Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON  : « L’abrutissement n’est pas la chose qui se soigne derrière les barreaux »

7ème comparution immédiate depuis 8 jours, et 6ème alcoolique en ce jeudi 26 février. Les stats se portent bien, on n’en dira pas tant des prévenus. Celui-là est tout poivrot, tout rubicond, il a la quarantaine encore juvénile, avec une petite tête de moineau qui ouvre grands ses quinquets dans le box. Voilà bien longtemps qu’il s’arrache la face à coup de rosé-pamplemousse, mais la douceur du nom ne masque pas la puissance toxique de la boisson, quand elle sert à prendre de quoi passer chaque jour que Dieu, ou on ne sait qui, fait. Appelons-le Éric.

Éric a perdu son permis de conduire en 2006, « annulation judiciaire » suite à des délits routiers, des CEA comme on dit, pour « conduite sous l’empire de l’alcool ». Il a repassé le code une fois, l’a raté, en est resté là. 4 condamnations, les 4 pour CEA. en 2011, mandat de dépôt, courte incarcération. En 2015, port du bracelet électronique, et surtout des sursis mise à l’épreuve, « qu’il a mis en échec » dira Marie Gicquaud, substitut du procureur. Éric est suivi par le KAIRN 71, par le PLIE pour la question de l’emploi, et « suivi » est bien le mot, vu qu’il ne s’implique dans rien, on le suit. La gendarmerie aussi le suit, pour différents délits routiers puisqu’il est connu pour n’avoir plus son permis, et parce que tout le monde sait qu’il a « un problème avec l’alcool ».

Le 22 février en soirée soit jeudi dernier, les gendarmes étaient en « contrôle alcoolémie » sur la commune de Lans. Éric passe par là au volant d’une 306, sans permis et chargé à presque 2 grammes d’alcool par litre de sang. Les gendarmes lui donnent une convocation pour une audition libre. Le surlendemain, soit le 24 février, l’un des hommes de la BMO est en jour de repos. Il est à pied, à Chalon, s’apprête à traverser une rue. Un automobiliste freine pour le laisser passer, c’est Éric… Le gendarme lui fait signe de s’arrêter pour parler deux minutes, il constate que l’homme a les yeux vitreux et sent l’alcool… on n’attendra pas l’audition libre : le gendarme appelle le commissariat de Chalon qui prend le relai. Un peu plus d’1.5 gramme cette fois-ci. 

« C’est la boisson qui me fait ça, à chaque fois que je bois ça fait ça », dit Éric au tribunal. La présidente Foucault hausse le ton : « L’alcool… Vous trouvez ça sérieux comme réponse ? Si vous renversez un enfant, vous direz ça à ses parents ? » « Il n’a entamé aucune réflexion sérieuse depuis 10 ans, insiste la substitut du procureur. Pour que des soins marchent, il faut une volonté réelle, et là… rien. » Elle requiert de la prison ferme (10 mois + 4 mois de sursis révoqué) et un mandat de dépôt. Éric ouvre des yeux encore plus ronds. « La prison ferme, c’est la peine qui peut tomber, et qui doit tomber, je pourrais dire, malgré la place qui est la mienne. » C’est l’avocat d’Éric qui parle, et qui va plaider une peine mixte, car d’une part « l’incarcération le remettra un jour ou l’autre dans la vie sociale et sur les routes », d’autre part, parce que « l’abrutissement n’est pas la chose qui se soigne derrière les barreaux ». Maître Diry défend l’idée, et, ce faisant, son client, qu’un tel alcoolisme ne cède pas avec 2 ans de suivi, il faut bien davantage d’années, et tant que la personne, « malade », n’a pas compris qu’elle est de surcroît un danger pour les autres, il faut lui mettre « des conditions suspensives », pour « lui faire comprendre les choses ». 

Le tribunal condamne Éric, 40 ans tout rond, comme ses yeux écarquillés aujourd’hui, tout abruti par alcool et déshérence sociale, et conducteur sans permis avec des taux qui en laisseraient plus d’un endormi, à 12 mois de prison dont 4 mois assortis d’un nouveau sursis mis à l’épreuve de 2 ans, avec obligation de soins « d’une qualité sérieuse, et à investir », et de travailler. Éric suivra un stage de sensibilité à la sécurité routière, la 306 est confisquée. Le tribunal révoque les 4 mois du sursis antérieur et décerne mandat de dépôt : le prévenu est incarcéré immédiatement pour 12 mois.
La présidente Foucault n’a de cesse que d’enfoncer le clou : « Lorsque vous serez en détention, vous rencontrerez un CPIP et vous parlerez dès maintenant d’une cure à faire à votre sortie. Vous devez être acteur de votre vie, monsieur, vous avez tout juste 40 ans. »

FSA

 

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