Chalon sur Saône

Les artisans du bâtiment tirent la sonnette d'alarme devant la sous-préfecture de Chalon-sur-Saône

Par Karim BOUAKLINE-VENEGAS AL GHARNATI

Publié le 18 Décembre 2025 à 12h00

Les artisans du bâtiment tirent la sonnette d'alarme devant la sous-préfecture de Chalon-sur-Saône

Les artisans du bâtiment ont manifesté devant la sous-préfecture pour dire leur ras-le-bol face à des dispositifs jugés inadaptés et et une situation économique devenue critique. Plus de détails avec Info Chalon.

À l'appel de la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (CAPEB), les artisans du bâtiment se sont mobilisés partout en France ce mercredi 17 décembre. Objectif : alerter les pouvoirs publics sur une situation devenue critique pour les entreprises artisanales, confrontées à des dispositifs jugés inefficaces, instables ou inadaptés à la réalité du terrain.

Sur les 93 CAPEB départementales, 78 % ont organisé des rassemblements devant les préfectures et sous-préfectures, soit une trentaine d'actions sur l'ensemble du territoire. À Chalon-sur-Saône, les artisans du Chalonnais se sont réunis devant la sous-préfecture, arborant un drôle d'arbre de Noël, symbole d'un secteur à bout de souffle.

Une délégation reçue par le sous-préfet
La mobilisation chalonnaise s'est tenue en présence de Denis Guigue, artisan menuisier et président de la CAPEB 71, Sandrine Eudo, conjointe d'artisan dans une entreprise de chauffage et 1ère vice-présidente de la CAPEB 71, Toni Spinazze, artisan électricien et président de l'U2P 71, ainsi qu'Emmanuel Leblanc, secrétaire général de la CAPEB 71.

Une délégation a été reçue par Olivier Tainturier, le sous-préfet de l'arrondissement de Chalon-sur-Saône, à qui les représentants ont fait part du profond malaise qui traverse la profession.

Le slogan affiché résume l'état d'esprit du moment :
«Le bâtiment bosse, le bâtiment subit, le bâtiment en a marre !»

MaPrimeRénov' et REP : des dispositifs pointés du doigt
Au cœur des revendications, MaPrimeRénov', un dispositif d'aide à la rénovation énergétique devenu, selon les artisans, «totalement illisible», et la REP Produits et Matériaux de la Construction du Bâtiment (PMCB), jugée inadaptée aux réalités du terrain.

«Depuis des mois, nous alertons sur l'instabilité et l'inefficacité de certains dispositifs. Le marasme politique actuel n'incite plus les particuliers à investir dans les travaux», déplore la CAPEB. Résultat : un climat de défiance généralisé, qui freine les projets et fragilise l'activité.

La confédération dénonce également le développement incontrôlé des micro-entreprises, qui nourrit la précarité du secteur et déséquilibre la concurrence.

Une activité en recul et des emplois perdus
Cette mobilisation nationale fait écho aux résultats d'une consultation menée par la CAPEB auprès de ses adhérents. Le constat est sans appel : depuis deux ans, l'activité des entreprises artisanales du bâtiment recule, aussi bien dans le neuf que dans la rénovation.

En deux ans, 40 000 emplois ont été perdus au niveau national, dans une relative indifférence, selon la profession. «La situation est devenue critique», alertent les représentants syndicaux.

Instabilité politique, décisions jugées «incompréhensibles» (fiscalité, micro-entreprises), dispositifs «mal calibrés» (MaPrimeRénov'), ou encore absence de réformes attendues (RGE, logement, simplifications administratives, REP PMCB) : l'accumulation de ces facteurs pèse lourdement sur l'activité et les marges des artisans, générant une exaspération croissante.

Des revendications claires adressées à l'État
À travers cette mobilisation, la CAPEB entend faire prendre conscience au gouvernement de l'ampleur du mécontentement et obtenir enfin des mesures concrètes pour le secteur.

Parmi les principales revendications figurent :
 une refonte de MaPrimeRénov' pour un dispositif plus lisible et plus stable;
• un assouplissement de l'accès à la qualification RGE, notamment via la validation des acquis de l'expérience (VAE);
•  la mise en avant d'un parcours de rénovation par étapes;
•  une remise à plat de la REP bâtiment, jugée déconnectée des réalités de terrain.

Le message est clair : les artisans demandent des dispositifs publics simples, efficaces et durables.

«Les artisans du bâtiment méritent mieux. Ils méritent d’être entendus», martèle la CAPEB.

L'artisanat du bâtiment, un poids lourd en Saône-et-Loire
En Saône-et-Loire, l'artisanat du bâtiment représente un pilier majeur de l'économie locale. La CAPEB 71 défend les intérêts de 5158 entreprises artisanales, soit 98 % des entreprises du bâtiment dans le département.

Parmi elles, 3164 artisans «classiques» et 1994 micro-entrepreneurs, dont 67,4 % sont sans salarié. Le secteur emploie 8659 salariés BTP en Saône-et-Loire, dont 5500 dans l'artisanat du bâtiment, et forme 600 apprentis.

À l'échelle nationale, l'artisanat du bâtiment représente 61 % des salariés de la branche, 70 % des apprentis et 60 % du chiffre d'affaires du bâtiment, soit 83,6 milliards d'euros.

La CAPEB 71 compte 1220 adhérents, appuyés par 28 administrateurs et 8 collaborateurs permanents.

Un poids économique considérable, aujourd'hui fragilisé, que les artisans entendent bien défendre.

À travers cette mobilisation, les artisans du bâtiment espèrent désormais des réponses concrètes de l'État afin de redonner de la visibilité, de la stabilité et de la confiance à un secteur essentiel de l'économie locale et nationale.

 

Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati