Saône et Loire économie

"Trop souvent les entrepreneurs sont livrés à eux-mêmes, sans parachute... et la chute est douloureuse. On est là pour eux" précise Frédéric Liotard, Président régional BFC de 60 000 rebonds

"Trop souvent les entrepreneurs sont livrés à eux-mêmes, sans parachute... et la chute est douloureuse. On est là pour eux" précise Frédéric Liotard, Président régional BFC de 60 000 rebonds

L'association nationale créée en 2012 poursuit son développement dans la région Bourgogne-Franche Comté. Rencontre avec Frédéric Liotard, Vice-Président national de 60 000 rebonds.

La mise en avant de chefs d'entreprise qui réussissent, créent des emplois, de la richesse sur un territoire, est presque une évidence, et d'une facilité quasi déconcertante lorsque vous abordez le sujet en tant que journaliste. Pour autant, combien d'entre-eux passent sous les radars lorsque leurs entreprises ferment. Quels regards portent la société sur ceux qui déclarent forfait et mettent la clé sous la porte ? Si dans l'économie anglo-saxonne, l'échec est source d'apprentissage des erreurs à ne pas commettre, la société française est bien plus intransigeante vis à vis de celles et ceux qui échouent. Une période de déchirements,de relégation sociale et d'abandon frappant les chefs d'entreprise, année après année. 

"Avec 60000 rebonds, c'est d'abord une écoute, une prise en compte de l'ensemble des paramètres afin de permettre au chef d'entreprise, ayant mis la clé sous la porte de rebondir vers d'autres horizons. Des horizons qui peuvent être le salariat mais aussi la création d'une nouvelle entreprise" précie Frédéric Liard, Vice-Président national de l'association 60 000 rebonds.

"C'est d'abord et avant tout une reconstruction personnelle" pour Isabelle Savalli

La référente départementale de 60 000 rebonds en Saône et Loire, Isabelle Savalli, se veut très claire, dans sa mission d'accompagnement totalement bénévole, " 60 000 rebonds permet de sortir de l’isolement, de retrouver confiance, de  énergie et de bénéficier de conseils avisés par toute une série de professionnels et de parrains. C'est un accompagnement servant de fondation à la reconstruction personnelle et professionnelle pour repartir de l'avant".

Un binôme pour chacun des postulants

"Faire comprendre que les chefs d'entreprise ne sont pas livrés à eux-même, il y a une vraie solidarité. On n'est pas là pour donner des leçons de gestion ou raconter nos expériences" assurent en choeur les parrains. Ecoute et bienveillance ne sont pas des actions galvaudées mais bien au coeur de chacune des actions. Si les séances collectives mensuelles, réunissant l'ensemble des participants donnent l'impression d'une séance de psychothérapie collective, il n'en demeure pas moins qu'elle fait du bien. Il suffit pour s'en convaincre d'échanger un court instant avec les participants, pour comprendre tout le poids social pesant sur leurs épaules, et la charge mentale avec laquelle ils doivent désormais évoluer socialement. 

"Pousser avec de l'élan pour un nouvel envol"

A Chalon-sur-Saône, parler d'élan, il n'y a rien de plus naturel, mais accompagner de manière professionnelle et cadrée, des chefs d'entreprises dont l'échec leur colle à la peau, est un vrai sacerdoce. Pour chacune des personnes accompagnées, 60 000 rebonds propose un coach certifié et un parrain, un binôme permettant une reprise en main complète "pour reprendre de l'élan et s'envoler" insistent Frédéric Liotard et sa binôme départementale, Isabelle Savalli. "On s'adresse à toutes les personnes ayant perdu leurs entreprises, artisans, commerçants, dirigeant de TPE ou autres, en dehors des exploitations agricoles". 

En Saône et Loire, plus d'une centaine de personnes ont franchi les portes de 60 000 rebonds, pour au-moins avoir une oreille attentive, bien loin de la seule déconsidération administrative, plus enclin à réclamer son dû. 

"Bienveillance et sans jugement"

Il suffit d'échanger un court instant avec les participants de la réunion mensuelle, pour comprendre en un claquement de doigts, toute l'importance d'un tel positif, reposant quasi exclusivement sur la solidarité et le bénévolat des autres. Tous s'accordent d'ailleurs à dire que la descente aux enfers est à la porte de chacun. L'émotion est vive, et à tout moment, les sanglots pointent, tant le poids de l'échec colle à la peau. "On est dans la bienveillence, sans aucun jugement. Ce sont de grands moments de solitude auxquels ils doivent faire face, sans aucun accompagnement de la Société" insiste Isabelle Savalli. "C'est un espace de sérénité nécessaire, d'autant plus quand vous avez été chahuté, au milieu d'une tempête. Il faut aider à prendre du recul et de la hauteur, pour les projeter dans le futur, sans aucun jugement". 

"On a la joie de se retrouver une fois par mois"

Les témoignages sont touchants et très marqués par la sincérité de leurs propos, "c'est une béquille. On a la joie de se retrouver et partager nos expériences" insistent les participants de 60 000 rebonds. "C'est un temps d'échange indispensable" rajoute une autre participante. 'On a été meurtrie. On ne s'est pas trop comment s'y prendre face à l'échec. Il y a un sentiment de honte, le regard de l'autre omniprésent. On doit se réapproprier notre propre image. On arrive à un stade où on se dit qu'on ne vaut plus rien" avant que 60 000 rebonds intervienne, pour ouvrir de nouvelles perspective et éclairer de nouveaux horizons.

Vous souhaitez en savoir plus sur 60 000 rebonds ? Vous souhaitez vous engager avec eux, donner du temps pour les autres ou tout simplement bénéficier du dispositif ? 

Laurent GUILLAUMÉ