Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Une trappe dissimulait 5 kilos de cocaïne.. le contrôle s'est fait sur l'A6 au niveau de Fontaines

TRIBUNAL DE CHALON - Une trappe dissimulait 5 kilos de cocaïne..  le contrôle s'est fait sur l'A6 au niveau de Fontaines

5 kg de cocaïne planqués dans une trappe créée au niveau de l'accoudoir central d'une SEAT contrôlée par les douanes ? Un peu de cocaïne dans la trousse à maquillage dans la passagère ? On se dit que l'affaire est pliée mais l'audience fut loooongue.

 C'était le 25 avril dernier, à Fontaines, sur l'aire de le Curney de l'A6. En fin de journée les douanes contrôlent ce véhicule, une SEAT. Deux sièges enfants sont installés à l’arrière. Le conducteur a une cinquantaine d’années, la passagère, une petite trentaine. « Un couple, des enfants, c’est rassurant » dira la procureur. 
Or une cache est aménagée qui héberge 5 kg d’une drogue devenue un ennemi déclaré puisqu’elle s’importe (illégalement) par tonnes et cause des ravages terribles sur ceux qui en prennent l’habitude jusqu’à en être absolument dépendants.

Dans la trousse de maquillage de la passagère, quasi 4 grammes de cette drogue. L’immatriculation de la voiture est une immatriculation provisoire, en tout état de cause elle appartient à la sœur de la passagère. 
Au cours du contrôle, celle-ci « a froid, elle tremble », demande à prendre son pull. Les agents de la douane vérifient le vêtement avant de le lui passer. Dans la poche ventrale du pull : la clé du véhicule.

Les prévenus s’incriminent l’un l’autre

C’est un détail pour nous mais pour le tribunal il peut vouloir dire beaucoup car les deux mis en cause ont des versions différentes pour ne pas dire opposées : ils s’incriminent l’un l’autre. 
Placés en détention provisoire le 29 avril dernier, ils sont jugés ce lundi 1er juin, en comparution à délai différé. Il fallait le temps que les échantillons prélevés dans chaque sachet soient dûment analysés et confirment que c’est bien de la cocaïne, « à 80 % ».

Alors, monsieur, qui n’est pas du tout de la région, reconnaît. Il dit qu’à la suite d’un échec de livraison en Belgique qui lui a valu une condamnation, son commanditaire l’aurait mis en dette et contraint, après quelques coups puis des menaces, à faire ce nouveau « voyage », sans rémunération prévue. Le prévenu incrimine sa passagère : elle serait la belle-sœur du commanditaire. « Elle était là pour surveiller. »

Madame, elle, n’est pas du tout du pays. Du reste la question de sa situation réelle reste floue. Elle est née en Tunisie, aurait résidé ou résiderait en Italie, mais travaillerait dans un restau tunisien du côté de Cannes. En réalité tout ce qu’elle va dire à l’audience (et c’est la cause du temps qui s’étire) est, sous des dehors clairs, flou, incertain, voire contradictoire. « Elle dit n’importe quoi » dira la procureur. La femme qui dans le box, tantôt se cache derrière ses cheveux, tantôt manifeste des émotions, charge son coprévenu.

L’homme, divorcé, deux enfants, perçoit le RSA depuis sa sortie de prison, condamné aux Pays Bas pour transport et détention à 30 mois ferme. Il a trouvé un logement et cherchait du travail, dit-il. 
La femme n’a pas de casier, ni d’enfants.

« Ce véhicule a une cache aménagée et ne doit plus circuler nulle part »

L’agent des douanes présent à l’audience, demande que ces deux-là soient condamnés au nom de la présomption de responsabilité qui figure dans le code des douanes, et aussi à une amende de près de 145 000 euros. « Je m’oppose fermement à la restitution du véhicule (sa propriétaire le réclame) qui a une cache aménagée et ne doit plus circuler nulle part, ni en France ni ailleurs. »

« Les trafiquants de stupéfiants sont toujours perdus par leur arrogance, ils ne résistent pas à… »

« Ce sont des maillons d’un trafic, et à ce titre ils sont importants », dit la procureur qui, parlant de la prévenue, poursuit : « Elle ment. Elle dit que le pull est à monsieur mais c’est une taille S, c’est le sien. Dans son téléphone on a trouvé des vidéos. Ce sont les mêmes que celles de tous les trafiquants de stupéfiants. Ils sont toujours perdus par leur arrogance, ils ne résistent pas à se faire photographier avec de l’argent, et elle aussi, et en plus, avec des armes, quand même ! Elle conteste absolument tout, comme un vieux cheval de retour*, alors qu’elle est jeune. » 
La procureur rappelle les dangers de la cocaïne qui fait des ravages sur la santé. « Il y en a de plus en plus sur le marché, le gramme aujourd’hui est à 20 euros, avant, il était à 60 euros. »
Elle requiert les peines de 40 mois ferme pour l’homme (qui est en état de récidive légale), et 3 ans ferme pour la femme, suivis d’une ITF de 5 ans.

Maître Massard pour l’homme, une avocate parisienne pour la femme, plaident avec force et leurs plaidoiries sont à l’image des positions de leurs clients : charger la femme pour l’un, charger monsieur pour l’autre.
A l’issue, l’homme estime qu’il n’a rien à ajouter, la femme en remet une couche : « Je n’ai rien à voir dans cette histoire, je ne veux pas aller en prison, il m’a menacée, il m’a utilisée. »

3 ans de prison pour l’un, 2 ans pour l’autre

Le tribunal les dit coupables, les condamne : monsieur, à 36 mois de prison avec maintien en détention ; madame, à 24 mois de prison, avec maintien en détention.
Le tribunal rejette la demande de restitution du véhicule, il est confisqué.
Enfin, les deux prévenus sont solidairement condamnés à payer une amende douanière d’un montant de 144 527 euros.

* https://www.expressio.fr/expressions/un-vieux-cheval-de-retour