Chalon sur Saône

Tacles assassins dans La famille de Timsit et Demaison…

Tacles assassins dans La famille de Timsit et Demaison…

Pour leur retour aux affaires, les Théâtrales de Chalon-sur-Saône ont, et c’est devenu tellement banal au fil des ans, fait salle comble, ce mercredi 10 décembre à l’Espace des Arts. Sous la protection de Patrick Timsit, François-Xavier Demaison, Claire Nadeau, et Jackie Berroyer, les propagandistes de la pièce La famille, de Samuel Benchetrit.

Deux frères à couteaux tirés se rendant coup pour coup

Il est de coutume de croquer à pleines dents les différents plateaux des Théâtrales en usant de la machine à rire. Mais cette fois ce fut un changement radical de décor, l’amusement de tous les instants, la comédie en bonne et due forme, s’effaçant respectueusement au profit du même genre, à ossature dramatique. Certes, la rigolade n’a pas été hégémonique, toutefois a-t-elle néanmoins, lorsque les circonstances l’exigeaient, joué sa partition. Car là n’était pas le centre névralgique, le curseur se positionnant sur les rapports tendus entre deux frères, une querelle intestine de longue date

. Au grand dam des parents (Jackie Berroyer et Claire Nadeau) qui ont fait tout leur possible, maladroitement quelquefois, pour tenter de réparer la fracture béante…Cette vilaine chape de plomb qui n’en finit plus, a les relents nauséabonds du dialogue de sourds, les stigmates de ce passif accablant ne l’envoyant pas dire. Les souffrances endurées, la forme d’invisibilité générée par le fait qu’ils ne se sont jamais aimés, donnent lieu à une tension palpable. Le public compte les coups, à grands coups de silences pesants, lourds de sens, lesquels font grand bruit dans les cerveaux !

Alors, quand Jérôme (François-Xavier Demaison ) prend énormément sur lui-même afin de requérir l’approbation de Max (Patrick Timsit), les choses commencent à se gâter…la faveur à accorder s’avère d’importance ; jamais elle n’a fait l’objet d’une supplique au sein de la fratrie. Elle se traduit par une demande de don d’organe, un rein en l’occurrence, pour que Jérôme puisse continuer d’héberger la vie…L’épouse du solliciteur (Kate Moran) entre également dans la danse macabre, de façon nuancée au départ, puis dans un style plus emporté…

Dans cet écheveau inextricable on a déblatéré, vidé son sac, privilégié la guerre des nerfs. En vue de partir sur une bonne note, l’allégorie devait surgir à point nommé. Et la reconstruction relationnelle, ce chantier titanesque, d’obtenir enfin l’aval des deux parties en présence. Pour un monde meilleur que rien ne saurait entacher après tant de coups fourrés à la nuisibilité ravageuse …

                                                                                                                        Michel Poiriault

                                                                                                                        [email protected]