Chalon sur Saône
« Je ne me sentais plus en sécurité » : Jennifer raconte pourquoi elle a quitté Chalon
Par Nathalie DUNAND
Publié le 08 Mars 2026 à 13h03
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Infochalon donne la parole à celles qui racontent leur quotidien sans détour. Jennifer, 35 ans, a quitté Chalon en 2025 après avoir vu son cadre de vie se dégrader au point de ne plus se sentir en sécurité.
Elles ne sont pas si nombreuses, ces femmes qui osent dénoncer une liberté perdue… Jennifer fait partie de celles-là. En répondant à notre appel à témoins publié sur Infochalon, elle explique clairement les raisons de son départ de Chalon pour une petite commune proche.
« J’ai 35 ans, je suis assistante d’éducation en dehors de Chalon. Mes parents étaient chalonnais, je l’ai toujours été, jusqu’à récemment, en 2025. J’appréciais ma ville que je trouve belle, photogénique, agréable, dynamique… Elle a beaucoup d’atouts. Cependant, avec les années, j’ai pu voir des changements.
Un bâtiment sans histoire, très bien placé
En 2014, j’ai emménagé seule dans mon premier appartement, au 12, Grande rue. Un studio, petit, pas cher, dans le vieux centre plein de charme, proche de tout, ce qui était parfait parce que je n’avais pas encore de voiture, même si je travaillais déjà. Les deux autres logements étaient occupés par des gens tranquilles, un étudiant, des gens qui travaillaient.
Petit à petit, les gens sont partis, d’autres voisins se sont installés. Ça a commencé à se dégrader vers 2019 : des locataires jetaient leurs déchets dans la cour intérieure, on a eu une invasion de rats liée au manque de propreté. Certains étaient très bruyants (les cris, fenêtres ouvertes, la musique, toujours forte).

J’ai appris par la suite que les nouveaux locataires étaient installés là par des associations.
J’allais régulièrement demander, poliment, de faire moins de bruit, et ça fonctionnait un temps. Le voisin d’en face – moldave, je crois – ne parlait pas français, mais il était compréhensif, les bruits s’atténuaient puis revenaient. Adieu la tranquillité. J’étais devenue la seule Française à travailler et j’étais au SMIC… Quand je dis ça, c’est un constat, certains me toisent, toujours des gens qui rentrent le soir bien au chaud dans leur nid douillet.
En trois mois, ils ont ravagé le bâtiment
Ça s’est nettement dégradé au printemps 2025, à l’arrivée des occupants de l’étage. En trois mois à peine, l’immeuble a changé du tout au tout. J’ai tellement regretté la jeune femme discrète qui louait avant eux !
En trois mois, ils ont ravagé le bâtiment. Ça a commencé avec des allées et venues incessantes, même la nuit. Je ne pouvais pas l’ignorer : le système d’éclairage automatique illuminait mon studio par une baie vitrée… Ils bloquaient la porte de l’immeuble en position ouverte en permanence.
À l’époque, je ne savais pas pourquoi…
Là encore, musique super forte de jour comme de nuit. Quand je leur ai demandé (naïvement) de baisser le volume, ils m’ont répondu qu’ils avaient bien le droit de vivre comme ils voulaient… Même mon voisin de palier moldave leur a demandé de faire moins de bruit, ça m’a fait sourire ! J’ai finalement appelé la police pour tapage nocturne. Elle se déplaçait chaque fois – ça je le souligne, c’est positif – mais tout reprenait.
Et puis des tags sont apparus, des “DZ Mafia” partout dans le hall, même sur la porte de mon studio. Les boîtes aux lettres en bois ont été arrachées. Sur la leur, il n’y avait aucun nom, d’ailleurs, on ignorait leur identité. J’ai alerté mon agence immobilière, en vain : ils ne pouvaient rien faire, m’ont-ils répondu.

Et enfin, il y a eu les incendies criminels. Le 12, Grande rue a été dans Infochalon ! »
Lire sur Infochalon : Un pyromane chalonnais à l’origine de 3 départs de feu, les 7,8 et 15 juin dernier, au tribunal
« Au total, 5 incendies en 10 jours ! Imaginez ça : vous êtes réveillée la nuit par une odeur de fumée, vous regardez par la fenêtre et vous voyez des flammes s’échapper du local de poubelle. Quelques jours après, c’était l’escalier central. Pompiers, police, je passe les détails.
J’ai fait remarquer à ces voisins que c’était toujours après une visite dans leur appartement que ça s’était produit. Ils ont nié et m'ont menacée de me “casser la gueule”. C’était dans le hall, un voisin – respectueux celui-là – s’est interposé, heureusement. Au début, je pensais que ces nouveaux voisins étaient juste irrespectueux des autres, pas plus. J’ai appris plus tard par un agent qu’ils étaient “connus des services de police” comme on dit. Et ils étaient logés par des associations…
L’enquête a découvert que la cave – fermée aux locataires – avait été squattée… et que l’un des voisins était un pyromane qui n’en était pas à son coup d’essai. Quant aux allées et venues incessantes, c’était un point de deal (comme j’étais naïve), et les tags, un signe de reconnaissance. Tout ça en 3 mois…

L’invasion de rats, le tapage diurne et nocturne, le bâtiment devenu point de deal, l’agressivité d’un locataire et 5 incendies volontaires… La coupe était pleine, je n’étais plus en sécurité, j’ai été contrainte de déménager de mon domicile en juin 2025.
Depuis longtemps, j’économisais petit à petit sur mon SMIC en vue de m’installer dans un appart plus grand, l’année suivante. Finalement, j’ai tout dépensé pour partir au plus vite.
J’ai trouvé une location dans une petite commune aux alentours, je n’avais plus envie d’habiter à Chalon. Et puis voir les enseignes (une institution pour moi dans mon adolescence) fermer les unes après les autres, les rues mal famées le soir – la rue de la gare, l’avenue de Paris, de la Citadelle, rue Carnot… Ce n’est plus la ville que j’avais tant aimée.
Depuis que j’ai quitté Chalon, je revis, je n’ai plus les tracas d’une Chalonnaise. J’habite un immeuble tranquille, avec un loyer moins cher pour une surface plus grande et… chaque matin, je retrouve ma boîte aux lettres en bon état ! (rire).
Je pense pourtant que Chalon est une ville attractive, avec le charme de son centre historique, ses animations, ses associations nombreuses mais, même si on me dit que des efforts sont faits pour la sécurité, ce n’est malheureusement pas le reflet de mon vécu (de travailleuse au SMIC, précision utile). »
Un témoignage très personnel, qui interroge, aussi, sur la place et la tranquillité des femmes dans l’espace urbain.
Témoignage recueilli par Nathalie DUNAND
[email protected]
Photos transmises par Jennifer pour publication.
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