Bresse Chalonnaise
Accident de la circulation - « Quelques secondes suffisent ! On n’est jamais à l’abri… »
Par Florence SAINT-ARROMAN
Publié le 01 Décembre 2025 à 10h42
Une bressane a répondu ce 27 novembre de blessures involontaires par conducteur et de conduite sans assurance.
La façon dont elle raconte l’enchaînement de circonstances qui l’ont menée à la barre de l’audience d’homologation, évoque un film dont le personnage principal crierait « Rembobinez ! ».
La prévenue vit dans une toute petite commune hors attraction d’une ville. La plus proche, c’est Saint-Germain du Bois. Elle travaille, n’a pas de casier.
On prend les choses dans l’ordre où elle les déroule :
D’abord un couple et une vie de famille. Elle met au monde six enfants. Le couple se sépare. Les enfants ont grandi, ils font des études. « Je ne voulais pas qu’ils démarrent dans la vie active avec un crédit. » Alors la femme fait son maximum pour les aider. « C’est dur, matériellement. »
La juge l’interroge : « Vous avez demandé de l’aide ? – Je n’y ai pas pensé. » La prévenue exerce un métier au service des autres. Elle n’a pas pensé que ça puisse fonctionner aussi pour elle, d’être aidée ?
Un encaissement trop rapide et c’est le coup dur
En 2024, l’école (une école qu’on intègre sur concours, et dont le coût à l’année varie entre 2500 euros et 3000 euros) d’un de ses enfants encaisse d’un seul coup les différents chèques qui couvraient les frais annuels et qui auraient dû être débités au fur et à mesure des mois. Le coup de massue est massif.
La mère n’est plus en mesure de faire face à ses charges et en 45 jours cumule les impayés, dont l’assurance de sa voiture. Du coup elle dit qu’elle utilisait celle de son fils, sauf le 7 avril. Le fils ne peut pas lui prêter son véhicule. Elle doit se rendre à 30 minutes de là pour aider une de ses filles, c’est urgent. Alors elle prend sa voiture.
« Si elle n’avait pas calé, il n’y aurait pas eu d’accident »
Sur la route qui mène chez sa fille, un virage, un petit pont, un muret qui gêne la visibilité et un STOP. La femme s’arrête. Elle laisse passer plusieurs motards et une voiture. Elle ne voit pas le couple qui arrive en moto. Elle s’engage. Son pied « glisse sur la pédale d’embrayage » : elle cale. La moto du couple percute le véhicule arrêté au milieu de la voie.
« C’est allé tellement vite… » L’homme et la femme, les motards, sont blessés. Rien de mortel heureusement mais des ITT de 45 jours. La femme dit qu’elle a appelé l’hôpital le soir-même, deux fois, pour prendre des nouvelles des blessés mais « on ne m’a rien dit, je n’avais même pas les noms ». Elle rappelle le lendemain matin, en vain aussi. « Depuis, je me sens mal. Quand je vais chez ma fille, je fais un détour. »
Elle avait rendez-vous quelques jours plus tard pour régulariser les deux mensualités non payées de son assurance auto. Et, ajoute maître Mortier-Krasnicki : « Si elle n’avait pas calé, il n’y aurait pas eu d’accident. »
Les victimes ne sont pas là, on suppose qu’elles ont pu faire jouer le fonds de garantie* pour être indemnisées.
De la prison avec sursis, et un cumul de coûts pour 650 euros
Le procureur de la République a proposé à cette femme sans casier judiciaire la peine suivante : 6 mois de prison avec sursis, une amende de 200 euros, et un stage de sensibilisation à la sécurité routière, à ses frais – le prix moyen est de 200 euros - (600 euros d’amende si elle ne le fait pas). En outre, elle devra payer le droit fixe de procédure de 254 euros.
La juge homologue la peine, non sans avoir constaté ce que nous savons tous : « Quelques secondes suffisent ! On n’est jamais à l’abri… »
FSA
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