

Elle a également pointé les atteintes au droit de la défense contenues selon elle dans certains textes récents, notamment la nouvelle loi contre le narcotrafic.

La LDH dénonce par ailleurs un «état d'urgence permanent», alors qu'un régime d'exception de deux ans a été instauré et qu'une prolongation par la loi a été envisagée.

Un moment d'échange prolongé autour d'un repas
Comme le veut la tradition, la conférence s'est prolongée dans un cadre plus convivial.

Une trentaine de participants se sont retrouvés au restaurant L'Orient des délices, situé 46 place de Beaune, pour poursuivre les échanges autour d'un repas partagé.

Durant ce moment de réflexion collective sur les enjeux démocratiques actuels, la Ligue des droits de l'Homme a rappelé que la défense de l'État de droit n'est jamais acquise et repose autant sur la vigilance citoyenne que sur l'existence de contre-pouvoirs solides.

(Photos gracieusement fournies par Philippe Janet)

 

Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati