Chalon sur Saône

TRIBUNAL DE CHALON - Placés en détention provisoire, ils dorment sur des matelas posés au sol, dans des cellules surchargées

Par Florence SAINT-ARROMAN

Publié le 21 Novembre 2025 à 18h05

TRIBUNAL DE CHALON - Placés en détention provisoire, ils dorment sur des matelas posés au sol, dans des cellules surchargées

Ils sont si jeunes, bon sang. Majeurs certes, mais nés en 2005 pour deux d’entre eux, et en 2007 pour le dernier. Tous trois ont à répondre de faits de trafic de stupéfiants. Pour le reste ils semblent aborder la vie par une de ses faces parmi les plus démunies.

 La prévention court du 1er janvier 2025 au 21 octobre dernier. Si on a bien entendu, les drogues visées sont le cannabis et la cocaïne.

« C’est compliqué de dormir par terre, avec comment ça se passe en prison »

L’un d’eux est un « majeur protégé », sa curatrice est à l’audience. Il faut donc procéder à une expertise psychiatrique. Elle n’est pas faite. Ce prévenu est en détention provisoire. A l’origine, le juge des libertés et de la détention l’avait placé sous contrôle judiciaire (CJ). Ça a tenu six jours. « La gendarmerie est venue en surprise à mon appartement et y avait des personnes avec qui j’étais en interdiction de contact. » … Révocation du CJ, placement en prison : « On est à trois par cellule, je dors par terre. J’ai arrêté de fumer (du cannabis), j’ai un peu du mal à dormir. » En trois semaines, il n’a vu personne : ni un psychologue, ni un addictologue, ni médecin, rien. Son casier judiciaire est néant. Son père était « très violent », un de ses frères s’est suicidé. Il est proche de sa mère et de ses deux petits frères.

« C’est compliqué de dormir par terre, avec comment ça se passe en prison. Être chez soi, c’est mieux. » Oui mais voilà, quand les gendarmes ont trouvé à son domicile deux individus avec lesquels il avait l’interdiction judiciaire d’être en contact, il leur a lancé un truc du genre : Qu’est-ce que c’est que ça ? On n’a plus le droit de parler aux potes ? »

« On se retrouve à trois en cellule, c’est compliqué »

Le second dans le box porte une veste de survêtement couleur mastic et un catogan. « C’est pour dire que je ne vous mens pas, on se retrouve à trois en cellule, c’est compliqué. » Que fait-il en prison ? « Je joue aux cartes, je lis des livres, je passe le temps, je regarde la télé, je vais à l’école. » 
Son casier judiciaire est néant. Avant la détention, il vivait chez sa mère et son beau-père, il fumait de la résine de cannabis. Et maintenant ? « J’ai arrêté, c’est plus facile là-bas, pour arrêter, que quand je suis dehors. » Avant, il ne travaillait pas, n’avait aucun revenu, « je m’ennuyais ». S’il sortait de prison, il irait où ? « Je n’ai pas d’autre choix que d’aller chez ma mère. »

Le contrôle judiciaire se passe bien, deux éducateurs l’accompagnent

Le troisième est le plus jeune. Il est sous contrôle judiciaire et ça se déroule sans problème. Il est contraint à voir un psychologue (« On a un peu discuté ») et un addictologue. A son casier, deux condamnations, l’une pour violence par le tribunal pour enfant, et l’autre cette année, en juin, pour dégradation.
Il a été placé à ses 14 ans, il vit toujours en foyer, deux de ses éducateurs sont présents. Il est en relation avec sa mère. Il a un projet de CAP mais ne trouve pas de maître d’apprentissage. 
Depuis son interpellation, il a des problèmes de sommeil, il se sent « très mal ».

La procureur requiert le maintien des mesures en cours puisque l’audience est renvoyée faute de l’expertise psychiatrique.

Le tribunal maintient les prévenus sous le joug des mesures de sûreté telles qu’elles existent déjà. Renvoie l’audience à mi-décembre. 
Il est parfaitement scandaleux que d’eux d’entre eux aient à dormir par terre, dans des cellules surchargées*.

FSA

* https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2025-01/mesure_mensuelle_01012025.pdf  
https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2025-07/mesure_mensuelle_01072025.pdf 
Selon ces chiffres mis en ligne par le ministère de la justice fin janvier dernier la densité carcérale globale était de 129,3 % au 1er janvier. Cette densité contraint 4 310 détenus, davantage qu’au 1er décembre 2024, à dormir sur des matelas posés à même le sol. La densité carcérale atteint 156,5 % en maison d’arrêt, où sont incarcérés les détenus en attente de jugement, donc présumés innocents, et ceux condamnés à de courtes peines.
Au 1er juillet 2025 on comptait 5 828 matelas au sol, ainsi que 24 409 détenus en surnombre. 
Des hommes politiques qui récemment se sont sans vergogne épanchés sur l’horreur de l’incarcération, sa dureté, ont pourtant, eux, été protégés de ces réalités. Deux jeunes hommes dont l’un est un majeur protégé, détenus ici, ne reçoivent pas autant d’égards. La surpopulation carcérale est un problème constant, en France.