Faits divers

TRIBUNAL DE CHALON - Spirale de violences après une séparation

Poursuivi pour « violences habituelles sur conjoint en 2015,2016 et 2017 », pour menaces de mort, et violences sur ses enfants, Sébastien X, 46 ans, né à Saint-Rémy, a reconnu lors de sa garde à vue une situation « compliquée », il a « du mal à accepter la séparation ».

En audience il ne dira pas mieux, mais c’est faux, il n’a pas « du mal » à accepter : ça lui est insupportable, au point qu’il est entré dans une logique de destruction accrue contre son ex-femme, mais aussi leurs deux enfants, et le nouveau compagnon. Le procureur va requérir 18 mois de prison dont 6 mois ferme avec son maintien en détention.

Lorsque le procureur prend ses réquisitions, le prévenu si bavard et à la voix forte et assurée, pleure. Il essuie ses yeux, il baisse la tête. C’est souvent comme ça : une chose est de commettre des violences contre femme et enfants dans le huis clos de sa vie intérieure dévastée et déracinée de la réalité, une autre est de vivre le jugement public et de soudain réaliser qu’on risque fort d’être incarcéré. Sébastien X a pourtant beaucoup discuté des faits en cette audience de comparution immédiate du lundi 28 mai. C’est pas qu’il est violent, répète-t-il, c’est qu’il a « du mal à faire le deuil ». Qu’elles sont pratiques ces expressions toutes faites qu’on utilise sans même plus penser à leurs sens, et qui viennent en alibi de comportements et d’actes réprimés par le code pénal, pour protéger chacun des prédations d’autrui. Les violences sur conjoint ou ex-conjoints, et sur enfants, sont des violences aggravées.

Une obsession : salir, dégrader, blesser, mortellement si possible 

Comme il a « du mal » à faire le deuil, Sébastien X est devenu obsédé par son ex, au point de la surveiller, de l’espionner, de la faire suivre par un détective, de demander à celui-ci de « mettre un traceur » sur la voiture de la mère de ses enfants. Enfants dont il voulait faire ses bras armés, armés contre leur mère et son nouveau compagnon, lequel à la barre témoigne « ça a été l’enfer ». Les autres victimes ne sont pas là. On comprend qu’il soit trop éprouvant pour elles de venir ré-entendre les récits des scènes qui glacent le public : simulacre de tentative de suicide devant les enfants, menaces de mort contre eux, simulation d’une « interpellation de police », ben voyons, en ligotant les poignets des deux collégiens dans le dos avec de la ficelle de cuisine. Et puis les insultes, destructrices elles aussi, qui visent à salir, à dégrader, à blesser, mortellement si possible : sa fille est « comme ta mère, tu finiras prostituée, salope », son fils est un « connard, pédé, voleur ».

Le collège avait fait une « information préoccupante »

« Vos enfants ont peur de vous maintenant, monsieur, ils ne veulent plus retourner chez vous », dit la présidente Aussavy. La situation a percé au jour via le collège des enfants dont la principale a fait une « information préoccupante ». Les enfants ont fait état de violences, de menaces, ils souffrent. Leur mère est alors entendue et raconte les violences contre elle pendant la vie commune, aussi, déjà, « mais depuis la séparation c’est l’horreur ». Sébastien X se retourne aussi contre le nouveau compagnon, cherchera à le coopter par de faux comptes Facebook, le suit, le menace, l’insulte. Mais Sébastien conteste : « Je ne l’ai jamais menacé de mort, c’est un militaire, j’ai des valeurs. » Il a « des valeurs »… on mesure la portée de l’argument dans ce contexte de violences, de cruautés, d’abus, et de volonté de détruire.

« Cet homme transpire la dangerosité »

« Il est instable, intervient Damien Savarzeix, procureur de la République. Il y a là un problème psychiatrique à résoudre. – Non, je ne suis pas un tueur, se défend le prévenu qui relance son disque, j’ai juste eu du mal à faire le deuil. » « Juste », seulement, c’est « seulement ça ». Maître Marceau intervient pour les victimes : « J’ai l’impression de lire la préface d’un dossier de cour d’assises. Ça dépasse l’entendement. De n’importe quelle façon qu’on prenne ce dossier, il est malsain. Cet homme transpire la dangerosité : il est projectif (il met sur les victimes ce qui en fait est de lui, lui appartient, ndla), il est manipulateur. » Dans le box le père devient cramoisi, et il commence à pleurer. « Il faut mettre dans le débat une interdiction de contact avec les victimes et l’incarcération, qu’il soit tenu un moment loin de ce qui excite ses passions. »

« C’est un cauchemar, c’est destructeur, et il ne comprend rien »

Le procureur ne dira pas autre chose : « dénigrement total de la mère », « il enferme les enfants dans un conflit de loyauté », « il espionne », « il donne des claques pour rien », « à 3 reprises il confronte ses enfants à l’idée de la mort, la sienne et la leur », « c’est un cauchemar, c’est destructeur ». Vu le comportement du prévenu à l’audience, ses propos qui visent à justifier l’injustifiable, le procureur doute lui aussi de sa capacité à se contenir, il s’adresse aux juges : « vous avez un problème de fond car cet homme ne se remet absolument pas en question. Il ne comprend rien, et le niveau de haine traduit dans son comportement délirant avec ses enfants, est l’indice d’un ressentiment profond. » Le procureur requiert son maintien en détention, pour « un moment de réflexion ».

Si fragile et si dangereux

Maître Peleija défend cet homme si fragile et si dangereux en reprécisant les faits qui lui sont reprochés et dont elle ne conteste pas, elle, la réalité, mais elle veut éviter qu’on en fasse un sac indistinct, de plus : « Des soins lui sont indispensables. Or s’il reste en prison quelques mois, il ne verra un psychologue que deux fois et il aura perdu son emploi, mieux vaudrait qu’il ait immédiatement des soins suivis et soutenus, et qu’il continue à travailler. » Son client n’a pas de casier judiciaire, dans quelques instants, il en aura un.

L’interdiction de contacts s’applique immédiatement

Le tribunal condamne Sébastien X à 2 ans de prison, dont 1 an assorti d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans, avec obligation de soins, d’indemniser les victimes (1000 euros de préjudice moral pour le nouveau compagnon, renvoi sur intérêt civil pour la mère et les enfants), et de faire un stage de sensibilisation aux violences intrafamiliales. Il a l’interdiction de porter une arme, et l’interdiction de tout contact avec les 4 victimes.

Le tribunal ne prononce pas son maintien en détention, et bien sûr gros soulagement dans le box. En revanche la présidente ordonne l’exécution provisoire du SME : les interdictions et obligation s’appliquent immédiatement, même s’il faisait appel de ce jugement. Le moindre manquement entraînerait son incarcération.

FSA

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