Cinéma
La Bobine célèbre la diversité pour sa 29ème soirée du court-métrage au Mégarama Chalon
Par Karim BOUAKLINE-VENEGAS AL GHARNATI
Publié le 12 Décembre 2025 à 11h00
Pour sa 29ème édition, La Bobine a animé le Mégarama Chalon avec une soirée dédiée à l'originalité et à la diversité des courts-métrages. Plus de détails avec Info Chalon.
Jeudi 4 décembre 2025, à 19 heures précises, la 29ème édition de la soirée des courts-métrages de La Bobine a de nouveau rempli une salle du Mégarama, fidèle à une tradition désormais bien ancrée dans le paysage culturel chalonnais.
Animée par Gilles Colpart, spécialiste du genre et passeur de cinéma, bien connu du public chalonnais et des habitués de l'association, la soirée s'est déroulée en présence de Florence Fauquet et Guillaume Rieu, réalisateurs invités, de Philippine Devouard, assistante mise en scène, et de Chantal Thévenot, la présidente de La Bobine.
Une fois encore, le court-métrage a démontré «sa grande diversité, quelles que soient les circonstances», mêlant visions singulières, sujets graves, humour et audaces formelles. Huit films étaient programmés, grâce au soutien du Grand Chalon.
Fidèle à l'association depuis de nombreuses années, Gilles Colpart présente et anime régulièrement les soirées des courts-métrages de La Bobine, assurant le lien entre les films, les invités et le public. Son rôle consiste à contextualiser les œuvres, introduire les réalisateurs présents et favoriser les échanges après les projections.
Figure discrète mais essentielle de ces rendez-vous, il contribue à donner aux soirées de La Bobine leur ton convivial, accessible et cinéphile, apprécié des spectateurs.
Huit courts-métrages, deux réalisateurs invités
• «1432» — Alix Poisson (2023, 24 minutes)
La soirée s'est ouverte sur ce premier film de l'actrice Alix Poisson, connu notamment pour «Micmacs à tire-larigot» ou «Quai d'Orsay», ainsi que pour ses nombreuses collaborations télévisuelles avec Jean-Xavier de Lestrade.
Synopsis : Max (Jérémy Lopez, sociétaire de la Comédie-Française) s'apprête à monter sur scène lorsqu'il reçoit un appel de Philippe Gasteuil (Patrick Descamps), le «monstre» qui a hanté son enfance. Sous le choc et en pleine crise d'épilepsie, il va puiser dans son jeu pour affronter ce passé qui revient brutalement… mais osera-t-il aller jusqu'au bout ?
Le titre, «1432», n'évoque pas une date mais un décompte en jours, reflet d'une démarche très personnelle. Le film porte l'empreinte du travail d'enquête sociale qui caractérise l'univers de Jean-Xavier de Lestrade, dont Alix Poisson est la comédienne fétiche et... la compagne. Récompensée à Séries Mania et à Luchon (Haute-Garonne), marraine de l'association L'Enfant bleu, l'actrice signe ici un premier film salué pour sa justesse et sa maîtrise formelle.
• «Karatéka» — Florence Fauquet (2024, 17 minutes)
Invitée de la soirée, Florence Fauquet a présenté son court-métrage «Karatéka», où elle interprète l'un des deux rôles principaux.
Synopsis : Gabrielle et Alix s'affrontent en finale d'un championnat régional de karaté. Lorsque Gabrielle découvre qu'elle a ses règles au pire moment, l'équilibre du combat bascule. Cette situation imprévue amène les deux jeunes femmes à comprendre qu'elles sont finalement dans la même «équipe».
Le film s'inscrit dans la lignée des œuvres évoquant les représentations du corps féminin, thématique débattue notamment lors de la table ronde «Sang tabou» du festival Fenêtres sur court(s) 2024. Florence Fauquet, passée par le Cours Florent puis par l'école Kourtrajmé, est déjà remarquée pour ses réalisations («Free the nipples», «Je suis à l'endroit» — Prix Nikon 2017) comme pour son jeu (Prix Adami d'interprétation à Clermont-Ferrand 2016).
Ceinture noire de karaté, elle nourrit ce film d'une expérience intime du sport et s'apprête désormais à tourner son premier long métrage.
Les autres films au programme
• «Blueberry summer» — Masha Kondakova (2024, 18 minutes)
Réalisé en 2024, «Blueberry summer» confirme le regard sensible de la cinéaste ukrainienne Masha Kondakova, déjà remarquée pour ses portraits de personnages en quête de liberté. Le film suit Ksyusha, une adolescente qui passe l'été à cueillir des myrtilles dans une forêt aux abords de Kiev, dans l'attente du retour de Misha, son amour. Ce quotidien apparemment immobile devient le terrain d'un éveil intérieur, où les premières émotions, l'attente et le désir se mêlent à une douce mélancolie.
Porté par une lumière estivale délicate et un rythme contemplatif, le court-métrage privilégie les sensations et les silences. À travers une chronique intime filmée avec pudeur, Masha Kondakova installe peu à peu une tension sourde, laissant pressentir qu'à mesure que l'été s'achève, une bascule irréversible se prépare. Entre drame discret et poésie visuelle, «Blueberry summer» s'impose comme une œuvre d'atmosphère, qui a retenu l'attention du public de La Bobine, plongé dans un silence attentif lors de la projection.
• «La réputation» — Emmanuel Mouret et Carmen Leroi (2024, environ 16 minutes)
Avec «La réputation», Emmanuel Mouret s'associe à la jeune réalisatrice Carmen Leroi pour une collaboration rare, qui concentre en quelques minutes l'essence de son cinéma. À partir d'un récit volontairement simple, le film explore avec une grande finesse les thèmes familiers de Mouret : la maladresse sentimentale, le désir naissant, les silences éloquents et les malentendus qui façonnent les relations humaines.
Porté par des dialogues d'une précision presque musicale, le court-métrage observe ses personnages avec une distance douce et bienveillante. L'humour, feutré et subtil, naît autant des mots que des regards et des hésitations. Sans jamais appuyer son propos, «La réputation» dresse un portrait délicat des jeux sociaux et affectifs, offrant au public une comédie miniature élégante, chaleureusement accueillie lors de la projection.
• «Les cahiers au feu» — Claude Duty (2024, 25 minutes)
Avec «Les cahiers au feu», Claude Duty, figure reconnue d'un cinéma burlesque et volontiers décalé, signe un court-métrage qui prolonge son goût pour l'absurde et la fantaisie. À travers une situation en apparence simple, le réalisateur convoque les souvenirs d’école, la mémoire collective et l'imaginaire enfantin, qu'il détourne avec une liberté réjouissante.
Le film navigue entre satire douce-amère et humour assumé, porté par une mise en scène inventive où se mêlent couleurs vives, trouvailles visuelles et dialogues au pince-sans-rire caractéristique. Fidèle à son univers, Claude Duty joue avec les codes, installe un décalage permanent et fait surgir le rire là où on ne l'attend pas toujours. Cette proposition légère mais finement construite a suscité plusieurs rires francs dans la salle, offrant une respiration bienvenue au sein d'une programmation riche et variée.
• «Mort d'un acteur» — Ambroise Rateau (2025, 22 minutes)
Avec «Mort d'un acteur», Ambroise Rateau propose un court-métrage sombre et grinçant, à la frontière du film noir et de la satire, qui interroge frontalement sur le rapport à l'ego et la violence symbolique du monde médiatique. Le point de départ, aussi absurde que cruel, donne le ton : Philippe Rebbot est annoncé mort par les médias et les réseaux sociaux, alors qu'il se porte parfaitement bien. Malgré ses tentatives pour démentir l'information, la rumeur enfle et lui échappe.
À partir de cette situation kafkaïenne, le film explore les mécanismes de l'emballement médiatique, la perte de contrôle de l'image publique et la fragilité de l'identité d'acteur. Servi sur un plateau par Philippe Rebbot, aux côtés de Finnegan Oldfield, Marc Riso et Afrika Baso Gohier, le récit gagne en intensité au fil des minutes. Ambroise Rateau joue habilement avec les codes du théâtre et du cinéma, brouillant les frontières entre rôle et réalité, vérité et représentation.
Porté par une écriture acérée, une mise en scène nerveuse et un final ironique, «Mort d'un acteur» s'impose comme l'une des propositions les plus sombres de la soirée, saluée par un public attentif et réceptif.
• «Don Quichotte contre les forces du mal» de Guillaume Rieu (réalisateur invité)
Chacun de ces films a contribué à illustrer la richesse du format court, entre comédie débridée, portraits sensibles et expérimentations audacieuses.
Une édition qui confirme la vitalité de La Bobine
Au fil des présentations et échanges avec le public, la soirée a rappelé l'importance de La Bobine dans la diffusion du court-métrage en Bourgogne. Pour Chantal Thévenot, sa présidente, cette 29ème édition conforte la vocation première de l'association : offrir un espace à des œuvres rares, soutenir les créateurs émergents et proposer un moment de rencontre autour du cinéma indépendant.
Rendez-vous est déjà pris pour la 30ème soirée, attendue avec une curiosité accrue.
Avec cette 29ème soirée des courts-métrages, La Bobine confirme une nouvelle fois son rôle essentiel dans la diffusion du cinéma indépendant à Chalon-sur-Saône. En offrant au public une programmation exigeante mais accessible, portée par la présence de réalisateurs et par des échanges nourris, l'association chalonnaise pour le cinéma démontre que le court-métrage reste un terrain d'expérimentation vivant, capable d’émouvoir, de faire rire et de questionner. Un rendez-vous culturel désormais incontournable, qui donne déjà envie de découvrir la prochaine édition.
(Plus de détails à paraître dans cet article)
Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati
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