Côte chalonnnaise
TRIBUNAL DE CHALON - Condamné pour des violences sur l’une, il enchaîne avec des violences sur la suivante
Par Florence SAINT-ARROMAN
Publié le 16 Janvier 2026 à 08h05
« Avec ma psychologue, on travaille sur l’impulsivité. » Le prévenu a 36 ans. Déjà condamné pour des violences sur sa copine de l’époque en mai 2025, il vit une histoire avec une autre. Cette jeune femme est assise sur une chaise, ce jeudi 15 janvier. Il est dans le box.
En mai dernier, ils sortaient déjà ensemble. Ils vivent ensemble depuis novembre. Ils se sont même pacsés mais en décembre elle n’en peut plus. Elle récupère les clés de son logement, puisqu’il y avait emménagé, puis elle lui annonce qu’elle rompt, par SMS. « Elle a le droit » précise la présidente, tout en concédant que le procédé n’est pas facile à encaisser.
La femme est commerçante. Son apprentie appelle les gendarmes le 30 décembre : sa patronne se fait insulter par son ex. Le 31 décembre, l’apprentie rappelle : monsieur veut venir récupérer ses affaires, ça peut mal se passer, elle voudrait bien que les gendarmes soient là. ... Les gendarmes ont fini par venir, quand la jeune patronne les a appelés à son tour.
Résultat des courses : des violences sans incapacité les 13 octobre et 30 décembre, et des menaces de délit avec ordre de remplir une condition, le 31 décembre. Il la menaçait de « tout casser » dans son magasin, « si » elle ne lui remettait pas les clés du logement.
Une histoire passionnelle et un homme en état de récidive légale
De l'extérieur, on se dit que ça ressemble à une histoire passionnelle, d'un côté comme de l'autre, et pas pour les mêmes raisons, forcément.
Pour le prévenu, l'enjeu est flippant : il est en état de récidive légale. Condamné à une peine de 10 mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire, il avait l’interdiction de tout contact avec son ancienne compagne, et les obligations d’être suivi par le SPIP ainsi de d’engager des soins.
Le point « suivi psychologique »
La présidente interroge l’homme sur ce « suivi », ces « soins ». Il répond de façon spontanée, du moins c’est comme ça qu’on le ressent. Le tribunal se soucie d’un fait simple : comment se fait-il, alors qu’il est sous main de justice, qu’il ne mette pas un terme à cette nouvelle relation dès le 13 octobre, alors qu’il a pu constater que « ça » recommençait ?
« Vous étiez en suivi depuis le printemps. Vous consultiez à quel rythme ?
- Tous les deux mois.
- Vous lui avez dit, au psychologue, pour le 13 octobre ?
- Oui, oui ! Elle est au courant de tout.
- Ah. Et elle s’est dit que ça pouvait attendre deux mois… »
Ça n’est plus une question mais la psychologue n’est pas là pour répondre de cette question si cruciale pourtant de la périodicité des consultations.
Et puis, côté « élaboration » (un mot qu’on entend souvent dans le prétoire), ce n’est même pas rudimentaire, c’est n’imp : « J’ai compris que la violence ne résout aucun problème. »… Il le dit plusieurs fois mais ce faisant il ne dit rien. Le travail ne s’est pas fait, mais peut-il seulement se faire à raison d’un rendez-vous tous les deux mois ?
Ressent-il sa violence ?
« On était bien. On voulait tout construire ensemble. On travaillait à tout réussir dans nos entreprises respectives. J'attendais que la vente de mon dépôt soit faite. Je regrette ce que j'ai fait, on avait ces projets-là. » … La présidente a fini par jouer, comme au théâtre, ses propos et ses gestes. Elle met le ton, elle claque fortement sur son pupitre puis assène : « Donne-moi les clés, donne-moi les clés, donne-moi les clés ! » Ressent-il sa violence ?
Une juge lui fait remarquer : « Madame pleure, depuis le début de l'audience. Pourtant ça, c'est absent de votre discours. » Il répond : « Moi je ne veux aucun mal à (prénom de la femme), elle m'a aidé dans beaucoup de choses, je la remercie et je regrette, je regrette. » C'est sûrement vrai mais alors la violence d'au moins la dernière scène...
« Mettez-vous deux secondes à la place de madame… »
La position de l'homme dans le box (qui reste debout pendant l'audience), qui reconnaît mais veut faire valoir les gestes et propos vifs de la jeune femme ainsi que sa mauvaise volonté lorsqu'il a voulu récupérer ses affaires dérange tout le monde. « Mettez-vous deux secondes à la place de madame, quand elle reçoit des sms disant 'Tu vas en avoir du deuil', 'Merci pour les vacances', 'Je dors dans ma voiture'... Comment peut-elle être tranquille, elle a cru que vous vouliez vous suicider. » lui dit maître Voirin qui intervient pour la victime.
Une réelle thérapie à venir ?
Bref. Les deux, passionnels, embrouillés, débordés, et lui déjà condamné, et lui qui part vite dans la menace de mort et dans les gestes dominateurs par la force. Mais, plaide maître Michel (barreau de Mâcon), « il est réaliste sur les soins dont il a besoin ».
Sur le plan géographique, le prévenu vit habituellement près de Mâcon donc il peut vivre sans revenir sur la côte chalonnaise dans l’immédiat.
9 mois ferme en tout et nouveau sursis probatoire pendant 2 ans
Le tribunal, au terme d’une longue audience, dit l’homme coupable et le condamne à la peine de 18 mois de prison dont 12 mois sont assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans. Interdictions de tout contact avec la victime, ainsi que de paraître à son domicile. Obligations d’engager une thérapie, de travailler, de payer le droit fixe de procédure, de suivre un stage VIF, d’indemniser la partie civile. Le tribunal révoque en outre 3 mois du sursis prononcé en mai dernier. Ainsi il reste encore de quoi maintenir l’interdiction de contact avec la victime précédente.
Pour les 9 mois ferme en tout, le tribunal décide d’aménager la peine en détention à domicile sous surveillance électronique (DDSE). L’homme retourne au centre pénitentiaire pour le moment. Un juge de l’application des peines statuera dans les cinq jours qui viennent sur les modalités plus précises du cadre de cette détention et un bracelet lui sera posé avant qu’il ne puisse sortir.
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