Agglomération chalonnaise

« Mon ange gardien » : quand un chien guide change la vie d’Isabelle

« Mon ange gardien » : quand un chien guide change la vie d’Isabelle

Déficiente visuelle, Isabelle vit à Chalon-sur-Saône et n’a jamais renoncé à son autonomie. Après des années de déplacements à la canne blanche, elle bénéficie depuis peu de l’accompagnement d’Urius, son chien guide, formé par l’association des Chiens Guides d’Aveugles de Lyon et du Centre Est.

PHOTO DE UNE : Isabelle (à gauche) et Christelle, accompagnées de leur chien guide.

Dans cette interview, Isabelle raconte son parcours, les étapes exigeantes pour obtenir un chien guide, la rencontre bouleversante avec Urius, et le changement radical que cela représente dans sa vie quotidienne.

De la canne blanche au chien guide

Nathalie Dunand : Isabelle, peut-on vous demander à quel degré vous êtes malvoyante et comment cela est apparu ?

Isabelle : Oui, bien sûr. Le mot « malvoyant » est assez flou (si je puis dire !), il y a plusieurs degrés. Pour ma part, je suis presque aveugle. La cécité légale est définie par une acuité visuelle inférieure ou égale à 1/20e avec correction optique ; j’ai beaucoup moins de 1/50e. On m’a diagnostiqué cette pathologie à l’âge de 26 ans, c’est héréditaire et congénital. J’ai porté des lunettes à verres épais, ce qui ne m’a pas empêchée de travailler. J’ai notamment enseigné le français à l’étranger pendant dix ans.

En 2014, lorsque je suis rentrée en France, ma vue avait fortement baissé : j’avais des difficultés à distinguer les voitures quand je traversais. Ça devenait dangereux, alors, j’ai décidé d’utiliser une canne blanche.

Nathalie Dunand : Comment avez-vous eu l’idée de solliciter l’association de Chiens Guides d’Aveugles de Lyon et du Centre Est (ACGALCE) ?

Isabelle : C’était en 2023, au Forum de la vie associative et sportive de Chalon.

Christelle Vaupré [déléguée du territoire de Saône-et-Loire au sein de l’ACGALCE, NDLA], que je connaissais déjà, y tenait un stand. Christelle est bénéficiaire d’un chien guide de l’association depuis 17 ans ; Sépia est son troisième chien guide.

Sur ses conseils, j’ai commencé à constituer un dossier avec tous les certificats médicaux nécessaires.

Nathalie Dunand : Entre le dossier envoyé à l’association et la remise d’un chien guide, quelles sont les étapes ?

Isabelle : Il y a plusieurs étapes, chacune validant le dossier. Il faut avant tout être autonome en locomotion. Deux années environ sont nécessaires pour éduquer un tel chien : on ne le confie pas à la légère. Je précise qu’il ne nous appartient pas, il est toujours à l’association. Voici comment ça s’est passé pour moi.

– En 2024, une instructrice de locomotion de l’ACGALCE est venue chez moi pour évaluer mes déplacements et ma maîtrise de la canne blanche.
– Ensuite, j’ai participé à un stage découverte de deux jours à Misérieux. J’y ai testé trois chiens guides en ville avec des éducateurs afin de déterminer celui adapté à mon rythme de marche. L’expérience a été très positive, même si elle était éprouvante dans une ville que je ne connaissais pas.
– J’ai aussi eu un entretien avec une psychologue pour évaluer ma motivation, ma personnalité et le type de chien souhaité.
– Enfin, mon dossier est passé en commission d’attribution, qui décide des bénéficiaires, en tenant compte notamment des priorités comme les renouvellements de chiens guides ou la situation professionnelle.
– Ensuite a lieu un stage de remise du chien en deux parties : la première semaine à Misérieux et la seconde à domicile.
– Enfin, une fois le chien confié, il y a un suivi à domicile par les éducateurs au 2e mois, 6mois puis une fois par an.

Nathalie Dunand : Comment s’est passée la rencontre avec Urius ?

Isabelle : J’ai rencontré mon ange gardien, et ça a été un coup de foudre réciproque ! J’étais à Misérieux pour des Journées portes ouvertes avec Christelle [Vaupré], nous tenions un stand pour l’association. Une femme s’est approchée avec un chien qui est venu aussitôt vers moi. Elle m’a dit qu’elle allait venir chez moi, à Chalon, avec “mon” chien guide, celui-là même qui l’accompagnait. C’est là que je l’ai reconnu : URIUS ! Je l’avais croisé chez Christelle, il était directement venu sur mes genoux ! Désolée pour les détails, mais c’était plus qu’extraordinaire pour moi.

Avant la remise du chien, on vous le confie trois jours. Quand la monitrice et l’éducateur de l’ACGALCE sont arrivés à Chalon, Urius s’est précipité vers moi ! Tous les trois, nous avons fait un trajet en ville : Urius était un turbo ! À leur retour, nous avons refait un trajet avec harnais, je tenais donc le “guidon”. Rue Vadot, avec ses trottoirs étroits, vous imaginez ! Eh bien, c’était impeccable, Urius a été concentré et calme.

Nathalie Dunand : L’essai était donc concluant. La formation d’Urius a commencé à ses 2 mois jusqu’à 2 ans environ. Et la vôtre, pour apprendre à marcher avec un chien guide ?

Isabelle : J’ai appris beaucoup de choses à Misérieux, lors du stage de remise en deux temps, tout ce qu’il faut savoir sur la santé du chien – toilettage, soins, vaccinations, etc. Nous avons refait des trajets à Villefranche, diversifiant les obstacles (feux de signalisation, voitures garées, travaux sur la voirie…) où j’ai appris les mots d’ordre à donner à Urius. Ça s’est super bien passé.
À Chalon, nous avons effectué ensemble mes trajets quotidiens – magasins, professionnels de santé (dentiste, ophtalmo, etc.) – pour déterminer l’endroit où Urius pouvait m’attendre. Ça peut paraître anecdotique, mais un chien guide a accès à tous les endroits publics, excepté les salles de soin.

Nathalie Dunand : C’est un parcours exigeant, finalement.

Isabelle : On peut dire ça. Ce qui est rassurant, c’est qu’on peut toujours compter sur l’association : la moindre question, le moindre souci, ils sont à notre écoute. Et je le répète : le chien leur appartient. Il travaille avec son bénéficiaire avant de prendre sa retraite environ huit ans après, ça peut dépendre.

Nathalie Dunand : Dernière question Isabelle. Quelle différence faites-vous entre un trajet avec une canne blanche et un trajet avec Urius ?

Isabelle : Comment dire ? Avec la canne blanche, vous avez l’impression que de nouveaux obstacles ont poussé pendant la nuit. Je m’explique : avec la canne, vous heurtez plus ou moins fort chaque poteau de signalisation, chaque trou dans la chaussée ; l’onde de choc se répercute dans votre bras, la canne vibre. Tandis qu’avec Urius, c’est fluide, rassurant ! J’ai mon ange gardien depuis peu, mais c’est le jour et la nuit, si vous me permettez ce mot !

Nathalie Dunand : Merci pour ce partage d’expérience, Isabelle.

Rappelons cette règle d’or : on ne dérange pas un chien guide lorsqu’il est au travail avec sa maîtresse ; il analyse les obstacles, anticipe les dangers et reste concentré… Donc, on évite d’attirer son attention, de le caresser ou de lui proposer une friandise.

Propos recueillis par Nathalie DUNAND
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