Saône et Loire économie
Les Casques Bleus 71, ces “urgentistes ” du mal-être des chefs d’entreprise
Par Nathalie DUNAND
Publié le 14 Janvier 2026 à 18h09
Témoignage d'un bénévole aux Casques Bleus : quand aider un chef d’entreprise, c’est parfois lui sauver la vie.
On parle volontiers chiffres, résultats, procédures, redressements ou liquidations, mais beaucoup plus rarement de ce qui se passe dans la tête et dans le cœur d’un chef d’entreprise quand tout vacille
C’est précisément cette réalité, souvent invisible, parfois dramatique, que met en lumière l’échange recueilli avec Bruno D., membre bénévole de GPA* Casques Bleus Bourgogne Franche-Comté, une association engagée auprès des dirigeants en grande difficulté humaine et morale.
Une réalité parfois dramatique
Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
- 27 % des chefs d’entreprise ont envisagé sérieusement de se suicider (Fondation Jean-Jaurès)
- Au 4etrimestre 2025, 112 000 défaillances d’entreprises ont été enregistrées, tous secteurs et toute taille d’entreprise confondues (PME, PMI et TPE).
- En 2025, 69 000 ont déposé le bilan (dépôts de bilan).
- Enfin, un chef d’entreprise se suicide par semaine, dans le silence le plus total.
Le rapport à l’échec en France
Dès les premières minutes de l’échange, un constat s’impose : la détresse des chefs d’entreprise existe, mais elle reste profondément taboue.
Un chef d’entreprise est censé être solide, décider, tenir, encaisser. Il n’a pas le droit de flancher. Il est seul face aux difficultés. En tout cas, c’est ce qu’il pense.
Le dirigeant ne souffre pas seulement pour lui-même, il porte aussi la crainte de mettre en difficulté ses salariés, leurs familles, son entourage. Cette responsabilité morale devient parfois insupportable.
Nous avons cette culture, en France : l’échec est culpabilisant. Comment dès lors l’annoncer aux partenaires, aux salariés, à sa famille ? »
Peu à peu, certains se replient sur eux-mêmes. Ils n’arrivent plus à prendre de recul. Ils ont le sentiment d’être enfermés dans une impasse. « C’est là que nous pouvons les accompagner, explique Bruno D., à la fois humainement et techniquement. L’écoute et le soutien psychologique sont la toute première étape. Nous le savons bien, nous l’avons tous ressenti parmi les membres des Casques bleus : il y a un moment où la tête ne suit plus. Où l’on ne voit plus de solution. »
Les faits contredisent cette vision de l’échec : en réalité, demander de l’aide constitue un acte de courage. « C’est même, au contraire, un acte de responsabilité et parfois de survie. C’est aussi ce message que l’association GPA Casques Bleus veut faire passer. Il ne faut pas rester seul face à l’insupportable. J’ajouterai : prendre contact au plus tôt est raisonnable. Nous sommes là quand rien ne va plus. »
La solidarité et l’empathie entre chefs d’entreprise
Les Casques bleus 71 regroupent actuellement 12 bénévoles qui rayonnent sur l’ensemble du département : « Nous sommes ou avons tous été dirigeants d’entreprise, dans des secteurs très divers : banque, métiers de bouche, la gestion, etc. On a tous connu ce sentiment de solitude dans les moments difficiles et on aurait bien avoir des soutiens. Avec la situation économique et politique catastrophique, tout s’accumule. Cette association est là quand tout va mal. »
Tous les bénévoles sont formés par APESA (Aide Psychologique aux Entrepreneurs en Souffrance Aigüe). Leur vécu, leur formation, leur fibre humaniste, voilà ce qui fait leur efficacité.
Casques Bleus : une aide gratuite, confidentielle et discrète
« Notre accompagnement est discret et confidentiel. Nous intervenons par binôme, – deux regards, deux expériences sont plus sûrs. Une relation de confiance s’établit sur cette base."
Concrètement, comment ça se passe ?
- Confidentiel et gratuit « Nous insistons sur ce point, qui me semble primordial. Un numéro d’appel** de la plateforme Casques Bleus de Saône-et-Loire permet au dirigeant de prendre contact anonymement. Seul le binôme qui gère le dossier a accès aux données.
- Nous répondons sous 24 à 48 h. Nous allons voir les gens rapidement. Ce sont souvent des urgences.
- Notre soutien humain et pratique ne demande aucune condition (ni inscription ni adhésion) ; c’est un accompagnement libre et gratuit.
- Visite en binôme : nous nous déplaçons rapidement pour rencontrer le chef d’entreprise, l’écouter sans jugement et sans pression. Ça ne peut pas se traiter par téléphone ni messages, il faut une vraie présence. Ce temps d’échange est fondamental. Il permet souvent de faire retomber la pression, de retrouver un peu de lucidité, de comprendre que l’on n’est pas seul et que d’autres sont passés par là.
- Nous proposons au moins cinq rencontres avec un psychologue, le temps pour le dirigeant en difficultés de reprendre son souffle, et un peu de recul.
- Une fois ce premier lien établi, nous l’accompagnons dans la durée. Nous avons un réseau d’experts (Banque de France, Tribunal de commerce, experts comptables, URSSAF…) sur qui s’appuyer. Nous pouvons notamment accompagner le chef d’entreprise au tribunal de commerce pour établir un plan de redressement.
- J’insiste sur deux points importants : les Casques Bleus ne sont pas des gérants de remplacement ; en aucun cas nous nous substituons au chef d’entreprise. Le dirigeant prend en conscience les meilleures décisions pour lui et pour son entreprise. Nous l’aidons seulement à retrouver le recul et la lucidité nécessaires au choix de solutions. D’où le deuxième point, déjà évoqué mais primordial : l’accompagnement des Casques Bleus est humain avant d’être technique. Préserver l’humain reste notre priorité absolue.
- La fin de la mission des Casques Bleus est laissée au libre arbitre du chef d’entreprise, c’est bien sûr lui qui le décide.
N’attendez pas qu’il soit trop tard
« Ces deux dernières années, nous avons accompagné une trentaine de dirigeants sur le département. En moyenne, un accompagnement dure 12 semaines.
Parfois, on ne peut pas sauver l’entreprise, parce que c’est allé trop loin. C’est pourquoi il est important de nous contacter dès les premiers signes d’alerte (perte de sommeil, fatigue extrême, irritabilité, culpabilité, découragement, anxiété, perte d’envie, idées noires parfois).
Je suis aujourd’hui à la retraite, mais plusieurs de mes collègues Casques Bleus sont toujours en activité, je les estime et j’ai plaisir à travailler avec eux. Ces missions sont épanouissantes parce que nous arrivons à apporter du positif et des solutions concrètes qui aident les patrons de TPE et de PME/PMI à rebondir et repartir. Nous aidons sans jugement, avec empathie. Les retours montrent que les résultats sont excellents.
Voilà pourquoi j’ai répondu à votre appel à témoignage : cette association mérite un coup de projecteur."
Par Nathalie DUNAND
[email protected]
Si vous aussi, vous souhaitez vous engager aux côtés des Casques bleus, n’hésitez pas à prendre contact.
*GPA : Groupe Professionnel Agréé
Casques Bleus 71
** Numéro d’appel : 09 70 24 12 85
Gratuit et confidentiel : Formulaire de demande d’intervention
Site : https://gpacasquesbleusbfc.fr/interventions-saone-et-loire/

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