Chalon sur Saône
« Ce que j’ai vu à Auschwitz, Les Cahiers d’Alter », présentés par Roger Fajnzylberg au lycée Hilaire de Chardonnet
Par Nathalie DUNAND
Publié le 22 Décembre 2025 à 16h54
Laëtitia Pelletier, professeure d’histoire-géo dans ce lycée chalonnais, a invité Roger FAJNZYLBER à partager aux élèves de terminale une histoire bouleversante : le témoignage de son père, Alter, rare survivant des Sonderkommando dans le camp d’Auschwitz-Birkenau.
C’est dans le cadre du « devoir de mémoire », au programme de terminale, que s’est organisée cette rencontre, le 11 décembre dernier, en présence de différentes classes de lycéens. Deux conférences, des heures d’échanges intenses et essentielles qui marqueront – dans le bon sens – leur auditoire. Élie Wiesel écrivait : « Ceux qui ne connaissent pas leur histoire s’exposent à ce qu’elle recommence… » C’est dire l’importance de cette transmission, l’importance de la tâche des enseignants.
L’indicible doit être transmis
C’est un devoir pour Roger Fajnzylberg, comme ça l’a été pour son père. Alter Fajnzylberg, rescapé d’Auschwitz, a été au plus près de l’horreur, assigné au travail le plus ignoble des camps d’extermination : les Sonderkommandos. Nous parlons de ces déportés, choisis d’office pour évacuer les cadavres des chambres à gaz, prélever tout ce qui était commercialisable par les Allemands (dents en or, bijoux, cheveux) avant de les faire disparaître dans le crématorium. Car la “Solution finale” pensée par les nazis – destruction massive et planifiée de tous les juifs d’Europe – ne devait laisser aucune trace dans l’Histoire : on faisait disparaître les cadavres et l’on supprimait les témoins directs, les déportés des Sonderkommandos.
Alter Fajnzylberg, jeune juif polonais, militant communiste, a survécu à tout, jusqu’à la marche de la mort ; il est l’un des rares survivants des Sonderkommandos.
Ce que j’ai vu à Auschwitz, Les Cahiers d’Alter (Seuil, 2025)
Dès 1945-1946, Alter Fajnzylberg a consigné minutieusement tout ce qu’il a vu et vécu, pendant les 18 mois dans les Sonderkommandos, sur les trois années passées à Auschwitz-Birkenau : les scènes d’horreur quotidiennes, mais aussi l’esprit de résistance qui animait les déportés conduits à la mort. Quatre cahiers d’écolier, enfermés dans une boîte à chaussures, pour lutter contre l’incrédulité, le déni, l’oubli. Apporter les preuves effacées par les Allemands.
Il a fallu des décennies à son fils unique, Roger, pour oser ouvrir la boîte contenant les lourds secrets… Et un travail de dix années de transcription et de recherches, avec l’aide de l’historien Alban Perrin, avant que le livre voie le jour aux éditions du Seuil.

Dans sa préface, Serge Klarsfeld, souligne que cet ouvrage est « une contribution exceptionnelle à l’histoire de la Shoah ». Et en effet, sa publication a reçu le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.
Deux conférences devant des classes de Terminale
Laëtitia Pelletier, à l’initiative de cette rencontre, se dit fière des élèves : « Ils ont écouté attentivement, dans une atmosphère respectueuse. Et ils ont posé de bonnes questions » : « Comment votre père a-t-il fait pour survivre à tout ça, les Sonderkommandos, la marche de la mort ? », des questions touchantes, aussi « Et vous, avez-vous eu une enfance heureuse malgré vos deux parents déportés ?
Roger FAJNZYLBERG a expliqué le poids des non-dits, des secrets – les parents changeaient de langue parlaient polonais lorsqu’ils évoquaient ce vécu avec leurs amis. Même le poids du silence est perceptible pour un enfant.
« Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de lire ces cahiers ? »
Des questions plus légères, aussi : « Comment se sont rencontrés vos parents ? D’où vient votre propre engagement ? » Roger FAJNZYLBERG s’est très tôt engagé dans le militantisme, avant de devenir maire de Sèvres.
« Il a été très généreux dans ses échanges avec les élèves, ne refusant aucune question. C’est aussi le sentiment de mes élèves », conclut Laetitia Pelletier.
Le “devoir de mémoire”
Préparée en amont, suivie d’un travail sur le livre – disponible au CDI –, cette rencontre intense est une pierre à l’édifice de la transmission.
« L’année dernière, nous avons invité Raymond Reynaud, un ancien déporté et fils de déporté de Buchenwald. Je pense très important de pouvoir écouter les anciens survivants. »
En janvier 2025, ils ont assisté à la projection d’un documentaire poignant de Jean-Marie Montali : Pourquoi ? Visages de la Shoah.
Récemment, avec leurs professeurs et d’autres classes du lycée Niépce, les élèves sont allés visiter Struthof, le seul camp de concentration nazi en France.
La transmission de la mémoire est une chaîne entre les générations, qu’aucune ne doit rompre. Les lycéens auront à préparer des interviews pour le journal du lycée, dont Infochalon se fera volontiers l’écho, tant les mots prononcés devant eux par Montali étaient justes : « Ce qui menace la mémoire de la Shoah, c’est l’oubli et l’indifférence. L’indifférence, c’est le début de la complicité ».
Par Nathalie DUNAND
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