Quand l'écran s'éteint un peu plus...

Par Karim BOUAKLINE-VENEGAS AL GHARNATI

Publié le 02 Janvier 2026 à 05h00

Quand l'écran s'éteint un peu plus...

La disparition, au 31 décembre 2025, de plusieurs chaînes emblématiques des bouquets TV ravive une nostalgie tenace, celle d'une télévision de rendez-vous, supplantée par les plateformes et les usages numériques. Plus de détails avec Info Chalon.

Il suffit parfois de quelques noms pour faire remonter une vague de nostalgie. Game One, MTV Hits, J-One, Paramount Network… Depuis le 31 décembre 2025 à 23 heures 59, ces chaînes ont disparu des bouquets de Canal+, Free, Orange, SFR ou Bouygues Telecom. En les lisant, beaucoup ont senti passer un frisson familier. 

Un souvenir de jeunesse, de soirées passées devant un écran qui n'était pas encore un choix infini, mais un rendez-vous.

Il fut un temps où la télévision donnait l'heure commune. Même journal, même générique, même silence dans les rues à 20 heures. La télévision classique n'était pas qu'un écran, c'était un rythme collectif, une façon d'habiter le temps ensemble. On ne choisissait pas tout, mais on partageait beaucoup.

Puis est venue l'ère des plateformes et des réseaux sociaux. L'ère du flux permanent, du contenu à la demande, de l'algorithme qui remplace le programmateur. Tout est disponible, tout de suite, partout. On zappe sans quitter son canapé, on regarde seul ce que des millions regardaient ensemble hier. Le progrès est réel, le confort indéniable. Mais quelque chose s'est effiloché en chemin.

Les sept chaînes disparues ne sont pas des canaux obscurs que personne ne regardait. Elles s'adressaient parfois à des niches, certes, mais elles ont accompagné plusieurs générations et fait naître de véritables communautés.

Lancé en 1998, Game One a été pendant plus de 27 ans une porte d'entrée vers la culture vidéoludique, bien avant Twitch et YouTube. Arrivée en 2013, J-One a ouvert une fenêtre sur les animés japonais et la culture asiatique. MTV Hits et BET ont rythmé les années 2010 à coups de clips, de musiques, de styles et de références communes. Paramount Network, digne héritière de Paramount Channel, incarnait, quant à elle, encore une certaine idée du cinéma et des séries à heure fixe.

Leur disparition marque un tournant dans le paysage audiovisuel français. Elle s'inscrit dans une tendance lourde : le recul de la télévision linéaire face à la montée en puissance de la SVOD et des usages numériques. Les grands groupes ne raisonnent plus en chaînes, mais en plateformes, en abonnés, en catalogues mondialisés.

Depuis le 1er janvier 2025, il flotte ainsi comme un air de nostalgie dans le monde de la télé et, pour certains, un terrible sentiment de gâchis. La nostalgie de la télévision classique n'est pas celle de la technique (image moins nette, choix limités) mais celle du lien. De l'attente avant une émission, de la discussion le lendemain, de cette culture partagée qui fabriquait du commun sans même y penser.

Ce n'est pas un retour en arrière que réclame cette mélancolie, mais un rappel. La télévision n'était pas seulement un contenu à consommer. Elle était un lieu de rendez-vous. À l'heure de l'ultra-choix et de l'ultra-solitude, la disparition de ces chaînes dit peut-être moins l'amour du passé que le besoin, intact, d'un présent à vivre ensemble.

(Crédits photos : © Freepik)

 

Karim Bouakline-Venegas Al Gharnati