Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Deux individus pris en flagrant délit d'utilisation de chèques volés

C’était bien la peine de venir de Lyon pour se faire serrer ici. Jeudi dernier Denis, 42 ans, et Fils, 48 ans, nés au Congo, en France depuis au moins 10 ans mais sans avoir pu assurer leurs situations administratives, se sont fait arrêter place de Beaune à Chalon-sur-Saône en pleine journée.

Une commerçante avait appelé la police, subodorant que le chèque de plus de 400 euros de fringues qu’elle venait de refuser comme moyen de paiement ne sentait pas bon. Les policiers repèrent les deux hommes, les coincent à leur véhicule, bonne pioche : ils trouvent des kits complets pour des escroqueries aux chèques volés.

On trouve tout ça en prêt-à-servir « dans le milieu africain » du quartier de Château Rouge à Paris : un vrai chéquier volé servi avec de fausses cartes d’identité et de faux permis de conduire. Mine de rien, 8000 euros de préjudice pour une des victimes au chéquier retrouvé dans la voiture. On tente la discute avec la police, les escrocs sont par essence de grands baratineurs. Déférés pendant leur garde à vue, ils sont placés en détention provisoire pour le week-end et traduits ce lundi 26 mars en comparution immédiate, mais quand le président Jacob les interroge ils sont plutôt en mode « vous pouvez répéter la question ? ». Bref, pourquoi venir jusqu’à chalon ? « J’avais demandé l’asile à Mâcon, il y a plusieurs années, alors je connaissais Chalon » explique Denis. Fils, lui, raconte qu’il a acheté son kit à Lyon, un gars le lui a proposé pour 200 euros, car il était sous main de justice : un bracelet restreignait sa liberté d’aller et de venir. Au passage : la justice l’avait condamné, dans le cadre de ce sursis mis à l’épreuve, à travailler, mais comme il est sans papier, il n’a pas le droit de travailler.

Fils est arrivé du Congo en 2008. Il compte 6 passages en centre de rétention administrative mais son pays d’origine ne le reconnaît pas, alors il en est ressorti à chaque fois. La dernière OQTF date de 2016. Son passeport ? « J’en ai pas. » « Si », lui répond le président qui a en une copie au dossier, un passeport daté du 23 novembre dernier, signé. Inutile de chercher à comprendre : ce genre de vie, entre les réalités tues ou indicibles, et les récits fabriqués soit pour embobiner l’interlocuteur, soit pour au contraire pouvoir être entendu et légitimement cru, finit par ressembler à un échangeur autoroutier inextricable davantage qu’au fleuve Congo, marqué de méandres et de chutes, comme la vie, mais dont on peut suivre les rives. Fils s’est ouvert un casier judiciaire en 2009. 11 mentions, dont 10 pour des vols, et une pour des stups. Il a plein d’enfants en Afrique, mais c’est ici qu’il veut rester, il s’est trouvé une femme française et du diabète mais l’administration lui refuse une carte « santé ».

Denis est arrivé en 2006. Il avait obtenu un titre temporaire de séjour renouvelable chaque année. Il était agent de sécurité. Or en 2014 il perd ses droits, il ne peut plus travailler régulièrement, c’est la galère. Il a deux enfants à Lyon qui vivent chez leurs mères respectives. « J’ai tenté 3 fois (l’escroquerie), et 3 fois je suis arrêté, ça ne marche pas pour moi. » Il parle comme un gars qui aurait lancé des startups et qui se gamellerait à répétition, alors du coup il raccroche. C’est ce qu’il semble dire : il faut laisser tomber, c’est pas un bon filon ou c’est pas son truc. Et en plus il s’ouvre un casier judiciaire, « j’ai plus perdu que gagné quoi que ce soit là-dedans ». « Des pauvres pieds nickelés, plaide maître Ronfard. Les personnes qui en profitent, ce sont ceux de Château Rouge. Ils sont là au terme d’un parcours. Ça ne justifie pas leur comportement, mais à un moment donné ils n’ont pas trouvé d’autres solutions. »

« Derrière les discours larmoyants de ces deux-là, il faut remettre l’église au milieu du village et nommer les choses : ce sont des escrocs, c’est tout. Aujourd’hui ils parlent beaucoup mais en garde à vue ils ne disaient pas grand-chose, ils ne savaient rien. Ce ne sont pas leurs derniers expédients, ce sont des escrocs. Les victimes ont des préjudices importants, et elles aussi sont peut-être dans le besoin. » Aline Saenz-Cobo, vice-procureur, explique que l’orientation de ce dossier en comparution immédiate veut « couper la branche immédiatement ». Jeudi dernier, les deux hommes avaient aussi tenté le coup dans une boutique de vêtements pour hommes, en pure perte car l’enseigne était alertée par la boutique de Mâcon, victime de tentative d’escroquerie début mars.  Elle requiert un an de prison chacun, précisant que pour celui qui n’a pas de casier, le tribunal appréciera le quantum de sursis.

Chalon-sur-Saône, terminus, tout le monde descend : Denis rentre à Lyon avec 8 mois de prison en sursis et une interdiction de séjour en Saône-et-Loire de 2 ans. Fils est maintenu en détention pour 1 an, ses antécédents judiciaires ont fait monter le niveau. Interdiction ensuite de mettre les pieds ici pendant 2 ans. Il a une OQTF sur le grill, du diabète et une femme française, le Congo est si loin, ça ne ressemble plus à rien, vu de l’extérieur. 

FSA