Chalon sur Saône

Les grands enfants auront de la ressource très bientôt à Chalon

Les grands enfants auront de la ressource très bientôt à Chalon

Homme multifacette, Eric Laugérias sera associé le samedi 17 janvier à 20h en la salle Marcel-Sembat de Chalon-sur-Saône à Frédéric Bouraly (alias José dans le feuilleton Scènes de ménages sur M6). Où l’estime réciproque cohabitera avec le rire. Mais pas seulement…Interview d’Eric Laugérias.

Des places restent à acquérir

Lieux de vente habituels. Tarif unique : 39,50 euros.

Les grands enfants, mais à quel point ?

«Ah, mais jusqu’au bout ! En fait dans le titre de la pièce il y a toute la pièce. Pour une fois c’est vrai que c’est souvent compliqué de trouver un titre, et là ce n’était pas le premier titre qu’avaient trouvé Sébastien Blanc et Nicolas Poiret (les auteurs, Nicolas étant par ailleurs le fils de Jean Poiret ndlr). Et puis on a fait quelques réunions difficiles le soir à l’heure du dîner avec notre producteur Jérôme Foucher, Sébastien Blanc, Nicolas Poiret, Anne Bouvier (à la mise en scène ndlr), Frédéric Bouraly et moi. On n’était pas très contents du premier titre, donc au bout de ces quelques réunions difficiles, et après quelques bouteilles vidées, on s’est dit que le meilleur titre c’était Les grands enfants, parce que les deux personnages sont deux grands enfants. Ils ont aussi des grands enfants, et ça pose quelques problèmes. C’est doublement Les grands enfants, cette pièce. »

L’amitié et la famille y sont portées au pinacle, a-t-on encore envie de faire cavalier seul après avoir vu la comédie ?

« (rires). Ah, la famille ! On sait bien que la famille ça peut être le réceptacle de tous les bonheurs, et le foyer de tous les ennuis, donc je ne pense pas qu’il existe de familles sans histoires, de familles sans problèmes, et de familles sans réconciliations. Je pense que si on est profondément solitaire, la pièce ne nous convaincra pas de devenir un animal de famille, ou un animal qui veut une famille, mais je pense que si on aime la famille, si on aime l’amitié, alors la pièce nous convaincra que finalement on vit tous un peu les mêmes choses. Et qu’au bout du bout, quand les amitiés sont sincères, lorsque l’amour entre les parents et les enfants est sincère et fort, alors on peut surmonter tous les obstacles. »

L’évidence d’en être est-elle venue de suite ?

« En fait on se connaît depuis longtemps avec Frédéric. On a essayé plusieurs fois, comme metteur en scène je lui ai proposé des pièces sur lesquelles on n’a pas fait affaire finalement, pour des tas de raisons : il manquait un partenaire, on n’avait pas de producteurs, pas de théâtre…voilà la vie des acteurs et des metteurs en scène.  Et puis j’ai fini par mettre en scène Frédéric dans une adaptation avec Christelle Reboul, ça a été une belle et longue aventure. On cherchait, on cherchait, on ne trouvait pas obligatoirement, et puis la pièce est venue de l’extérieur sans qu’on la cherche à ce moment-là. Ce sont Sébastien Blanc et Nicolas Poiret qui nous l’ont proposée, avec une pièce quasiment sur mesure. Quand nous avons lu la pièce, Frédéric et moi, on a dit oui, celle-là on a vraiment envie de la jouer. On a vraiment envie de partir dans l’aventure tous les deux. »

Y a-t-il des choses subtiles derrière le rire ?

«Toute bonne comédie est une pièce qui met en jeu des choses subtiles, des choses graves, des choses très légères. En fait la comédie c’est un traitement, une façon de voir les choses, c’est un regard un peu en biais, comme ça. J’ai le bonheur en même temps de mettre en scène Le prénom qui se balade un peu sur les routes avec Cartman, Jean-Luc Lemoine et une joyeuse bande. C’est typiquement une pièce sur un drame familial et amical, où tout à coup les gens se mettent à s’engueuler comme du poisson pourri parce qu’il y avait une blague idiote au départ. Ça fait sortir des rires sur la famille, sur les relations des uns avec les autres. Au bout du compte, on rit énormément, on aborde des sujets graves et des sujets de tension. Je crois qu’il n’y a pas une bonne comédie qui ne traite pas également de sujets graves à un moment ou à un autre de la pièce. Je pense que les plus belles comédies qui nous restent dans un coin de la tête pendant longtemps ce sont celles-là, qui traitent de sujets délicats : la paternité, la maternité, le fait de voir vivre ses enfants, la remise en question que ça peut être…C’est une chimie qui nous touche quasiment toutes et tous. »

L’entente avec Frédéric Bouraly doit être vraiment quelque chose ?

« On est excessivement complices, on a beaucoup, beaucoup de bonheur à jouer ensemble. Ca c’est quelque chose que j’ai remarqué comme metteur en scène, et comme spectateur. C’est-à-dire que je pense que si les actrices et les acteurs qui jouent ensemble ont en plus le bonheur d’être ensemble, la complicité, ça se voit sur scène. Il y a quelque chose qui se passe, un petit truc en plus comme disait l’autre. Je pense à la complicité de Poiret et Serrault, par exemple, dont je regardais encore récemment des improvisations. Au-delà de leur immense talent, de leur façon d’écrire des textes délirants, le plaisir qu’ils ont de jouer ensemble, la joie qu’ils ont dans l’œil, le plaisir enfantin du jeu j’allais dire, c’est comme quand ça part dans les Grosses Têtes dans une impro, et qu’on voit dans l’œil de la personne en face le même plaisir à raconter des conneries, alors oui, ça je pense que c’est vraiment quelque chose de plus fort, et on a ça avec Frédéric. Quand on sort de scène en général après les saluts, que le rideau se ferme, on se prend dans les bras et on se remercie d’avoir joué ensemble, d’avoir pris ce plaisir, et d’avoir été complices. On se dit : quelle chance on a ! Soixante ans passés, et faire encore ce métier dans des conditions formidables. Avant le dîner on rencontre le public, parce que ça c’est quelque chose auquel l’on tient beaucoup Frédéric et moi. Nous en sommes très gourmands et friands. On sait qu’on lui doit tout. Les gens viennent nous dire : « Oh là là, moi aussi j’ai un grand fils, ce n’est pas facile ; j’ai vécu la même chose avec un copain, nous nous sommes fâchés et nous sommes redevenus copains, etc. » On a touché le public, parce que ce sont des morceaux de nos vies, à toutes et à tous. »  

Comment a réagi le public jusqu’ici ?

« Plutôt bien. Les gens rient beaucoup, et ce qui nous touche également beaucoup, c’est que les gens sont aussi émus. On sent qu’il y a des moments dans la salle où le rire est moins tonitruant, moins claironnant, et tout à coup il y a des moments où les rires sont un peu gênés, et où les gens ne rient pas aussi, car il y a des engueulades. La pièce suit les variations de notre amitié, et l’annonce que nous font nos enfants de leur séparation, vient créer chez nous une vague, comme un petit tsunami. Parce que les deux personnages sont amis depuis toujours, mais nos enfants qu’on attend dans la maison de vacances qu’on est en train de retaper, nous disent qu’ils ont quelque chose à nous annoncer.  Déjà, on a cette chance qu’étant vieux amis, nos enfants s’aiment et vivent ensemble, et je n’attends que ça, j’emmerde Frédéric avec ça : on va être grand-père, on va être grand-père… »Lâche-moi la grappe », qu’il me répond. Quand ils nous annoncent juste avant d’arriver que finalement ils se séparent, ça crée une espèce de tornade dévastatrice pour nous, et pour notre amitié. La première question, c’est : « Comment est-ce que t’as élevé ta fille, elle est vraiment insupportable ? »Et c’est parti…car on a tous vécu ça dans notre petit cercle intime, les amis proches, une personne qui est proche de nous et qu’on aime, alors on a l’impression qu’on nous agresse. Est-ce que l’amitié résiste à ça, qu’est-ce que c’est que d’élever des enfants, est-ce qu’on doit les protéger, doit-on leur mener la vie dure ?…Toutes ces questions que l’on se pose tous, sont là au milieu de la pièce. On sent très bien que le public est touché par ça, et que finalement on est au théâtre et l’on rit beaucoup, parce que justement les personnages sont des grands enfants. On voit quand on parle avec eux après qu’ils ont eu des moments de vie qui ressemblent à ceux-là. »

Vous êtes notamment, et par ailleurs, acteur au cinéma, scénariste, réalisateur, animateur, chroniqueur et producteur d’émissions de radio et de télé, ce doit être difficile de faire mieux ? Et si une sélection faisait qu’il ne restait qu’une spécialité ?

« Oh là là, c’est terrible ! Je crois que je retiendrais le fait d’être acteur et de jouer, parce que tous les autres métiers sont les enfants, c’est le cas de le dire, de celui-là. Les acteurs qui deviennent metteur en scène c’est assez courant, d’ailleurs à mon humble avis ce sont les meilleurs metteurs en scène, parce qu’ils savent ce que c’est de jouer, et donc ils ne demandent pas aux acteurs de faire des trucs impossibles. S’ils le demandent, c’est en toute connaissance de cause. Se mettre à écrire c’est naturel aussi , car parfois on se met à faire mieux ou différemment. Produire, eh bien au bout d’un moment si c’est un projet que vous aimez beaucoup, et que personne ne veut prendre le risque, vous devenez producteur ou coproducteur. Mais le papa de tous ces métiers, c’est  le métier d’acteur. C’est celui que je voulais faire quand j’étais grand enfant. »

Existe-t-il un souvenir artistique qui surpasse tous les autres ?

« C’est compliqué ! Je sais que je l’emporterai avec moi dans mes derniers rêves, mes derniers moments de conscience, c’est le souvenir de Jérôme Savary. J’ai beaucoup travaillé avec lui, j’ai eu ce bonheur-là. Un jour Jérôme m’a dit : «Mais il faut que tu chantes, que tu chantes. J’ai une idée pour toi ». Chanter Offenbach, déjà  c’était un rêve, devenir chanteur sur une scène d’opéra c’était quelque chose que je ne pensais pas être capable de faire, mais Savary était quelqu’un qui donnait des ailes et qui donnait confiance, et puis surtout quelqu’un qu’on n’avait pas envie de décevoir. Donc je me suis embarqué dans cette histoire de La Belle Hélène à l’Opéra de Toulouse, au Capitole. Et franchement, l’un des plus forts souvenirs que j’ai, c’est la première répétition avec l’orchestre, et  l’entrée de Ménélas. Savary, qui était un amoureux du music-hall avait fait un grand escalier, et à l’image de Mistinguett on le descendait les uns après les autres. Je n’avais jamais fait ça de ma vie. J’avais travaillé avec le pianiste, le chef d’orchestre, et là il y avait 80 musiciens dans la fosse. Quand vous le descendez et que les 40 violons se mettent à jouer, les cors,…il y a eu un moment de vertige et la sensation de surfer sur la plus belle vague du monde avec cette musique qui vous porte et vous emporte. J’en ai à la fois le souvenir très précis, et la sensation, 30 ou 35 ans après, que c’est un rêve. C’est une sensation, très, très forte, parce que la musique condense les émotions, avec tous les partenaires, les chanteurs, les danseurs. »

Pour vous, l’humour doit-il être intouchable ?

« Ah oui, oui. Je suis complètement Charlie, je l’ai toujours été, je le resterai. Tout le monde n’a pas vocation à faire rire tout le monde et chacun. On peut ne pas être sensible à une forme d’humour  ou à une blague, mais je pense qu’on doit avoir cette liberté-là. Il est indissociable de la liberté de parole, on peut se moquer de tout, et il faut se moquer de tout, parce que le poids de la vie est trop lourd à porter. Je pense que l’humour est un ballon d’air frais auquel on peut s’accrocher pour monter au-dessus du quotidien, et le regarder d’un œil un peu amusé. L’humour est intouchable et doit être intouché.»

Certains personnages donnent-ils plus de fil à retordre ?

«Oui, mais on adore ça, les comédiens. Parce que la plupart du temps on nous demande de jouer des personnages proches de nous, et ça c’est beaucoup l’effet caméra, l’effet télévision ou cinéma. Ce qui nous amuse, ce qui nous donne du fil à retordre, du travail, c’est de jouer des personnages qui ne sont pas proches de nous. On écrit toujours à partir de ce qu’on est, mais que tout d’un coup un réalisateur, un metteur en scène vous disent : »J’aimerais bien que tu joues un bel enfoiré, un salopard, ce serait bien ». Je sens que c’est loin de moi, donc ça me donne un vrai plaisir d’acteur, un vrai challenge, et comme le disait Galabru : »Pour jouer des salauds, il n’y a pas mieux que les acteurs de comédie. On se souvient de Galabru dans « Le Juge et l’Assassin », de Jean Yanne dans « Nous ne vieillirons pas ensemble ». D’ailleurs Jean Yanne m’avait dit un jour : »Le jour où tu joueras un salaud, tu verras, tout acteur comique que tu es, tu deviendras acteur, parce que les gens te regarderont enfin comme un acteur ». Il a eu son prix à Cannes en jouant un enfoiré. Il a dit que quand il jouait les couillons, on ne le regardait pas, et à partir du moment où il a joué des enfoirés, on s’est dit : »Ah, voilà un acteur ». Je pense que c’est passionnant car il y a un vrai travail à faire. Il faut aller chercher les motivations de ces personnages qui sont des salauds. Par exemple ce gars est un mec adorable, et quand il joue «Le silence des agneaux », c’est un personnage effroyable. Et d’ailleurs après le metteur en scène ne le voit plus dans des personnages comme ça. Et lui, il dit : « Mais non, j’ai envie de recommencer à jouer Shakespeare ! » Pour un acteur de comédie c’est un vrai challenge de jouer un salaud. Pour des acteurs qui sont plus des acteurs de tragédie, ou de films dramatiques, tout à coup jouer un personnage complètement déjanté, alors c’est un vrai plaisir aussi. On est toujours content qu’on nous emmène où notre pente naturelle ne va pas. Parce que c’est du travail et que c’est très nombriliste, on est heureux de se voir dans autre chose, et de voir qu’on y arrive.»

Que seront demain et après-demain ?

« Il y a de bons projets à venir. D’abord on repart en tournée en janvier 27 avec Frédéric pour cette pièce, parce que là on n’a fait que 40 dates (l’interview a été réalisée le mercredi 7 janvier ndlr). On va la jouer à partir de la fin janvier au Théâtre de Passy à Paris. Et puis je monte une pièce d’Hadrien Raccah qui s’appelle « L’invitation », ce sera en tournée à partir de septembre ou octobre  prochains. J’ai un autre projet que l’on va monter au théâtre avec Marie Fugain, Philippe Corti…d’une très jolie comédie assez délirante. Ça c’est pour Paris. Oui, j’ai pas mal de projets, et des projets très excitants. »

 

Crédit photo : @Fabienne Rappeneau                        Propos recueillis par Michel Poiriault

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