Bresse
TRIBUNAL DE CHALON - Il avait tiré sur les gendarmes pour espérer en finir avec la vie
Par Florence SAINT-ARROMAN
Publié le 13 Mars 2026 à 18h29
Le 10 janvier dernier, il a appelé plusieurs fois le centre opérationnel de la gendarmerie. Des équipages sont partis, y compris le PSIG. « Vous êtes là ? Je ne vous vois pas, sinon je vous aurais tiré dessus (rire). Avec un HD50 dans la tête, le mec peut ne pas s’en sortir. »
Le 10 janvier, vers 22h30, un officier de gendarmerie qui rejoignait ses hommes, gare son véhicule à environ 50 mètres de la maison, sur la commune de Varennes Saint-Sauveur. Le forcené, du fenestron en hauteur de la salle de bain située au premier étage (il était monté sur un meuble), va vider « deux à trois chargeurs » en direction du véhicule. Les tirs s’arrêtent avec l’épuisement de la cartouche de gaz propulseur.
Pas des balles en caoutchouc, non. C’est une juge assesseur qui soulève ce point important : le tir de défense c’est avec des balles en caoutchouc, pas avec des billes acier.
Le prévenu ( https://www.info-chalon.com/articles/2026/02/24/108144/alcool-pensees-suicidaires-il-tire-sur-un-gendarme-esperant-etre-tue-en-retour/ ) a des réflexions inquiétantes, du type :
« J’ai une arme de défense, avec tout ce qu’on voit aujourd’hui » (vu les faits, c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité)
Cette arme a une puissance de « 16 joules » parce que « 14 joules, j’ai testé, je me suis fait tirer dessus et après je courais encore ».
On ne sait pas trop comment situer ces phrases dans un contexte de dépression massive, dit-il (sans qu’aucun médecin ne dise le contraire au demeurant). Il avait eu des prescriptions de traitement lourd mais « j’avais arrêté parce que ça me donnait des tics ». Abilify en cachet. En prison, il le reçoit en injection, et il dit que ça va mieux. L’Abilify c’est un neuroleptique.
Comment s’y retrouver dans ce fatras ?
L’expert psychiatre, en tous cas, met la commission des faits en lien avec un état de dépression, « dépression chronique depuis le décès de son père en 2014 », et retient « l’altération du discernement ». Si suivi psychiatrique et traitement adapté, ça pourra aller mieux.
Soit, mais le prévenu, lui, affirme que ce qui l’a fait dévisser c’est qu’il ne voit plus ses enfants depuis 3 ans, parce que leur mère fait tout ce qu’il faut pour empêcher leurs rencontres en lieu médiatisé.
Une explication que rien ne corrobore
Le 10 janvier il a bu, de la Vodka. Puis, sur un coup de tête est parti en moto dans le Jura au domicile de son ex. Le compagnon de celui-ci l’a jeté. « Ça sentait le shit » dit le prévenu. Il prétend avoir appelé la gendarmerie de chez lui pour dénoncer ce fait mais les gendarmes de Bresse auraient répondu qu’ils n’étaient pas compétents pour intervenir dans le Jura. Le prévenu dit que ça l’a mis en colère. Sauf que de cet appel il n’y a nulle trace.
Il se met à tirer chez lui, puis tiendra sa femme en joue
Le soir, il a saisi son arme et s’est mis à tirer chez lui, sur des murs, dans une horloge, etc. Puis il a appelé le centre opérationnel et quand il a passé le téléphone à sa femme, il l’a tenue en joue, au niveau de la tête.
La présidente évoque certaines violences déjà dont la femme a fait état lorsqu’elle fut entendue par les gendarmes : il fouille dans le téléphone de sa femme, il la brutalise.
Sauf que l’épouse n’en veut rien savoir : elle veut la levée de l’interdiction de contact « parce qu’il n’a pas voulu me faire du mal. Il a besoin d’aide ».
Toujours cette question : « malade » de quoi exactement ?
La procureur, dans le sillage de la juge assesseur qui notait que les munitions n’étaient pas « de défense », interroge le prévenu : « Vous avez fait des tentatives de suicide et vous avez été hospitalisé trois fois, dont deux volontairement. Pourquoi ça n’était pas suffisant pour éviter ce qui s’est passé ? » L’homme répond : « Je ne prenais pas le traitement. Pour moi, j’étais pas malade. » La procureur : « C’est quoi votre maladie ? - Ben je sais pas… C’est comme si je rêvais, mais en plein jour. »
« Son intention, il l’a dite (au téléphone), et la scène la confirme. Il s’était dissimulé et protégé pour nous attendre »
L’officier de gendarmerie cible des tirs du prévenu témoigne longuement. « On a beau être commandant d’unité, on ne vit pas souvent une situation aussi dégradée. » Il a 22 ans de métier. « Quand il tire dans ma direction, je perçois la puissance de son arme. 16 joules… Une carabine à plomb, par comparaison, c’est 4.5 joules… (…) Dans sa salle de bain, il était protégé (ce qui contrarie la théorie d’aller chercher le suicide : on n’aurait pas pu l’atteindre, ndla). Il était en position de mirador. Il faisait nuit. Donc, son intention, il l’a dite (au téléphone), et la scène la confirme. Il s’était dissimulé et protégé pour nous attendre. Notre métier est très difficile. Ce jour-là, c’est vraiment l’institution qui était visée. »
Le militaire se constitue partie civile.
« Monsieur a mis en place un véritable guet-apens »
La représentante du ministère public est d’accord : le prévenu a manœuvré pour faire venir les gendarmes. Il ne prévient pas qu’il a mis sa femme chez le voisin, ni que son arme est plus puissante qu’un airsoft de base. Du coup, le PSIG est engagé avec des équipements lourds. « Monsieur a mis en place un véritable guet-apens. »
« Je ne crois pas monsieur quand il dit qu’il a arrêté de tirer parce qu’il a ressenti comme une tape à l’arrière du crâne. Non, il a arrêté de tirer uniquement parce que l’arme dysfonctionnait et il prend un couteau de chasse pour sortir de chez lui. »
(Maître Andali obtiendra la relaxe pour le couteau, puisque le prévenu l’a jeté lorsqu’il est sorti. Cela étant, il sorti sommé de tenir ses mains en l’air et la vue de ceux qui l’attendaient, armés, a pu contrarier son élan, ndla)
La procureur parle de la « gravité objective des faits ». « Quand monsieur dit qu’il n’avait pas l’intention de faire mal à sa femme ou aux gendarmes… Rien dans la procédure ne vient l’indiquer, à part lui. »
Elle requiert la peine de 30 mois de prison, dont 15 mois assortis d’un sursis probatoire et maintien en détention pour la partie ferme.
La défense s’en tient à la thèse d’une recherche de suicide par l'intermédiaire d'un tiers (qui aurait alors commis un acte criminel ?)
« Monsieur a fait ça parce qu’il voulait mourir, plaide maître Andali. C’était un appel à l’aide. Les appels téléphoniques passés : il dit n’importe quoi. Qu’est-ce qui a changé depuis le 10 janvier ? Beaucoup de choses ! Il a eu une décision du JAF : il pourra voir ses enfants. Son employeur a fait une attestation, il est d’accord pour le reprendre, mais madame travaille au même endroit, il ne faudrait pas d’interdiction de contact. Il peut être hébergé chez son frère. Dans ce dossier il n’y a pas de violences comme on en voit ailleurs. (…) Sa dangerosité est indexée sur l’absence de suivi et de traitement. Aujourd’hui on a tout ça, suivi et traitement. Il culpabilise parce qu’il a fait passer sa personne avant celle des autres. »
L’avocate demande au tribunal de retenir l’altération du discernement et, si il prononce de la prison ferme, de l’aménager en détention à domicile chez le frère de monsieur.
30 mois de prison dont 15 mois ferme avec maintien en détention
Le tribunal suit les réquisitions, l’homme est condamné à la peine de 30 mois de prison dont 15 mois sont assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans, avec obligations de soins et de travailler, de payer le droit fixe de procédure, d’indemniser la partie civile, et interdictions de paraître au domicile de madame (le tribunal ne prononce pas d’interdiction de contact), ainsi que de détenir et porter une arme.
Peines complémentaires : interdiction de détenir et de porter une arme pendant 5 ans, privation du droit d’éligibilité pendant 5 ans.
Relaxe pour l’arme de catégorie D, le couteau de chasse qu’il a jeté dans son jardin dès le seuil de sa maison franchi.
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