Edito

Si vis pacem, para bellum

Si vis pacem, para bellum

La confirmation de la volonté d'un nouveau porte-avions, déjà annoncé dans le cadre de la loi de programmation militaire 2019-2025 est un enjeu national, pour la France qui dispose du plus grand espace maritime au monde.

Oui la facilité est sans doute de pointer du doigt l'annonce (la ré-annonce) du nouveau porte-avions d'ici 2038. Bien sûr que la somme de 10 milliards injectés dans ce navire de guerre est à mettre en comparaison avec le nombre d'hôpitaux publics que l'on pourrait construire. Oui, on peut mettre en comparaison avec le nombre d'écoles qu'on pourrait élever... Tout est à mettre en comparaison en fait mais est-ce que la comparaison vaut raison ? 

On l'a déjà écrit, ici même, à maintes reprises. Le monde bouge, bien plus vite qu'on l'imagine. Les grandes puissances mondiales s'équipent, en vue d'une recomposition des grands équilibres géopolitiques à venir. Si certains font le pari de la collaboration internationale pour prévenir les risques futurs, on est de ceux qui considère que si la France veut maintenir sa capacité à garantir sa place parmi les grands de ce monde, cela passe par sa capacité de dissuasion militaire, et d'autant plus avec le plus grand espace maritime au monde à gérer.

Là, encore la facilité pourrait être de nous placer sous le parapluie des contribuables américains, en étant persuadé que ce parapluie nous protégerait. Evidemment que l'Appel à la Paix doit primer sur tout autre politique sauf qu'il est plus facile de parler de paix quand vous avez à portée de mains, les outils nécessaires pour vous faire respecter. 

Bien sûr qu'on peut très bien faire le choix de tourner le dos à cette économie, alors que la France fait figure de 2e vendeur d'armes au monde, très loin derrière les USA, une économie, en manque de bras, et qui génère plus de 30 milliards d'euros de chiffre d'affaire. Bien sûr qu'on pourrait finalement déléguer notre protection à d'autres, à l'Europe ? aux Etats-Unis comme ont pu le faire des pays comme le Costa-Rica ou le Panama désormais sans armées et sous protection américaine ? D'autres diront que la guerre entraîne la guerre, sauf que c'est oublier que c'est l'essence même de l'individu, que de jalouser, d'envier et de convoiter la possession de l'autre.  Et oui bien sûr, qu'il existe des exceptions à tout ce que nous écrivons, fort heureusement.

Il n'en demeure pas moins que la France comme tout autre pays, a besoin d'un cap, d'une ligne directrice, d'une cohérence des politiques publiques, et surtout l'indépendance des prises de décision. Une indépendance qui passe par la maîtrise technologique et scientifique, la maîtrise énergétique et bien sûr une maîtrise militaire avec le risque de s'enfoncer toujours un peu plus dans le déclassement international.

 A l'heure, où tous les pays du monde s'équipent, où les conflits armés n'ont jamais été aussi nombreux, quelque soit le continent, la France peut-elle rester sur le bord de Seine, siroter son expresso et attendre que les choses se passent ? Et puis  si vis pacem, para bellum finalement, depuis les temps et les temps. 

Laurent GUILLAUMÉ